DANIA EBONGUE

Le marché de Zamaï en marche.

Jour de Marché Zamai

C’est un lundi, jour de marché à Zamaï, localité qui compte 25000 âmes et qui est située à 18 km de Mokolo, à 76km de Maroua dans la région de l’Extrême-Nord, baptisée à juste titre, le « Nord des Extrêmes » avec ses indicateurs de pauvreté et d’insécurité de plus en plus alarmants.

Ibrahim Hamaoua, Lamido de Zamai
Ibrahim Hamaoua, Lamido de Zamai

Ici, c’est une terre d’accueil, non seulement des 55 000 réfugiés nigérians qui sont recensés dans le camp de Minauwao, mais aussi plus de 400 réfugiés internes que le Lamido Ibrahim Hamaoua et ses Lawans (chefs de villages) ont bien voulu accueillir au lendemain de multiples attaques perpétrées par la secte terroriste Boko Haram.  Les populations des 19 villages de cette contrée se brassent ainsi chaque lundi pour mettre en exergue les trois piliers qui font l’économie locale : agriculture, élevage et commerce.

Madeleine Bicheye
Madeleine Bicheye

Dès 7h du matin, Madeleine Bicheye, 34 ans, se rend au marché pour écouler ses vivres (betteraves, carottes, et tomates) à l’étalage. Une bonne nouvelle vient la consoler de la longue distance qu’elle parcoure depuis son village Mandaka (plus de 7km de là) à ce lieu de marché hebdomadaire. Désormais, les vendeuses de vivres comme elles, seront installées dans un hangar tout neuf et construit en dur pour un meilleur confort, une meilleure conservation des vivres et surtout une protection absolue contre les intempéries climatiques. Car, au « Nord des Extrêmes », le soleil est harassant et les pluies sont dévastatrices. Un tel hangar ne peut que lui arracher un sourire. « C’est un privilège que d’intégrer ce hangar. Merci à ceux qui ont eu une telle idée ».

Nouvel hangar des vendeuses
Nouvel hangar des vendeuses

« Ceux » qui ont eu l’idée, c’est le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), qui, dans le cadre d’un partenariat avec le gouvernement du Japon, a entrepris la réhabilitation du marché de Zamaï afin de permettre aux locaux, réfugiés et déplacés qui fréquentent et font ce marché, de s’y mouvoir sereinement et en toute sécurité. Une sécurité attestée par les bergers et revendeurs de bétail : « Quand je suis arrivé à Zamaï en 2014, il n’y avait pas ce parc. Les gens entraient de partout, on ne pouvait pas contrôler les entrées et les sorties. Aujourd’hui, grâce à ce parc, les choses sont beaucoup plus aisées. Les animaux se détachaient et se perdaient, et les ventes en prenaient un coup sérieux. Désormais ils disposent d’un parc gratuit et convivial » déclare Souaibou, Chef de centre zootechnique et vétérinaire de Zamaï qui se réjouit de cet apport de la FAO ( Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) dans le cadre de la réponse rapide conjointe UNESCO-PNUD-FAO-JAPON pour le renforcement des capacités de résilience des personnes déplacées, des communautés hôtes et des réfugiés face aux effets de la crise de Boko Haram à l’Extrême-Nord du Cameroun.

Parc du bétail
Parc du bétail

Une réponse que le consultant défense et spécialiste de Boko Haram, Raoul Sumo Tayo, appelait récemment sur RFI en ces termes :

« Il est important que les autorités camerounaises et les bailleurs de fonds internationaux investissent massivement dans les activités génératrices de revenus ».

Pour lui en effet, C’est cette guerre-là qu’il faut remporter avec le soutien de la communauté internationale, sans quoi ces attentats-suicides ne s’arrêteront pas. Il faisait référence à l’attentat suicide qui a causé 20 morts au marché de Mémé, toujours dans l’Extrême-Nord. La preuve sans doute qu’il fallait agir rapidement, et ceux qui ont investi dans la modernisation du marché de Zamaï l’ont vite compris.


Donner de l’espoir à la jeunesse de Maroua.

Au moment où le Cameroun célèbre le cinquantenaire de la fête de la jeunesse, se tient à Accra au Ghana, la Conférence africaine sur les droits de la santé sexuelle. L’occasion de lorgner ce qui se passe au CMPJ (Centre Multifonctionnel et Promotionnel de la Jeunesse) Régional de l’Extrême-Nord à Maroua.

