Un Café noir à la Turquie qui sanctionne l’hommage à Mandela

Article : Un Café noir à la Turquie qui sanctionne l’hommage à Mandela
9 décembre 2013

Un Café noir à la Turquie qui sanctionne l’hommage à Mandela

« Je ne pense pas que ce soit une bonne décision, que ce soit pour l’image de la Turquie à l’étranger ou pour la liberté d’expression de ces deux joueurs », a déclaré lundi Suat Kiliç devant la presse. Les deux internationaux ivoiriens avaient porté des tee-shirts en mémoire de l’ancien président sud-africain (on pouvait lire «Merci Madiba»«Rest in peace Nelson Mandela») alors qu’il est en principe interdit pour les footballeurs d’arborer des slogans ou messages politiques sur leur maillot. Le ministre turc ne croit pas si bien dire dans un contexte international où le monde entier rend hommage à l’immensité et la densité de la personnalité de Nelson Mandela. Franchement, la  Fédération de Turquie n’avait-elle pas mieux à faire que de menacer de sanction deux joueurs de football parce qu’ils auraient brandi des messages politiques sur leurs tee-shirts ?

Drogba et Eboué

Entendons-nous bien, un message politique est un message partisan, démagogue ou encore de propagande. Un message politique défend une cause, prend position ou alerte sur une situation. Mais, à l’issue du match de football qui opposait vendredi soir 6 décembre, Galatasaray et SB Elagizspor, comptant pour la Coupe de Turquie, Drogba et son compatriote  Eboué, peut-on parler d’un message politique ?

Dans ce cas, que valent les applaudissements dans les stades de football en Angleterre et en France le week-end dernier ? Que valent les hommages des chefs d’Etats et de gouvernements du monde entier ? Que valent les nombreux articles sur Internet et sur Mondoblog ? Y-avait-il dans l’esprit des Turcs autre chose que le simple bon sens universel envers un chantre de la paix, un prix Nobel, un héros de la non violence ? Entendons-nous bien, Drogba et Eboué étaient-ils les seuls à comprendre en Turquie qu’un Grand Homme était parti ? Le message politique dont parlent ceux qui brandissent la menace aurait-il déstabilisé la cohésion sociale de la Turquie ? Tout cela porte à croire que nous sommes en pleine guerre sémantique dans la compréhension d’une notion aussi complexe que la politique.

Drogba

En tout cas, dans ma compréhension à moi, la Turquie vient de sanctionner l’hommage à Madiba. Elle brandit une menace sur un sportif qui a en 1995, grâce au rugby, porté la nation Arc-en-ciel au firmament du ballon ovale. Elle brandit une menace sur un sportif qui a su encourager les Bafana Bafana à remporter en 1996, la première coupe d’Afrique des Nations de son histoire.

Thank u Madiba

 

Elle brandit une menace sur une sportif dont l’aura a permis de faire organiser en 2010, la première Coupe du monde sur le sol africain. Elle brandit donc une menace sur le plus grand africain de tous les temps, et à travers lui, deux enfants d’Afrique (Drogba et Eboué), qui savent trop bien que Mandela a payé de 27 ans de sa vie de prisonnier, pour préserver la paix si précieuse en Afrique du Sud. Ce que Drogba lui a souhaité en Côte-d’Ivoire en 2005, lorsque celle-ci se qualifiait pour sa première coupe du monde. Oui, certains n’ont pas encore compris en Turquie que brandir un tee-shirt en fin de match, pour dire merci à un sportif, ce n’est pas de la politique. Les deux joueurs ont été donc renvoyés par la Fédération turque de football (TFF) devant sa commission de discipline, le ministre des Sports, qui lui, est un homme politique, sait très bien qu’une éventuelle sanction serait non seulement politiquement incorrecte, mais encore, une belle bavure diplomatique dont les conséquences seraient lourdes dans un pays qui espère intégrer l’Union Européenne, continent de la liberté d’expression, des droits de l’Homme, de la démocratie et des libertés.

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