Cameroun : encore un ministre aux arrêts

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31 mars 2014

Cameroun : encore un ministre aux arrêts

Louis Bapes Bapes
Louis Bapes Bapes

C’est un cas d’école. Connaissez-vous un pays au monde où ministres, anciens ministres, anciens premiers ministres, anciens colonels, et anciens recteurs d’université sont autant aux arrêts ? Connaissez-vous un pays où trois anciens secrétaires généraux à la présidence (les plus proches collaborateurs du président) sont condamnés pour corruption et détournements de fonds ? Ce pays-là existe et s’appelle le Cameroun. Ce 31 mars 2014, c’était le tour du ministre des Enseignements secondaires, Louis Bapes Bapes, qui a un record de longévité à la tête de ce ministère. Comme je m’interrogeais dans mes derniers billets : « Dépité par les députés et Professeurs (dés) agrégés », pourquoi les intellectuels sont-ils ceux qui, nommés DG ou ministres, détournent les fonds publics ? Pourquoi ces intellectuels sont-ils les mêmes qui, lorsqu’ils sont aux affaires, oublient toutes leurs théories universitaires et sombrent dans la corruption, le mensonge politique, ou simplement des comportements qui scandalisent la population.

Mais au-delà de cette nouvelle arrestation (spectaculaire), il y a lieu de se demander si arrêter des hauts fonctionnaires est la solution au problème de la mal gouvernance camerounaise. A qui la faute si les proches collaborateurs du président sont les premiers à se comporter ainsi ? A qui la faute si après plus de dix ans comme patron d’un département ministériel, un ministre se sert dans les caisses de l’Etat ? Il y a comme une incompréhension. Oui, il y a comme une incompréhension à voir nommer les mêmes acteurs de la gérontocratie dirigeante. Il y a comme une incompréhension à prendre les mêmes et à recommencer à…détourner.

Non, mais quel est ce pays du grand désordre national, où le mal devient normal et le mal devient moral ? Quel est ce pays où les députés se fâchent parce qu’ils veulent un salaire plus important pour moins de travail ? Quel est ce pays où chaque jour, les scandales se chiffrent en termes de milliards ? Que de chantiers inachevés ! Que de projets avortés ! Au secours Monsieur le président, les arrestations ne suffisent plus. Une de plus aujourd’hui, une autre demain, et quoi après ? Non ! Arrêter c’est bien, condamner c’est bien, mais ne pas permettre cela, c’est mieux !

L’action gouvernementale est plombée. Le Parlement est inerte. L’administration est moribonde. Tout cela ne répond pas aux critères sains d’un pays qui se veut émergent. La note est chèrement payée par une jeunesse aigrie, attendant vainement d’être aux affaires, et n’ayant pour seule option que de plonger dans ce système corrompu pour espérer une petite lueur au soleil du gâteau national. Que vont penser les élèves en apprenant demain matin que le ministre, leur ministre, a été entendu la veille par le Tribunal criminel spécial ? Quel modèle, quel exemple pour eux ? Que penser d’un chef de l’Educationsecondaire qui est arrêté pour des agissements primaires ? Une arrestation de plus donc, et il faudrait donc s’interroger : qui est encore intègre dans le régime Biya ?

 

 

 

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