Latifa, apprenante au CMPJ Régional de Maroua
Latifa, apprenante au CMPJ Régional de Maroua

La jeunesse de Maroua au Cameroun connait quelques difficultés, parmi lesquelles une extrême précarité, des mariages précoces, des grossesses indésirées, et par-dessus-tout une sous-scolarisation des jeunes filles. Tout cela perpétue le cycle de la pauvreté. L’une des solutions à la resocialisation de la jeunesse camerounaise est la mise en place des CMPJ dans les 10 régions du Cameroun. Le centre régional de Maroua est situé au quartier Pitoaré dans un cadre attrayant et qui abrite plusieurs pièces destinées à la formation et à l’accueil des jeunes désœuvrés de Maroua.

Djamila, apprenante au CMPJ Régional de Maroua
Djamila, apprenante au CMPJ Régional de Maroua

40 jeunes, dont 6 garçons de 20 à 32 ans, et le reste, des jeunes filles et dames âgées de 16 à 32 ans. Ces jeunes sont repartis dans deux filières : Industrie de l’habillement et Secrétariat bureautique, formés chaque jour de 7h à 14h 30 par des enseignants vacataires qui coûtent 213 000frs au centre chaque mois pour leur salaire. A côté de ces vacataires, les cadres du ministère de la jeunesse et de l’éducation civique leur délivrent des cours d’éducation à la citoyenneté, de civisme et de civilité, pour répondre ici au besoin d’alphabétisation fonctionnelle pour ces jeunes, qui pour la plupart sont des orphelins, des jeunes filles mères, ou des jeunes ayant très vite quitté le système scolaire pour des raisons économiques. Parmi eux, se trouvent Djamila 22 ans, et Latifa, 23 ans, qui sont des apprenantes en Secrétariat Bureautique, et plus loin, on retrouve Adjaratou, 18 ans, et Nafissatou, 17 ans, qui sont en train de coudre les pagnes du cinquantenaire de la fête de la jeunesse au Cameroun. «  Je suis orpheline et j’ai entendu parler du centre, alors je suis venue frapper à la porte pour devenir coutière un jour », nous confie Nafissatou qui a dû arrêter l’école en classe 5ème, faute de moyens.

Nafissatou, apprenante au CMPJ Régional de Maroua
Nafissatou, apprenante au CMPJ Régional de Maroua

Dans cet âge délicat de l’enfance et de l’adolescence, l’accent est particulièrement mis dans ce centre, sur l’EVA (Education à la Vie et à l’Amour) et à la SRA (Santé de Reproduction des Adolescents), car le rapport annuel 2015 des cas reçus au sein de l’unité santé de reproduction des adolescents de l’hôpital régional de Maroua fait état de 29 filles ayant utilisé la pilule du lendemain, 12 ayant été victimes de viol, 33 grossesses précoces, 43 grossesses indésirées, 42 vivent avec le VIH/SIDA, et 43 sont porteuses d’autres IST sur 526 personnes consultées. Les objectifs pédagogiques de ces cours d’EVA et de SRA sont d’être édifiés sur l’ampleur des problèmes de santé affectant spécialement les adolescents, et justifier l’investissement dans la santé et le développement des adolescents. Sur ce dernier plan, le CMPJ de Maroua a bénéficié du concours du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) qui accompagne, appuie et finance le Centre à travers des équipements didactiques (ordinateurs complets, chaises, matériel de nettoyage, fers à repasser, mannequins, machines à coudre, brodeuses, et les supports des programmes de formation). Un don en matériel qui s’inscrit dans le cadre du projet SIDA/H4+ qui vise la collaboration pour l’accélération des progrès en santé maternelle, néonatale et infantile au Cameroun, et précisément dans 7 districts de santé dans la région de l’Extrême-Nord.

Wassabi, Directeur du CMPJ Régional de Maroua
Wassouni Adamou, Directeur du CMPJ Régional de Maroua

« C’est l’apport de l’UNFPA avec le projet SIDA/H4+ qui maintient le centre en vie » nous dit le Directeur WASSOUNI ADAMOU, du CMPJ. Cette reconnaissance du Directeur est d’autant plus lisible lorsqu’il nous brandit le Diplôme d’Excellence que son Centre vient de recevoir lors de la Foire du Cinquantenaire de la fête de la Jeunesse de Maroua.

