Cameroun : vidons nos poubelles mentales et transformons nos ordures !

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10 août 2019

Cameroun : vidons nos poubelles mentales et transformons nos ordures !

Autour de moi, trop de bavardages. Les forums camerounais sont saturés de ces concepts savants autour de Maurice Kamto, de Cabraal Libii, de Paul Biya ou de tel ministre qui défraye la chronique. Personne ou presque ne parle du vrai problème camerounais : l’employabilité. Et si nous allions fouiller dans les poubelles pour résoudre ce problème ?

La plupart des Camerounais pensent que la solution réside dans les postes de la fonction publique. Alors on débat sur l’équilibre régional, on discute sur le nombre de postes à répartir entre ressortissants des régions camerounaises. Oui, ceci est le Cameroun actuel… Le Cameroun d’avant.

Il faut penser au Cameroun de demain. Qui sera au trône en 2025 ? Cela ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse c’est combien de routes seront construites ? Combien de villes seront créées ? Viabilisées ? Modernisées ? Combien de hypermarchés seront visibles ? Combien d’entreprises ouvriront-elles dans les régions camerounaises ? Mais avant tout, combien de jeunes entre 25 et 35 ans seront employés ?

En 2018 au Cameroun, le déficit de la balance commerciale s’est creusé d’avantage, jusqu’à 1 292,8 milliards de Francs CFA, une augmentation de 120,5 milliards (+10,3%) par rapport à l’année 2017 (Source, Institut National de la Statistique). Les importations au Cameroun ont augmenté de 11%. Pourquoi ? Nous consommons même ce que nous pouvons produire, notamment le cure-dent ou encore le riz, qui fait d’ailleurs l’objet d’un scandale ces derniers jours au Cameroun.

Comment comprendre que 160 tonnes de riz sont à l’abandon dans les magasins de Yagoua et de Maga ? Il faut penser au Cameroun de demain. Il faut y penser de manière sage. Certes, il y’a beaucoup de choses à revoir, à refaire, à repenser (éducation, institutions, organisation territoriale, administration, politique, etc.), mais  en regardant simplement ce que nous consommons, voilà une source intarissable d’emplois.

L’usine nouvelle. L’inspiration vient de mes oncles.

Plastiques, verres, papiers, minerais, tout peut être recyclé.

crédit: dania.mondoblog.org

J’étais encore petit lorsque mon oncle « tonton Claude », m’avait emmené visiter son bureau au port de Douala. J’y avais découvert, pour la première fois, les poubelles qui transforment le papier en produit recyclable. L’an dernier en France, c’est mon autre oncle, « tonton Sam » qui m’a fait découvrir cette séparation des ordures dans sa commune. J’en parlais déjà ici à l’occasion de la Coupe du monde 2018. Dans certaines communes de France, il y a un bac pour les verres et les bouteilles, et un autre pour les papiers et les magazines. Le recyclage des ordures est une filière pourvoyeuse d’emploisElle fait partie de l’économie circulaire.

Que le Cameroun s’y mette, ici et maintenant !

Les nombreux diplômés camerounais ont ici l’occasion de se recycler. Recycler leurs diplômes théoriques et les mettre au service des déchets. A Douala, Kribi, Edéa, Garoua, et d’autres villes fluviales, la collecte des déchets marins est une activité à promouvoir. Une société camerounaise de collecte de déchets marins ? Pourquoi pas ? Alors que le ramassage des ordures est un vrai casse-tête pour nos municipalités, pourquoi ne pas demander à des initiatives privées d’investir dans la collecte, le tri, le traitement et le recyclage des ordures ménagères au Cameroun ? Il faut aussi recycler notre organisation urbaine. Aujourd’hui, tout est concentré sur Yaoundé et Douala. Dès que cet axe est obstrué, c’est tout le Cameroun qui est en panne. Que fait-on des villes comme Mbalmayo, Obala, Bafia, Meiganga, Lagdo, Kaelé, Mbanga, etc. qui peuvent permettre de bâtir de nouvelles métropoles avec des logements sociaux, des délocalisations d’entreprises et mêmes des édifices administratifs ? Oui, il faut sortir de la configuration coloniale du Cameroun. Le recyclage des ordures en est la clé.

Allons donc fouiller dans les poubelles.

Nos villes sont sales, nos villes sont des poubelles. Or, nous savons tous que les poubelles peuvent cacher des lingots d’or. Comme en 2018 en Corée du Sud, un balayeur peut trouver de l’or dans des poubelles. Certes les ordures sentent mauvais, mais elles sont bien le reflet de notre manque d’hygiène, de notre surconsommation, et de notre désorganisation. Les riverains du quartier Acacias, dans le 6ème arrondissement de Yaoundé n’ont de cesse de se plaindre des eaux souillées qui suintent le long de la route. On a pourtant construit une station de traitement des eaux souillées à côté. Mais la station ne bouge pas. Encore un segment d’employabilité mis en berne. Il suffit pourtant de regarder ce qui se passe au Japon. Pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020, les médailles destinées aux athlètes du métal proviennent du recyclage des composants des appareils électroniques. De même, Les tenues des athlètes et officiels japonais seront confectionnées en matériau recyclé issu de vêtements usagés. 

Comme on le sait, « rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ». Cette maxime d’Antoine Lavoisier (elle-même inspirée de Anaxagore), nous apprend la leçon de vie selon laquelle : « rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau ». Les seules poubelles que nous devons vider sont donc celles de nos mentalités. Ce sont nos mentalités qui polluent les réseaux sociaux de leur bavardage inutile. Construisons le Cameroun à partir de ses déchets. C’est une niche d’employabilité. Dans la collecte, le tri, le traitement et le recyclage de nos déchets, il y’a de quoi sortir une bonne partie de notre jeunesse du cycle de la pauvreté. Cette jeunesse a besoin de routes pour se mouvoir, de transports décents pour se déplacer, de services sociaux à portée de main, de diplômes leur permettant d’être des opératifs et non des contemplatifs de leur vie économique. Oui, la vraie poubelle au Cameroun c’est celle de notre ego surdimensionné, porté sur l’affirmation bien futile de ce que «  je suis ceci, je suis cela ». L’artiste Koppo aime à dire que nous sommes « un pays des étiquettes ». Là où les gens sont stigmatisés par leur appartenance ethnique, linguistique, sociale, sexuelle, politique ou religieuse. Or, la seule chose qui devrait permettre à un Camerounais, d’être fier, c’est précisément d’être… camerounais. Allons donc fouiller dans nos poubelles. Nous y trouverons de l’or. J’ai dit !

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