Mon séjour en enfer

Article : Mon séjour en enfer
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2 juin 2014

Mon séjour en enfer

Voici l'enfer dans lequel je suis
Voici l’enfer dans lequel je suis

Allo la terre ? Ici l’enfer. Je suis en enfer. Je vis en enfer. Je sais, vous êtes curieux de savoir où se situe cet endroit mythique, décrit avec terreur par les religions, les mythologies et les philosophies. Je suis en enfer. Oui, croyez-moi, je vous fais un témoignage vivant de mon séjour ici.

Souvenez-vous que les Grecs antiques parlaient des enfers au pluriel. Dans cette mythologie, les Grecs désignaient les enfers comme étant le royaume des morts, de même que les Akkadiens et les Sumériens et les Mésopotamiens. Chez les chrétiens et dans l’Evangile de Luc (Chapitre 16:19-31), on y parle d’un homme « tourmenté dans les flammes ». Dans les Livres des Chroniques et de Jérémie, on évoque la Géhenne, une décharge publique, le lieu des cadavres d’animaux, ainsi des corps des criminels exécutés. Et c’est le Livre des Apocalypses (chapitre 20 : 10 à 15) qui se veut le plus effrayant : « Et le diable […] fut jeté dans l’étang de glace et de soufre, où sont et la bête et le faux prophète ; et ils seront tourmentés, jour et nuit, aux siècles des siècles ». Ajoutez à cela, la définition de l’islam dans la sourate 78, versets 21 à 26 : « L’Enfer demeure aux aguets, refuge pour les transgresseurs. Ils y demeureront pendant des siècles successifs. Ils n’y goûteront ni fraîcheur ni breuvage, hormis une eau bouillante et un pus comme rétribution équitable ».  Aie, ça sent l’horreur et pourtant j’y suis, j’y vis.

Chaque matin, je vis la puanteur de la vie. Elle pue l’odeur nauséabonde d’une PPTE (Personne pauvre très endettée). Elle chante le stress de mon compte en banque, aussitôt crédité, aussitôt débité. Elle chante la peur du lendemain, la guerre en Centrafrique, les attaques de Boko Haram, ou encore la crainte d’une agression ou d’un braquage à domicile. Je suis en enfer. Je vis dans un enfermement perpétuel. Je suis prisonnier du système capitaliste, là où les pauvres s’appauvrissent et les riches s’enrichissent. Je suis prisonnier de la perte d’identité. J’ignore toute mon histoire, car elle est écrite par d’autres, les bourreaux de la civilisation, de la colonisation et des religions. Ils m’ont dit dans leurs religions que si je transgresse leur loi (religieuse), j’irai en enfer. Alors j’ai prié dans les temples, les synagogues et les mosquées. Partout, prêtres, imams, évêques et pasteurs m’ont dit : « Tu ne tueras point ».

Et pourtant, les religions tuent, elles tuent dans chaque phase de l’histoire : le jihad, les croisades, ou les deux guerres mondiales. Il y’a partout du sang versé. Ce monde est donc infernal. Il chante les louanges du feu, du soufre, du canon, des fusils, et des bombes.  Je suis enfermé dans un mode de pensée dicté par les autres, leurs codes, leurs écoles, leurs valeurs. Mais dans cet enfer, ils ont donné le pouvoir à l’argent, au sexe, au diamant, à la compétition entre peuples, ethnies, nations, couleurs, et continents. Dans cet enfer, la définition du bonheur est impossible, elle est une nébuleuse indéfinissable. Ailleurs, si le bonheur se résume à manger 3 fois par jour, à côté de moi, un seul repas suffit à décrocher le sourire d’un démuni. Mon séjour en enfer ressemble donc à cela : on meurt chaque jour, alors c’est le royaume des morts. On n’a pas de fraicheur, car les climats changent, les températures se dérèglent. Oui je souffre dans cet étang qu’on appelle la sphère terrestre, ou plutôt l’enfer terrestre. L’homme y est un loup pour l’homme. L’amitié n’existe pas, seuls les intérêts comptent. L’amour est une illusion, il se calcule au gré des humeurs, il engage la littérature de la  haine, il est donc tout sauf…Amour.

Mon séjour en enfer a le goût amer des jours qui se suivent et qui se ressemblent. Des jours qui sont l’éternel recommencement d’une âme en détresse qui cherche ses repères dans la course à l’argent, aux diplômes, à l’ascension sociale, à la carrière, au pouvoir politique, à la puissance économique. Mon séjour en enfer ressemble à une loi de la jungle où chacun essaie de se battre pour éviter d’être rapidement réduit en cendres. Mais le problème est que le feu devient de plus en plus ardent, les flammes s’élèvent de plus en plus haut et nous incinèrent de plus en plus. Il fait chaud ici, j’étouffe dans cette planète. C’est normal, c’est l’enfer !

 

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Commentaires

Nelson Deshommes
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Nous vivons chaque jour dans l'enfer, il ne faut pas penser vraiment que l'enfer est ailleurs. Le paradis est là sous nos yeux, mais qu'avons nous fait pour mériter l'enfer?
Très original ce billet!

JR (abcdetc)
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Avec un peu de frémissement…
Et un sourire aimant. Même si c'est si peu !
Tiens bon camarade de coeur.

DEBELLAHI
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Ta place est plutôt dans ton rêve de Cameroun émergent. L'enfer est fait pour les méchants. Une verve exceptionnelle. Seul toi, Dania, tu es capable de faire de si beaux écrits. J'ai beaucoup apprécié. Un premier commentaire n'est pas passé. Pourquoi ? Je ne sais pas ! Bravo, l'ami !