La riposte contre la polio, un impératif pour l’Unicef au Cameroun.

Article : La riposte contre la polio, un impératif pour l’Unicef au Cameroun.
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10 novembre 2014

La riposte contre la polio, un impératif pour l’Unicef au Cameroun.

Le blogueur Wonk, par ailleurs défenseur des enfants disait récemment à Abidjan : «  c’est une sale maladie qui refait son retour ». L’expression sale maladie peut sembler grossière, mais il s’agit bien d’une maladie de la honte, une maladie de la saleté.  Lorsqu’on replonge quelques années en arrière, en 1988, on était à 350 000 cas de polio cette année là. Aujourd’hui, on n’est qu’autour de 243, soit 99% de chute.

Il faut donc saluer les efforts qui ont permis cette chute, c’est-à-dire les campagnes de vaccination contre la poliomyélite. A cet effet, le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), achète chaque année 1,7 milliard de doses de vaccin antipoliomyélitique oral à destination de 500 millions d’enfants dans le monde. Le Cameroun est un pays bénéficiaire de ce programme, pays prioritaire devrait-on dire,  depuis que des cas de polio virus sauvage ont été confirmés depuis Octobre 2013. Neuf cas de polio confirmés sur le territoire camerounais depuis lors, et pire, le Cameroun est devenu exportateur du polio virus sauvage, tandis que le Nigéria voisin, pays endémique pourtant n’a affiché que 6 cas de polio cette année, contre 49 en 2013.

femme paralysée par le virus de la polio à Garoua
femme paralysée par le virus de la polio à Garoua

Le Cameroun, vitrine mondiale de la lutte anti-polio.

Le Cameroun est donc l’objet d’une véritable mobilisation des partenaires internationaux pour accompagner la lutte gouvernementale contre la polio. Le 31 Octobre dernier, le Ministre de la Santé Publique, André Mama Fouda a lancé le deuxième tour de la Semaine d’Actions de Santé et de Nutrition Infantile et Maternelle (SASNIM), couplée au 9ème tour des journées nationales de vaccination de riposte contre la poliomyélite.

Lancement des JNV Octobre 2014 à Efoulan
Lancement des JNV Octobre 2014 à Efoulan

Un lancement avec un haut niveau de représentativité, notamment l’Ambassadeur John Lange de la Fondation des Nations Unies, le Docteur Hamid Jafari, Chef polio de l’OMS à Genève, son homologue Peter Crowley de l’Unicef, le Docteur Braid Amstrong, chef polio de Center for Desease Control and Prevention (CDC) aux Etats-Unis, autant de personnalités de haut rang, luttant contre la polio au niveau mondial, et déterminés à accompagner le Cameroun vers l’éradication de cette maladie. Les propos d’Anthony Lake, Directeur Général de l’Unicef vont dans ce sens «  le monde n’a jamais été aussi proche de la possibilité sans d’éradiquer la polio ».

Alors, pour y arriver, Peter Crowley se sert de l’exemple de l’Inde qui a réussi à éliminer la polio de son territoire, alors qu’elleconcentrait en 2009 encore, la moitié des cas mondiaux de polio. Le responsable polio de l’Unicef demande « le même engagement » de l’Etat Camerounais pour stopper cette maladie à l’horizon 2015, car, poursuit-il « L’engagement du Cameroun est capital non seulement pour lui, mais également pour la sous-région Afrique Centrale et pour le monde ». Il faut donc comprendre derrière tout cela que le Cameroun est devenu une vitrine mondiale de la lutte contre la polio.

Déroulement de la campagne au Nord Cameroun
Déroulement de la campagne au Nord Cameroun

Corriger le pourcentage d’enfants manqués.

Sur le terrain, d’Octobre 2013 à Octobre 2014, un an de lutte contre la polio à travers diverses campagnes de vaccination. Parmi les indicateurs encourageants, la moyenne nationale d’enfants manqués (ou loupés lors du passage des équipes vaccinales) est passée de 7% en mai 2014, 4,6% en Juin et 3,2% en septembre 2014. Certains districts de santé par contre affichent des pourcentages élevés d’enfants manqués, ce qui est de nature à ralentir l’efficacité de la lutte, surtout face à ce polio virus sauvage qui peut résister plus de 10 jours dans la nature. Le Ministre et ses partenaires ont donc lancé la campagne dans l’arrondissement de Yaoundé 3ème à Efoulan et au marché de Mvog-Bétsi, dans l’arrondissement de Yaoundé 6ème. Il était question de cibler les mamans qui se rendent au marché avec les enfants, afin qu’aucun enfant ne soit oublié. Ce marché de Mvog-Bétsi est d’autant plus stratégique que selon les enquêtes menées, 15% des raisons du non vaccin sont dues à la présence des mamans au marché. Par ailleurs, ce marché se trouve être le carrefour de deux autres districts de santé : celui de Nkolbisson qui compte 10% d’enfants manqués, et celui de la cité verte qui n’enregistre que 82% de couverture vaccinale entre janvier et juillet 2014.

Le Ministre Camerounais de la Santé et les partenaires.
Le Ministre Camerounais de la Santé et les partenaires.

L’impulsion de l’Unicef.

C’est donc pour corriger ces insuffisances que plusieurs régions du pays comme celle du Nord se sont mises au travail, avec l’aide des autorités traditionnelles pour encourager les communautés à présenter leurs enfants à la vaccination, sous l’impulsion du Gouverneur de la région.

31 Octobre 2014, le Gouverneur du Nord administre la goutte qui sauve.
31 Octobre 2014, le Gouverneur du Nord administre la goutte qui sauve.

Le travail de mobilisation sociale accompli par l’UNICEF a contribué à persuader les familles d’accepter le vaccin lorsqu’on le leur présente. De plus, dans le district de santé de Lagdo, à 70km du chef-lieu de la région (Garoua), le Directeur de l’hôpital de District, le Docteur Dipanda Désiré parle de « matériel informatique, de voitures, 12 motos, et 107 vélos » qui ont été offerts par l’Unicef pour faciliter les déplacements et le travail des agents de santé.

Equipe Unicef à Langui au Nord-Cameroun pendant la vaccination
Equipe Unicef à Langui au Nord-Cameroun pendant la vaccination

La coopération de l’Unicef a permis aussi de réduire les carences des enfants en vitamine A, raison pour laquelle, cette SASNIM a été un véritable succès dans l’aire de santé de Djippordé, toujours dans la région du Nord. Ici, 7276 âgés de 0 à 59 mois, ont tous reçu cette dose. Selon l’infirmier-chef de cette aire de santé, Monsieur Ngodwé André : « Les parents sont déjà conscients que prendre le vaccin et la vitamine, sauvent la vie de leurs enfants. C’est pour cela qu’ici, on n’observe plus aucun de refus du vaccin ». Imaginons donc le Cameroun de demain, grâce à cette goutte qui sauve des vies, et avec la collaboration des populations agissant comme celles de Djippordé, alors certainement, en 2015, la polio sera définitivement éradiquée au Cameroun.

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Commentaires

Fotso Fonkam
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Dania, l'homme de terrain. Je crois bien que wonk n'est pas le seul défenseur des enfants.
Article très élaboré et très instructif. Beau travail.