Diplome CMPJ Maroua

Grâce aux tenues confectionnées par les apprenantes dudit centre, le centre est lauréat pour la créativité de ses filles. Une distinction encourageante qui l’emmène à penser qu’à terme, le CMPJ deviendra une structure autonome de production, dans laquelle les jeunes formés deviendront une entreprise et une industrie, et vivront de leur créativité. Car selon l’UNFPA, chaque potentiel des jeunes doit être accompli.


Le développement communautaire par la santé.

La déclaration d’Alma-Ata sur les soins de santé primaires, le 12 septembre 1978 en Russie déclarait en son article 6 :

 « Les soins de santé primaires sont des soins de santé essentiels fondés sur des méthodes et des techniques pratiques, scientifiquement valables et socialement acceptables, rendus universellement accessibles à tous les individus et à toutes les familles de la communauté avec leur pleine participation et à un coût que la communauté et le pays puissent assumer à tous les stades de leur développement dans un esprit d’auto responsabilité et d’autodétermination.»

Une déclaration résumée en ces termes par Le Dr Akwe Samuel, point focal national des interventions directives communautaires, et par ailleurs Sous-Directeur des soins de santé primaire au Ministère camerounais de la santé : « Ce sont les soins essentiels, avec la pleine participation de la communauté ».

Dr Akwe Samuel
Dr Akwe Samuel

La déclaration précisait également que les soins de santé primaire font intervenir, outre le secteur de la santé, tous les secteurs et domaines connexes du développement national et communautaire, en particulier l’agriculture, l’élevage, la production alimentaire, l’industrie, l’éducation, le logement, les travaux publics et les communications, et requièrent l’action coordonnée de tous ces secteurs. C’est ce package et cette stratégie qui est observée dans le cadre du projet H4+ déployé dans 7 districts de santé de la Région de l’Extrême-Nord au Cameroun.

Travail des Relais Communautaires du projet H4+
Travail des Relais Communautaires du projet H4+

Selon Rebecca Djao, Déléguée Régionale de la Santé Publique, « Il faut compter sur les relais communautaires qui constituent une force. Ce sont eux qui permettent d’améliorer la demande, car l’offre de service est déjà disponible ». La santé suppose donc l’adoption de bonnes pratiques, et ce sont les agents de santé communautaires qui se chargent de sensibiliser les populations, de la prise en charge de quelques cas de maladies, de référer les femmes et les enfants au centre de santé, mais avant tout, de dénombrer, d’enregistrer et de faire déclarer les naissances.

Dr Rebecca Djao
Dr Rebecca Djao

Les autorités se mobilisent pour les déclarations de naissance.

Le Maire Banmou David de la commune de Guidiguis est affirmatif : « J’ai vu nos agents de relais communautaires, bénéficier de 80 bicyclettes avec lesquelles ils déclarent les naissances, et reviennent collecter les actes pour les redistribuer aux populations. En 2013, ma commune avait enregistré 1100 naissances et en 2015 on a enregistré 1500 naissances, et là je ne vous donne que les chiffres de mon centre d’état civil, car deux centres secondaires ont été également ouverts. C’est vous dire l’impact du projet H4+ sur le changement de comportements des communautés ».

Maire de Guidiguis
Maire de Guidiguis

Le Maire touche là l’un des points les plus préoccupants de la zone, à savoir, les déclarations des naissances. Une situation qui préoccupe aussi les autorités administratives, comme le Sous-Préfet de Gazawa, Abdou Djenabou Oumarou : « Nous avons de sérieux problèmes relatifs aux actes de naissances dans mon arrondissement. Depuis l’arrivée du projet H4+, les enfants sont systématiquement déclarés et ont des actes de naissances. Ce n’est pas le cas de leurs ainés qui sont actuellement au CM2 et qui ne peuvent pas avoir un dossier complet pour le CEP et le concours d’entrée en 6ème. J’ai demandé à tous les directeurs des écoles de me recenser ces enfants. Sans acte, l’enfant ne peut pas avancer dans ses études scolaires ».

