Parcours de vie difficiles de femmes victimes de mariages précoces ou forcés

Article : Parcours de vie difficiles de femmes victimes de mariages précoces ou forcés
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13 février 2018

Parcours de vie difficiles de femmes victimes de mariages précoces ou forcés

De jeunes mères, victimes de mariages précoces ou forcés et dont le parcours de vie est difficile, se réunissent régulièrement au « Club Ado » de Mandjou, dans la Région de l’Est du Cameroun. Là bas, elles peuvent parler de ce qu’elles vivent et elles trouvent de l’aide, car leur parcours a connu un bouleversement certain après des épisodes de vie douloureux. Aujourd’hui, au « Club Ado » de Mandjou, elles tentent de retrouver une dignité. Cette association a vu le jour le 2 Octobre 2017 et regroupe de jeunes mères et des enfants  (211 enfants : 70% sont des réfugiés centrafricains et 30% sont des camerounais). Tous se réunissent de 8h à 12h et de 14h à 16h du mercredi au vendredi, ils sont accueillis et encadrés par des travailleurs sociaux. Les réunions se font autour de plusieurs activités : sports, dessins, jeux de société, apprentissage, etc. Le Club Ado de Mandjou est une initiative du Catholic Relief Services (CRS), il est  financé par l’UNICEF.
Retrouvons , Zouleya, Fanne Zara, Fadimatou et Hawaou, elles ont acceptées de témoigner ici de leur enfance volée.

Zouleyatou

Zouleyatou Ibrahim :  Lorsque je suis tombée enceinte, le calvaire a commencé.

Aujourd’hui j’ai 19 ans. Il n’y a pas d’avenir pour une fille mariée précocement comme moi. Que peut-elle faire ? Ni aller à l’école, ni travailler. J’étais en première année de l’Enseignement Technique. Un monsieur m’a abordé et m’a demandé en mariage. C’était un débrouillard, un démarcheur dans le secteur de l’informel. Je précise que je suis réfugiée centrafricaine et lui il est camerounais. J’ai accepté sa proposition et je suis allée vivre avec lui. Au bout de deux mois, il m’a interdit de remettre les pieds à l’école. Ma mère était opposée à ce mariage mais je ne l’avais pas écoutée. Je croyais sincèrement que cet homme m’aimait. Lorsque je suis tombée enceinte, le calvaire a commencé. Il m’abandonnait des jours entiers, seule à la maison, parfois affamée. Après mon accouchement, lorsque l’enfant a eu quatre mois, j’ai été répudiée et il a mis fin au mariage traditionnel. Depuis lors, je n’ai plus de ses nouvelles. Même un morceau de savon pour l’enfant, il n’a jamais acheté. J’ai même appris qu’il serait en prison pour vol en ce moment. Tout compte fait, je suis toute seule à élever mon fils qui a deux ans maintenant. Je suis retournée chez ma mère. J’ai besoin d’aide. Je sais faire la couture. Si je pouvais avoir du matériel et un fonds, je pourrais démarrer un atelier.  »

Fanne Zara

Fanne Zara :  Mon père m’a obligée à me marier avec un inconnu.

J’ai 15 ans. Je suis une réfugiée centrafricaine. J’avais 12 ans et je fréquentais l’école coranique quand, un beau matin, mon père m’a obligée à me marier avec un inconnu. Ce monsieur était un ivrogne et un irresponsable. Dieu merci je n’ai pas eu d’enfant avec lui, car il devenait violent avec moi. Ayant constaté ma détresse, mon père est venu pour annuler ce mariage. Sauf que le monsieur n’a pas digéré cela et il m’a promis que je vivrai l’enfer toute ma vie. Chez nous, lorsqu’on vous jette un sort après une séparation, il faut en tenir compte. Je suis malade depuis, et je fais le tour des hôpitaux, on n’arrive toujours pas à diagnostiquer mes soucis de santé.  Je suis très heureuse d’intégrer ce club ado. J’ai l’impression de pouvoir enfin vivre mon âge, je peux parler avec des filles de mon âge, et j’ai pu écouté beaucoup de messages de sensibilisation grâce à l’association.

Fadimatou

Fadimatou Oumarou :  Me voilà donc orpheline, réfugiée, fille-mère, divorcée et SDF.

Je suis orpheline depuis l’âge de 11 ans. Aujourd’hui j’en ai 19. J’ai grandi entre les mains de mamans adoptives. Je vendais des beignets au coin de la rue lorsque je suis tombée sur un monsieur qui m’a demandé en mariage. Je lui ai répondu que j’étais orpheline et réfugiée, et que j’avais déjà beaucoup souffert dans ma vie, et qu’il n’était pas question que j’aille de nouveau souffrir chez lui. On s’est mariés et je suis tombée enceinte. Lorsque ma fille a eu deux mois et deux semaines, il a estimé que je n’étais plus une femme pour lui. Il m’a répudiée, me disant qu’il était fatigué de moi, sans aucune autre raison. J’ai dû retourner chez ma mère adoptive. Bizarrement, depuis que je suis rentrée, elle aussi affiche un comportement répulsif à mon égard. Parfois je mange, parfois je ne mange pas. Il y a quelques jours, elle m’a mise à la porte. Je séjourne actuellement chez une voisine du quartier. Me voilà donc orpheline, réfugiée, fille-mère, divorcée et SDF. J’ai entendu parler de ce club des ados et j’essaie de trouver du réconfort ici.

Hawaou

Hawaou Dahirou :  Quand j’ai eu sept mois de grossesse, les problèmes ont commencé.

Je suis orpheline de père, réfugiée et je vis avec ma mère. Un homme est venu demander ma main. Je suis tombée enceinte, et quand j’ai eu sept mois de grossesse, les problèmes ont commencé. J’ai accouché à l’hôpital des réfugiés de Mandjou. Depuis ce jour, mon mari s’est éclipsé. Il a refusé d’assumer la parenté. C’est ma pauvre mère, vendeuse de beignets, qui s’occupe de mon enfant. J’espère que grâce au club, je vais obtenir un financement pour lancer une activité commerciale.

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