Hé, Camair-Co ! Trop c’est trop !

Article : Hé, Camair-Co ! Trop c’est trop !
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17 décembre 2014

Hé, Camair-Co ! Trop c’est trop !

J’ai pourtant appelé le call center de la compagnie nationale aérienne du Cameroun hier. On m’a dit : « Tous les vols de cette semaine seront à l’heure ». J’aurais dû pourtant croire cet autre agent de Camair-Co, un interlocuteur secret, qui lui, m’a parlé de « légers retards à prévoir »  sur les vols de cette semaine. Mais alors, quand on envisage un « léger retard », ne serait-ce pas plus simple d’informer la clientèle ? A Camair-Co, on n’y a pas pensé. La compagnie aérienne camerounaise, née des cendres de sa défunte aînée la Camair, est une étoile qui ne brille plus. D’ailleurs, a-t-elle jamais brillé ?

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Souvenez-vous de mon billet de mai 2014, à mon retour d’Abidjan, lorsque je disais comment cette compagnie justifie sa réputation d’Air Peut-être. Un agent du service de la communication de cette compagnie ayant lu mon billet, m’avait alors envoyé un tweet pour s’excuser au nom de la compagnie et m’avait même promis un dédommagement pour les misères causées par ce vol incroyablement horrible. Quelques mois plus tard, je n’ai plus eu de nouvelle de ce correspondant étrange, qui m’a bien berné alors. Il ignore que depuis lors, j’ai fait 7 autres voyages avec cette même compagnie, mais rien n’a changé. La dernière fois à Garoua, le vol a été carrément reporté de 24 heures, sans dédommagement, sans excuse officielle de la compagnie. « On est au Cameroun », me souffle quelqu’un. Ici, les choses normales sont anormalement rares. Entre-temps, un nouveau directeur général a été nommé à la tête de la compagnie. C’est le troisième en 5 ans. A croire que celui qui les nomme ne sait pas qu’il ne suffit pas de nommer un DG pour que les choses bougent. Le problème de Camair-Co est systémique. Cette compagnie est à l’image de l’administration camerounaise tout entière. Elle est gérée par embuscades et ses agents trouvent des excuses pour valider leur amateurisme. Mon interlocuteur de la compagnie me disait hier que « Camair Co souffre de son manque de moyens et de l’absence d’une flotte suffisante ». C’est vrai qu’une compagnie qui n’a que trois avions (et dont un seul qui fait toutes les destinations domestiques et africaines), ne peut que mettre ses nombreux clients dans l’embarras. Tant pis pour vous si vous avez un rendez-vous important, une réunion, un forum ou quelque autre urgence. C’est le vrai taxi-brousse je vous dis.

C’est vrai que Camair-Co attend désespérément aussi les nouveaux avions tant promis à grand renfort de publicité par le gouvernement. Après avoir loué et salué les acquis des avions chinois, un ministre camerounais a couru dans tous les médias pour claironner le salut prochain de la compagnie nationale.

Aujourd’hui, ce ministre ne dit mot. Il semble même absent des ondes. La honte n’existe pas dans l’administration Biya, encore moins la notion de démission. La rumeur ne parle plus des avions chinois, mais plutôt brésiliens. En attendant peut-être un jour des avions slovaques ou tibétains, que sais-je, tout semble aller dans le sens de la cacophonie, preuve que certains de nos dirigeants n’ont rien à branler de ce pays. Ce qui est importe ce sont les avantages de leurs postes et de leurs fonctions. Camair-Co est donc, à l’image de ce Cameroun moribond. J’ai demandé à mon interlocuteur de dire aux dirigeants de sa compagnie de réduire leurs avantages, leurs primes et leur train de vie. Il m’a répondu que c’est l’Etat qui n’honore pas ses engagements vis-à-vis de la compagnie. Soit ! Mais est-ce à l’Etat de programmer les avions à l’heure ou de prévenir les passagers à temps quand un avion aura du retard ? Est-ce l’Etat qui améliorera la qualité du service à bord ? Est-ce l’Etat qui va professionnaliser l’attitude des agents de la compagnie ?

 A toutes ces questions, il ne m’a pas répondu et je crois qu’il a bien fait. Car, ce mardi matin, c’était la catastrophe à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Le vol prévu à 8 h 25 a décollé finalement à 10 h 35. Une fois dans l’avion, une simple annonce nous dit que « le retard a été causé par notre escale à Lagos », comme si on ignorait que c’est un seul avion qui assure les vols Camair-Co et que fatalement, des retards sont observés ici et là. Par contre, que des gens soient là depuis 5 h du matin, et que dans le vol conduisant à Douala, même pas un café n’est servi, la surprise est totale, mais loin d’être aussi grande que celle du trajet Douala-Maroua, pendant lequel on a encore observé une rupture de sandwichs. Je pensais être le seul à m’en offusquer, mais visiblement, de nombreux passagers étaient courroucés, surtout ceux qui attendaient à Yaoundé depuis le petit matin. Quand je regarde le prix de mon billet d’avion (233 000 FCFA), je me demande comment un sandwich qui n’a pas la taille de mon orteil ne peut être servi. A Camair-Co, la notion de service n’est visiblement pas la priorité. Je ne vous parle même pas de l’absence d’un journal à lire dans l’avion, ni d’un divertissement (film, musique ou jeu). Non ! A Camair-Co, les vols sont pleins, les billets sont chers, mais on vous raconte qu’on attend les subventions de l’Etat pour avoir un sandwich convenable, un service de qualité et un plan de navigation impeccable. Non ! A Camair-Co, le professionnalisme est une denrée rare. La communication, les relations publiques et le marketing sont à fouiller dans les poubelles. Le suivi de la clientèle est inexistant. Mais ce qui me choque, c’est qu’il s’agit là d’une compagnie nationale et publique, vitrine du Cameroun. Que pensent ces passagers de Cotonou, Libreville, Brazzaville, Lagos, etc. de cette compagnie ? Que pensent-ils simplement du Cameroun ? Cela apparemment ne gêne pas les autorités du Cameroun, cela ne gêne pas les ministres en charge du transport et du tourisme. C’est dommage ! Nous sommes finalement arrivés à Maroua autour de 14 h. Aucune excuse officielle. Le retour à Yaoundé me fait déjà frémir.

 

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