Madame Abdou Djenabou Oumarou, Sous-Préfet de Gazawa.
Madame Abdou Djenabou Oumarou, Sous-Préfet de Gazawa.

La préoccupation de Madame Le Sous-Préfet est la même que celle de son collègue de l’arrondissement de Mouvouldaye. Aboubakar Garba est à la tête d’un arrondissement de 161 000 habitants, et lors des élections présidentielles de 2011, il a dû signer 45 000 attestations d’états civils pour que ces gens obtiennent des cartes d’identité et puissent voter. « C’est la preuve que les actes de naissance n’étaient pas une priorité ici. Imaginez-vous des gens de 60 ans et plus, sans acte, sans carte d’identité. Et pour les enfants alors, c’est pire. J’ai dû moi-même descendre de famille en famille pour exiger que ceux les enfants soient déclarés.  Avec le Ardo (chef traditionnel) et le Maire, nous avons mené des campagnes de jugements supplétifs ici, sinon beaucoup d’enfants ne peuvent pas se présenter au concours d’entrée en 6ème » nous dit le sous-préfet Aboubakar Garba.  Madame Le Délégué Régional de la Santé Publique pour l’Extrême-Nord établira d’ailleurs un lieu très étroit entre la santé et le développement :

 « Une population en bonne santé est une population qui va travailler et qui va produire des richesses. Si les indicateurs en santé sont mauvais, les indicateurs économiques seront conséquemment mauvais. Donc je crois qu’il y’a un lien étroit entre l’état de santé de la population, entre le niveau d’éducation de  la population et le développement économique de la région ».

Voilà comment les soins de santé primaire sont vecteurs de changement même au niveau de la citoyenneté. Un enfant qui est en gestation dont la mère est référée à l’hôpital, qui y accouche, qui y suit ses vaccinations, est un enfant enregistré, déclaré et un citoyen connu et reconnu. Ce droit fondamental des enfants, mise en exergue grâce aux agents de santé communautaire répond bien au credo de l’UNICEF : « Donner à chaque enfant, un bon départ pour la vie ».

Aboubakar Garba, Ss Préfet de Mouvouldaye.
Aboubakar Garba, Ss Préfet de Mouvouldaye.

Et c’est à l’UNICEF que le sous-préfet de Mouvouldaye  lance une ultime doléance : « Je prie l’UNICEF de nous aider à régler une bonne fois pour toutes la question des déclarations de naissance dans cet arrondissement. C’est une question cruciale ». Le développement passe par là.


Can you keep silent, Miss Brenda?

Brenda

Mon ami Aziz vient de me remettre une bouteille de Soda. Quel nom est inscrit dessus ? Brenda ! Alors, je me dis que y’a que moi qui ne m’intéresse pas à ce prénom. Un prénom que j’ai découvert en 1992 avec la fameuse série télévisée Beverly Hills 90210. Je crois qu’il y’a eu alors de part et d’autre de la planète un effet de mode appelé Brenda. Mais la Brenda dont on parle ces jours-ci semble loin de cette série des années 1990.La Brenda actuelle est la princesse d’une monarchie cacaoyère. On dit de cette Brenda là qu’elle sème la terreur quand elle arrive dans une boite de nuits de son royaume. On dit de cette Brenda là qu’elle est impulsive et qu’elle a « le sang chaud ». C’est pour cela qu’elle répond du tic au tac à ceux et celles qui lui lancent  des piques sur les réseaux sociaux. C’est la même Brenda qu’on aurait vu embrasser son petit ami sur l’un de ses comptes. C’est la même Brenda qui aurait dit  aux gens de la fermer en ces termes :

« Je borrow les fringues de ma mater et puis quoi » ?

Et puis quoi ? Il y’a un artiste nommé Jovi qui nous avait posé la même question :

Et puis quoi ? Justement ! Moi, les fringues de la princesse Brenda franchement, je n’en ai rien à cirer. Par contre, lorsque la princesse a publié récemment qu’elle dépenserait 400 dollars en location de taxi aux Etats-Unis, alors là je suis choqué. Choqué par les impôts de cette monarchie, l’argent du peuple gaspillé ainsi pour faire classe ? Pour respecter le statut de la princesse ? Mais ce qui est grave c’est de lire que:

«  en aucun cas, je ne m’excuserais d’avoir fait quelque chose d’aussi banale que de prendre le taxi pour rentrer chez moi ».

