Afrique de l’Ouest et Afrique du Centre : deux poids, deux mesures.

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Afrique de l’Ouest et Afrique du Centre : deux poids, deux mesures.

Si l’alternance démocratique est une réalité dans plusieurs pays francophones de l’Afrique de l’Ouest, en Afrique Centrale, c’est encore une utopie.

38 nouveaux ministres depuis le 30 Avril 2016 au Congo de Denis Sassou Nguesso. Finalement, la République du Congo dont le Chef de l’Etat a été réélu le 20 Mars dernier (à l’issue d’un passage en force constitutionnel) vit les premières heures du nouveau quinquennat de l’infatigable président Sassou, convaincu, comme la plupart de ses pairs de l’Afrique Centrale, qu’il est investi d’une mission divine à la tête de son pays. Son homologue du Burundi, Pierre Nkurunziza s’est sans doute dit la même chose, devenant complètement sourd aux injonctions de la communauté internationale qui lui demandait de ne pas briguer un 3ème mandat. Depuis lors, « les violences et les troubles causés par la décision controversée du président de briguer un troisième mandat ont déjà coûté la vie à 400 civils et ont forcé 230 000 personnes à fuir le pays », nous dit www.lemonde.fr

Mais pourquoi cette communauté internationale est-elle devenue si sourde à tout ce qui se passe en Afrique Centrale ? Serions-nous tentés de demander. Comment expliquer cette assurance hautaine et insolente des chefs d’Etats à jouer avec leurs constitutions ? Pendant ce temps, en Afrique de l’Ouest, on entend un autre son de cloche. Pourquoi le président Thomas Yayi Boni du Bénin n’a-t-il cherché lui aussi à charcuter sa constitution nationale ? Avait-il peur du Vaudou ? Peut-être, mais dans les pays où la culture démocratique est réelle, on sait qu’après deux mandats, on cède sa place. Toute la classe dirigeante en Afrique de l’Ouest se renouvelle, même au Burkina Faso où Blaise Compaoré s’était enraciné depuis des lustres, l’alternance est une réalité (même si elle est passée par la colère de la rue).

Pendant que les Chefs d’Etats de l’Afrique Francophone occidentale changent de visage, en Afrique Francophone du Centre, les mêmes visages restent. Paul Biya, en poste sans discontinuer depuis 1982, Denis Sassou Nguesso, au pouvoir de 1979 à 1992, puis de 1997 à nos jours au Congo. Idriss Déby Itno, est en poste depuis 1991 au Tchad. Joseph Kabila, lui n’est  là « seulement » que depuis 2001, mais on le suspecte déjà à tort ou à raison, de vouloir briguer un autre mandat, donc de tripatouiller lui aussi, la loi fondamentale de la RDC. En attendant, dans ce pays-là, le vrai Roi ces jours-ci est celui de la Rumba, Papa Wemba, arraché à la vie aux aurores du 24 Avril dernier. Lui, il aura en tout cas, un mandat à vie dans le cœur des mélomanes africains. Tant les hommages sont grands. Il est donc normal qu’il bénéficie des obsèques nationales, dignes, d’un Chef d’Etat.

Pourtant, il y’a une leçon que les dirigeants de la CEEAC devraient tirer de tout cela. Lorsque, Thomas Yayi Boni, ancien Chef de l’Etat du Bénin, vient superviser, au titre de l’Union Africaine, les élections présidentielles en Guinée Equatoriale, que peut penser Obiang Nguéma ? Au pouvoir depuis 1979 comme son compère du Congo Brazza, il doit certainement se dire que ses gens d’Afrique de l’Ouest ne comprennent rien aux délices du pouvoir. Ce qui a fait dire à France 24 que : « Sans surprise, en Guinée équatoriale, le président Teodoro Obiang Nguema, 73 ans, a été réélu avec un score officiel triomphal de 93,7 % à l’élection présidentielle du 24 avril, face à une opposition muselée ».

 Bravo ! Tout cela prouve quand on regarde les scores que le « peuple souverain » est derrière son chef. Venez au Cameroun et vous entendrez cette rengaine partout. Donc, finalement, en Afrique Centrale, les peuples maintiennent longuement leurs chefs au pouvoir parce qu’ils ont compris que le chef doit mourir au pouvoir pour être un bon chef.  Au moins on lorgne avec un peu d’espoir, ce qui se passe dans la République Centrafricaine. Là-bas au moins, le pouvoir porte un nouveau visage, celui de Faustin-Arcade Touadéra, qui remplace Cathérine Samba-Panza (ancienne chef de la transition) à la tête du pays. Vous me diriez qu’il vaut mieux un éternel président à la tête d’un pays que d’un éternel conflit comme à la RCA. Peut-être ! Il est certain que beaucoup espèrent que la RCA sorte enfin de cette interminable spirale depuis l’élection de ce président, le 14 février dernier.

Car autant, on peut questionner ces pays d’Afrique Centrale où les président s’éternisent dans les palais, autant, on se demande si c’est normal que chaque fois qu’un illuminé inspiré décide de prendre le pouvoir en RCA, que le pays revive un éternel recommencement. Ange Félix Patassé, François Bozizé, Michel Djotodia ont occupé le fauteuil présidentiel ou militaro-présidentiel, de 1993 à 2014, soit trois présidents en 21 ans. Une moyenne d’un président tous les 7ans, la durée d’un mandat présidentiel au Cameroun. Tout compte fait, l’Afrique Centrale a mal dans sa gouvernance et…dans son alternance.

Zone CFA

Convergence entre Afrique de l’Ouest et Afrique du Centre ?

Le 9 Avril 2016, les ministres des finances, les gouverneurs des banques centrales et les présidents des institutions régionales de la zone Franc se sont réunis à Yaoundé pour réfléchir sur l’avenir du Franc CFA  les échanges entre les pays de la zone Franc. L’une des résolutions de cette rencontre c’est enfin, la convertibilité entre le CFA de l’Ouest et celui du Centre. On avait jusque-là, deux monnaies différentes pour la même zone monétaire. Un vrai mystère.  Pendant que de nombreuses voix s’élèvent, (dont celle du président Idris Déby Itno) pour sortir l’Afrique de la zone franc, on pourrait tirer une conclusion analogique : S’il y’ a convergence entre les CFA de l’Ouest et du Centre, pourquoi pas aussi une convergence de gouvernance ? Si les présidents de l’Ouest laissent aisément le pouvoir, pourquoi pas demain au Centre ?

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