Cameroun : pour que la mort n’arrache plus les donneuses de vie

Article : Cameroun : pour que la mort n’arrache plus les donneuses de vie
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9 juillet 2015

Cameroun : pour que la mort n’arrache plus les donneuses de vie

Un médecin, un sous-préfet, un Lamido et une déléguée régionale de la santé louent ensemble les résultats d’un projet qui a changé les vies des populations du district de santé de Guidiguis.

Dr Fabrice BIONGOL
Le docteur Fabrice Biongol

« Depuis le début de l’année 2015, nous n’avons aucun cas de décès maternel et infantile ».

C’est une phrase forte du jeune docteur en médecine, Biongol Fabrice, médecin-chef du centre médical d’arrondissement de Touloum, une aire de santé de 25 500 habitants, dans le département du Mayo Kani, dans l’Extrême-Nord. Jusque-là, cette localité contribuait aux mauvais indicateurs de la région parmi lesquels 3 % de taux de prévalence du VIH parmi les femmes enceintes. Pas plus de 23 % des femmes accouchaient dans un centre de santé. Pour corriger ces mauvaises habitudes, cause de 168 décès de nouveau-nés sur 1 000, les agences des Nations unies*, l’Agence suédoise pour le développement international et la Banque mondiale ont décidé de collaborer à l’accélération des progrès en santé maternelle, néonatale et infantile au Cameroun. Leur initiative SIDA/H4+, a permis la formation des ressources humaines, le renforcement du système d’information sanitaire, l’offre des soins,  etc.

 « Sans le H4+, on aurait eu du mal à améliorer nos indicateurs »,

ajoute le Docteur Biongol.  Par rapport à 2014, on observe 10 % d’augmentation de femmes qui accouchent en milieu hospitalier, seulement pour le 1er semestre de 2015. Le taux de consultations prénatales a augmenté de 15 % par rapport à l’année dernière, toujours au 1er semestre 2015. Et le docteur de poursuivre :

«  Plusieurs enfants établissaient leur acte de naissance seulement lorsqu’ils allaient en classe de 6e. L’an passé, il y’avait en tout 65 déclarations de santé dans le centre médical d’arrondissement, mais au premier semestre de l’année 2015, nous en sommes déjà à 47 déclarations de naissance ».

Avec le matériel reçu du projet Sida/H4+ (boîtes d’accouchement, matériel de réanimation des nouveau-nés, berceaux, brancards, les consommables, etc.), même la prise de décision est devenue plus facile pour les femmes. On les croise désormais dans les couloirs de la maternité de Touloum, réduisant les anciennes accoucheuses traditionnelles au chômage.

L’aire de santé de Touloum appartient au district de santé de Guidiguis, l’un des 7 districts retenus dans l’Extrême-Nord pour le projet SIDA/H4+. Et depuis le 17 mai 2013, la chefferie traditionnelle de cette localité est assurée par le Lamido Aliou Amadou. A son actif : une double casquette de technicien médico-sanitaire :

« Je savais qu’à Guidiguis dans mon canton, les clignotants étaient au rouge sur le plan sanitaire. Si le projet SIDA/H4+ n’était pas né, il allait naître pour Guidiguis ». Lamido explique comment le projet a changé des vies : «  Je vais prendre un seul exemple, parlant de la localité de Guérémé : le taux de fréquentation de la maternité était d’un seul patient par mois. Aujourd’hui, nous sommes à 52 % de taux de fréquentation ».

Lamido ALIOU AMADOU
Le lamido Aliou Amadou

Ayant mobilisé tous les chefs de 2e et de 3e degré, le Lamido a obtenu ces chiffres éloquents grâce à une sensibilisation de masse qui a réveillé les consciences des populations de son canton.  Ayant identifié toutes les femmes enceintes du canton, elles ont été toutes inscrites dans les différents centres de santé. Mieux, en sa qualité d’officier d’état civil, il s’assure que les actes de naissance sont établis et se charge de les distribuer lui-même dans chaque domicile.

A cause des indicateurs socioéconomiques faibles, la population de Guidiguis, éparpillée dans 480 km2 de superficie, est vulnérable. Pour le sous-préfet Abdou Djalilou, il était impératif d’implanter ce projet dans son unité de commandement. Avant, dit-il :

« Nous avions des pratiques culturelles néfastes dans nos familles. Aujourd’hui, nous sommes dans les pratiques familiales essentielles ».

Ss Prefet ABDOU DJALILOU
Le sous-préfetAbdou Djalilou

Nommant précisément la consultation prénatale, l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois de la naissance, la vaccination et l’enregistrement des naissances, le sous-préfet a rappelé cette phrase choc :

« Aucune femme ne doit mourir en donnant la vie ».

Une phrase qu’il répète à souhait dans chaque réunion de plaidoyer qu’il préside devant les autorités traditionnelles et les ministres du culte. Convaincu comme il dit lui-même que :

 « C’est la répétition des messages qui transforme les vies ». 

Force est de constater que ces initiatives ont apporté une amélioration, une amélioration que la déléguée souhaite désormais voir étendre sur toute la région.

Agences des Nations unies : OMS, UNFPA, ONUSIDA, ONUFEMMES, UNICEF

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Commentaires

Intheeyesofleyopar
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Merci de retranscrire une triste réalité en Afrique où des femmes en donnant la vie. Un proche ami a moi a perdu sa soeur ainsi. Il est temps de changer les choses et on ne peut que se réjouir de pareille initiative