Qui peut arrêter Brenda ? Nous demande Maahlox Le Vibeur :

Mademoiselle Brenda, ce n’est pas banal de prendre un taxi à 400 dollars, pas une fois, puisque vous dites :

« ce que je fais tout le temps ».

Princesse Brenda, avec 400 dollars, vous offririez des livres aux écoles démunies de votre royaume. Avec 400 dollars, vous équiperiez un centre de santé intégré de votre royaume. Avec 400 dollars, vous permettriez à des centaines de femmes d’accoucher dans une formation sanitaire sans avoir peur d’y verser les frais de consultation qu’elles n’ont. Avec 400 dollars, plusieurs enfants de votre royaume, dans les foyers et dans la rue auraient au moins de quoi manger pendant trois mois. Ce n’est pas banal, princesse Brenda, pas du tout !

Dans ta vidéo sur Snapchat, tu dis princesse que tu veux partir de … à Beverly Hills en taxi. Maintenant je te tutoie, car je m’adresse à ma petite sœur. Tu vois, je fais le rapprochement avec la série télévisée. Tu es donc la vraie Brenda de Beverly Hills, version 2016. Oui princesse, j’aimais cette série quand j’étais ado, mais je dois t’avouer que la nouvelle saison que tu joues est moins drôle et moins intéressante. Va dans ton royaume, offre des livres, des vivres, des vêtements aux démunis. Offre des bourses d’études aux excellents lycéens et lycéennes de ton pays ou aux étudiants qui ne peuvent pas payer le ¼ de tes 400 dollars exigible comme pension entière d’une année universitaire. Dans ton royaume, les gens ont du mal à pays un taxi à 250frs, c’est-à-dire, la moitié d’un dollar. Dans ton royaume, beaucoup de filles n’arrivent pas à s’offrir un paquet de serviettes hygiéniques qui coûte l’équivalent d’un dollar. Oui, princesse, dans beaucoup de villages, les filles utilisent des pagnes sales et des tissus pour retenir leurs menstrues. Dans ton royaume, l’eau ne coule pas toujours dans les robinets, que dire alors de l’électricité ? Princesse Brenda, avec ton argent de poche, avec tes économies, tu peux agir dans une communauté. Offrir un forage à un village, faire construire une salle de classe pour ceux qui fréquentent encore l’école sous le hangar.

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Princesse Brenda, tu as le droit de vivre comme tu le dis, et c’est vrai. Tu es jeune, belle, intelligente, bilingue et moderne. Je n’ai absolument rien contre toi, mais s’il te plait, tais-toi et ne publie plus ces choses choquantes. Fais comme je t’ai dit là, offre des dons aux gens de ton royaume. T’as pas besoin d’ouvrir une ONG ou une fondation pour cela. Là-bas à Beverly Hill, il suffit de lancer un crowdfunding, pour que les gens de Beverly Hills, avec ton statut de princesse réagissent spontanément à ton projet d’aider les jeunes de ton royaume. C’est tout ce que je te demande princesse. Agis ! Ne parle plus ! En attendant de te voir dans les écoles, les hôpitaux et les villages de ton royaume, je bois ce soda ( ou ce café noir)  à ta santé, puisqu’il porte ton joli prénom…Brenda !


Parce que le paludisme tue.

Bourloum est un village situé aux alentours de Moulvoudaye, dans le Mayo-Kani, région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Là-bas, ce sont les agents de santé communautaires du projet H4+ qui ont été mobilisés pour la campagne de distribution des MILDA (Moustiquaires Imprégnées de Longue Durée d’Action) par le Centre Intégré de Moulvoudaye. Les agents de santé communautaires ont été répartis deux par deux à bicyclette, outil de travail offert par le projet H4+ pour parcourir les longues distances des 8 cantons de l’arrondissement. 

Agents de Santé Communautaires de Bourloum
Agents de Santé Communautaire de Bourloum

Ici à Bourloum, après avoir contacté le Arlo (Autorité traditionnelle de 3ème degré chez les Peulh),  Sadou Mal Adama et son binôme ont l’accord pour aller de ménage en ménage afin, pour le dernier, d’expliquer le bien-fondé de la campagne de dénombrement en cours, et pour le premier, de procéder à l’enregistrement des personnes et des ménages. L’opération en est à son quatrième jour déjà, et 91 ménages ont été enregistrés et immatriculés.

