Ma Guinée Plurielle, le plaisir t’attend (chapitre 3)

Article : Ma Guinée Plurielle, le plaisir t’attend (chapitre 3)
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27 novembre 2017

Ma Guinée Plurielle, le plaisir t’attend (chapitre 3)

J’ai rencontré, un guinéen nommé Mansour. Son histoire m’a bouleversé.

C’est un jeune homme meurtri par la vie. Sa docilité cache sa rage de vaincre. Sa vie se résume en un seul mot : « épreuves ». Mansour m’a été recommandé par mon frère et ami Heyndricks. Il était supposé me servir de guide ici à Conakry, mais c’est sa vie qui sera désormais mon guide, ma boussole. Tout commence par cette soirée où je lui donne rendez-vous dans la salle d’attente de l’hôtel.

Il m’appelle « Boss ». Peut-être parce qu’il me voit loger dans un cinq étoiles. J’aperçois tout de suite une gêne dans son regard, comme une distance complexée qu’il crée lui-même.

48 heures plus tard, il est 8h. Mansour est à mon hôtel. Il doit faire les marchés de Conakry pour me procurer des pagnes. En l’espace d’une minute, il prononce le nom d’Heyndricks sept fois. Alors je l’interroge :

  • Il t’a marqué hein, ce bon vieux Heyndricks !
  • Oui Boss. C’est lui qui m’a tout appris.

Il ouvre son téléphone et me montre une photo. Celle d’une campagne de sensibilisation contre le VIH-SIDA. Le slogan dit : « Le plaisir t’attend ». C’est clair, seul Heyndricks a le chic de ce genre de formule provocatrice. Et pourtant, derrière ce message, il demandait un changement de comportement en utilisant le préservatif « le latex sans complexe », autre formule venant de lui, à l’époque où nous travaillions ensemble au Cameroun. Heyndricks gérait la communication d’une ONG internationale ici à Conakry. Il a recruté Mansour pour développer avec lui des stratégies et des pratiques en marketing social.

Mansour

Mansour parcourait le pays, pour sensibiliser les populations, parfois au péril de sa vie. Prendre la pirogue et parcourir Room, Kassa et autres îles de la Basse Guinée, c’était loin d’être une sinécure. C’était le prix à payer, surtout lorsqu’il a fallu faire face à la douloureuse épidémie d’Ebola. A Guéckédou comme ailleurs en Guinée, il fallait s’armer de courage pour demander aux populations de se prémunir. « Les gens disaient que c’était une maladie inventée. Au lieu de se signaler, ils se réfugiaient dans les familles et mouraient en silence après avoir contaminé tout leur entourage » se souvient encore Mansour, avant d’ajouter : « Heyndricks m’avait dit de ne pas regarder l’attitude désinvolte des expatriés qui venaient en Guinée et refusaient de se mêler aux populations. Il m’avait dit, toi tu es un enfant du pays, et tu as le devoir de protéger tes frères et sœurs ». Alors, la peur au ventre, Mansour a parcouru les villages de son pays pour communiquer sur les gestes essentiels pour mettre fin à l’épidémie.

Il est devenu, malgré lui, le relai communautaire pour parler aux Soussou, aux Malinké, aux Peulhs, aux Bagas, aux Tômas, aux Guerzés, aux Kissis, aux Naloe, aux Bassarés, et aux Diakankés entre-autres pour que les pandémies cessent de ravager sa belle Guinée.

Il garde un souvenir heureux de ce « Heyndricks, humain et dictateur en même temps », qui savait les traiter avec tant de respect, comme il savait leur mettre des pressions folles quand il s’agissait de mener des campagnes.

Oui, Mansour n’oubliera jamais cet as du marketing, qui a même réussi à commander une marque de chaussures en son nom, tellement la communication lui collait à la peau. Mansour apprend vite que son travail a de la valeur. Diplômé d’une licence, le voilà cadre dans cette ONG. Son salaire le mènera très vite à la folie des grandeurs. Il organisera un mariage en grandes pompes à Conakry en s’offrant les meilleurs artistes du pays. « Oui, Heyndricks m’avait poussé à me marier, à me responsabiliser. Mais je n’avais pas compris qu’il fallait que je fasse des économies ».

Deux évènements tristes surviennent dans la vie de Mansour. Un jour, le patron de leur ONG leur annonce que les financements sont épuisés. Le département marketing doit fermer. Heyndricks doit quitter le pays. Pour Mansour, c’est un premier deuil. Quelques jours plus tard, il perd son emploi dans cette ONG. Commence alors pour lui, une grande descente aux enfers.

Lui qui habitait un quartier huppé doit déménager pour la banlieue. Il doit vendre sa voiture que Heyndricks l’avait aidé à acheter. Il doit réduire sa ration alimentaire. Il doit composer avec le soleil harassant de Conakry, déposer des demandes d’emploi qui n’aboutissent jamais. Avec sa femme et sa fille, braver le quotidien devient un combat de tous les instants. « J’ai vu rouge. Mon mentor s’en va, je perds mon emploi. J’ai failli perdre la foi aussi ». Heureusement, il est recruté par la fonction publique de son pays.

« Je gagne quatre fois moins que lorsque j’étais dans cette ONG, mais j’ai déjà ça » ajoute Mansour avant de relever que Heyndricks lui a donné envie de poursuivre ses études et d’aller loin dans le marketing et la communication. « Je vais tout faire pour obtenir mon master. Je vais économiser pour me payer ces études. Je veux être comme Heyndricks, diriger la communication d’une ONG ou d’une Organisation Internationale ». 

Mansour n’oublie jamais, malgré sa situation précaire aujourd’hui, il a réussi à venir à bout d’Ebola. Le Sida n’est plus un tabou en Guinée. En l’écoutant me parler, je me suis dit : « Je me plaignais de n’avoir pas de chaussures, jusqu’à ce que je rencontre quelqu’un qui n’a pas de pieds » Mansour m’a ouvert les yeux sur la vraie humanité. Mansour m’a permis de comprendre que quelques soient les difficultés, «le plaisir t’attend ».

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