Ma Guinée Plurielle, le marché du Niger (Chapitre 2)

Article : Ma Guinée Plurielle, le marché du Niger (Chapitre 2)
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25 novembre 2017

Ma Guinée Plurielle, le marché du Niger (Chapitre 2)

Deuxième jet de ce périple à Conakry en Guinée. Ce marché qui porte le nom d’un autre pays.

Le chauffeur de taxi qui me dépose à la Corniche se veut formel : « Le taxi, c’est 7000 francs guinéens » Tout ceci tranche net avec l’attitude jusque là cordiale que j’ai perçu chez les commerçants de Conakry.

C’est combien le tarif officiel du taxi ? Seuls les initiés peuvent répondre à cette question. Le tarif obéit à une logique irrationnelle. C’est à la tête du client forcément. Hier soir, en nous rendant au Sheraton Hôtel à 40 minutes de notre base, nous avons déboursé 100.000 francs GNF (environ 6500 frs CFA, ou 10 Euros). Ce matin, pour une distance plus courte, logiquement, le tarif à diminué. A l’aller, le chauffeur m’a demandé 5000 frs GNF et au retour, son collègue a ajouté 2000frs de plus. La tête de l’étranger sans doute. C’est d’autant plus grave que j’ai continué une bonne partie du trajet à pied. Comme au Cameroun, lorsque le président se déplace, une partie de la route est bloquée.

Alpha Condé est au centre de conférence de l’hôtel Moon pour clôturer les 46emes Assises de la Presse Francophone. Le protocole est forcément strict, agité et nerveux. Alors je décide d’attendre au  » Restaurant Rouge Blanc  » de Kaloum. Manger dans une gargote peut paraître humiliant à Yaoundé, mais ici à Conakry, c’est un délice. Du pain à la viande pour 25 000 frs. Les drapeaux turcs et guinéens associés sur la carte.

Le propriétaire des lieux a séjourné en Turquie et veut appliquer ici les fastfood de la méditerranée. Je suis bien loin des sirènes d’Istanbul, mais je me laisse transporter, tout en piquant une colère légitime. Je me rends compte que le chauffeur de taxi ne m’a pas remboursé 3000frs quand je lui ai remis 10000frs, mais plutôt 2000frs déchirés et rafistoles de manière sauvage.

Quelques instants plus tôt, j’étais au « marché du Niger ».

Assistant de Yaoba

L’incontournable couturier Yaoba a son atelier en face d’un arbre perché au milieu du marché. C’est un Colonel de l’armée guinéenne qui m’a presque obligé à débourser 1 million de francs GNF pour commander deux boubous. Yaoba a réalisé l’exploit de me les faire en moins de 24h. Pourtant, ce guinéen de l’ethnie Soussou a le carnet de commande bien plein. A mon arrivée à 11h ce matin, son assistant était déjà en train de repasser. Les essais sont fructueux, les deux Boubous sont somptueux.

Yaoba le couturier

De l’autre côté de la route, Diallo vend des sacs et des valises. Je suis attiré par un sac de touristes, et Diallo est dur en affaires : «180 000 francs ou rien ». La discussion finit par un compromis autour de 150 000 frs GNF. J’enfile mes Boubous à l’intérieur du sac et je décide de visiter le marché. Je cherche un distributeur automatique de billets. Le marché regroupe pourtant plusieurs banques. Toutes ou presque ont la particularité de n’avoir pas de distributeurs ou d’en avoir qui ne peuvent pas distribuer au delà de 800 000 frs .

Le colonel me disait déjà hier : « Détrompe toi, malgré notre faible monnaie, tout le monde ne sait pas à quoi ressemble le million en Guinée ». Les Guinéens sont tellement fiers et dignes, qu’il est difficile de percevoir cette « pauvreté matérielle » dans leur joie de vivre. En poursuivant mon périple au marché du Niger, je tombe sur ces vendeuses de vivres en pleine rue. Des beignets, du pain, et plus curieux encore, du riz à la sauce noire qu’une dame ingurgite en plein 11h du matin.

Cela m’a rappelé les attitudes de nos commerçants de Yaoundé qui s’ envoient un bon couscous matinal en guise de petit et se bourrent tellement la panse au point de vous dire bonsoir de bonne foi en plein 9h du matin. Pourquoi ce marché de Conakry porte le nom d’un pays voisin ? Amusé par ma question, le colonel me raconte qu’une ligne ferroviaire du temps des colons traversait tout le pays à partir de ce marché. C’est après avoir cherché à comprendre cette insuffisante et plate explication que je saisis qu’il parlait du Niger le Fleuve, qui prend sa source ici en Guinée. C’est vrai que le marché donne des migraines. Je ne suis pas au Niger, mais bien en Guinée. Ma Guinée plurielle !

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