Opération de dénombrement à Bourloum
Opération de dénombrement à Bourloum

Ce rituel demande une certaine minutie, puisqu’il se fait sur la foi des cartes nationales d’identité exigées aux villageois, pour leur remettre en contrepartie, un voucher qui servira de chèque de retrait desdites MILDA. En règle générale, on distribuera 2 moustiquaires pour 3 personnes. Rappelons que selon l’OMS :

 « L’Afrique subsaharienne continue de supporter une part disproportionnée de la charge mondiale du paludisme. En 2015, la Région enregistrait 89 % des cas et 91 % des décès dus à cette maladie ».

Le dénombrement suppose le recensement de tous les ménages,  la sélection et l’enregistrement des enfants âgés de 0 à 5 ans, le nombre de femmes enceintes, le tout orienté vers des messages clés inévitables et répétés par ces agents : demander aux femmes enceintes de se rendre au Centre de Santé Intégré de Moulvoudaye et d’y emmener tous les enfants de moins de 5 ans pour la vaccination.

Retour de consultation au Centre Médical Intégré de Moulvoudaye
Retour de consultation au Centre Médical Intégré de Moulvoudaye

Pour l’heure, l’accent est mis sur l’urgence de se prémunir du paludisme. « Dormir sous la moustiquaire est l’unique protection contre le paludisme en ce moment », martèle Sadou Mal Adama., car selon l’UNICEF :

« Toutes les 30 secondes, un enfant meut du paludisme quelque part dans le monde »

et

« Le fait de dormir sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide peut faire diminuer de 20% la mortalité infantile globale. On a démontré que ces moustiquaires, lorsqu’elles sont utilisées constamment et correctement, peuvent sauver la vie de six enfants par an sur mille enfants dormant sous une moustiquaire ». 

Il faut dire que ce fils du village est très bien accueilli partout où il se rend, chaque jour de 7h à 13h, avant de déposer son rapport et sa fiche de synthèse auprès du superviseur de proximité qui lui-même le dépose au chef de centre de santé, et ainsi de suite. Il en résultera très vite une liste détaillée et exhaustive du nombre exact de bénéficiaires de ces moustiquaires très attendues ici, à Bourloum.

Sadou Mal Adama
Sadou Mal Adama

« Dans notre registre se trouve une page appelée fiche de dénombrement. Il y a la colonne village ou quartier, comme pour Bourloum en ce moment, suivie du code du ménage que j’inscris sur le mur. Il y a la date du dénombrement, et le site de distribution » ajoute Sadou Mal Adama, qui restitue là de manière méthodique toute la formation transmise par le district de santé afin de faire de cette campagne une réussite. Il y a donc derrière tout cela un sentiment de fierté, celui du devoir accompli, mais surtout celui d’un agent de santé communautaire qui sait que son action va sauver des vies. Parce que le paludisme tue.


Et si c’étaient des femmes ?

Ils sont quatre agents de santé communautaires dans l’aire de santé de Guérémé, dont deux pour le centre de santé intégré de Torock, petite localité située à 12km de Kaélé, dans la région de l’Extrême-Nord. Quatre agents de santé, tous des hommes.

Ndikwa Welba ASC de Torock
Ndikwa Welba ASC de Torock

Ndikwa Welba est un agent de santé communautaire de Torock. Il est en train de sensibiliser une famille à la nécessité de lutter contre la malnutrition des enfants. Il effectue d’ailleurs le geste du périmètre branchial sur le jeune enfant de la famille qui est logée dans un Saré (maison sahélienne), pas loin du centre intégré qui lui, est étrangement vide, à part la présence de Taiwe Jean Baptiste, le Chef de centre, et son aide-soignant, Tinda Pierre.

Périmètre Branchial

Les chiffres qu’ils nous révèlent ici sont alarmants « Parfois zéro visite prénatale par mois, et très souvent, zéro accouchement au sein de notre formation sanitaire », nous dit Tinda Pierre avec amertume. Les habitudes ont la peau dure dans la localité, car fréquenter une formation hospitalière n’est pas du goût de tout le monde, surtout que les accoucheuses traditionnelles ont encore du succès par ici. « Les hommes préfèrent que ce soit les femmes qui s’occupent de leurs femmes. Ils optent donc tous ou presque encore pour l’accouchement à domicile », déplore Tinda Pierre. Pourtant, chose curieuse, lorsque les grossesses et les accouchements se compliquent, ces mêmes hommes accourent dans le centre de santé. C’est le cas d’un habitant de Guérémé, qui a transporté sa femme d’urgence la veille, parce que l’accoucheuse traditionnelle ne réussissait pas à faire sortir le bébé. C’est autour de minuit que l’enfant a été délivré par voie de césarienne, au centre de santé de Guérémé. Un centre qui bénéficie des équipements du projet H4+, notamment des lits, des tables d’accouchement, des outils divers offerts par l’UNICEF.

Causerie sur la Nutrition dans un Saré
Causerie éducative dans un Saré

Toutes choses que l’agent de santé Ndikwa Welba explique aux populations du village. « Emmenez vos femmes à l’hôpital ! », martèle-t-il aux hommes de Torock, mais ceux-ci ont pour argument qu’il faudrait des femmes infirmières et des femmes agents de santé communautaire pour qu’ils soient moins réticents. « C’est vrai que nos cultures n’acceptent pas aisément qu’un homme consulte ou ausculte la femme d’autrui. Mais grâce à nos descentes sur le terrain, beaucoup commencent à comprendre » ajoute Ndikwa Welba. Mais si beaucoup commencent à comprendre, pourquoi le centre médical intégré est si peu fréquenté ? La réponse se trouve peut-être dans l’indice de pauvreté qui est très élevé ici. La région de l’Extrême-Nord compte en effet 80% de taux de pauvreté, ce qui n’aide pas les populations à débourser 500frs pour une consultation. Il reste aussi que la demande en sages-femmes est éloquente dans la mesure où le ratio régional est d’un infirmier pour 7700 habitants, alors que la moyenne nationale est d’un infirmier pour 1023 habitants.

Centre Médical de Guérémé
Centre Médical de Guérémé

Toutes choses qui font dire à Ndikwa Welba que «  si on peut recruter une à deux femmes agents de santé communautaires, et des infirmières à Guérémé et à Torock dans ce projet H4+, je suis certain que les indicateurs vont un peu plus s’améliorer. Les hommes n’auront plus de raison de bloquer leurs épouses à la maison. Le cas d’hier soir à Guérémé est suffisamment clair pour que les hommes comprennent que les accouchements à domicile sont dangereux ». En effet, l’UNFPA appuie le projet H4+ à travers la formation des sages-femmes et l’appui des personnels médicaux à la prise en charge des complications des grossesses. Nul doute que cet aspect viendra changer les choses à Torock et à Guérémé.


Le combat de Sœur Mary à Dziguilao.

Sœur Mary, Centre Médical Catholique de Dziguilao
Sœur Mary, Centre Médical Catholique de Dziguilao

Voici l’unique bébé né au Centre Médical Catholique de Dziguilao ( Région de l’Extrême-Nord au Cameroun) ce jour. C’est la fille de Maïrouskou Hélène, elle est née exactement à 11H 30, ce jeudi, jour de marché, donc jour de grande affluence dans la ville. C’est Sœur Mary, une religieuse franciscaine qui a permis à Hélène de délivrer ainsi son 6ème enfant.   En  tendant le bébé à sa mère, Mary fait là un geste qu’elle aurait souhaité opérer chaque instant de la journée. En 2010, elle était institutrice à l’école primaire de la localité avant de demander la permission à sa congrégation pour aller se former en soins infirmiers et devenir sage-femme. « Je voyais que le personnel médical manquait ici, alors je me suis dit qu’il fallait foncer ».  Pourtant, ce matin, Sœur Mary n’a pas tout à fait le sourire. Et pour cause : « J’ai aperçu plusieurs femmes enceintes tout à l’heure au marché. Aucune n’est passée ici pour une visite prénatale. Rendez-vous compte ! Seulement 10 accouchements mensuels ici ».

Pour Sœur Mary, les indicateurs sont en progression certes, mais les choses pourraient aller plus vite « si les populations avaient plus de bonne volonté. Elles prétendent que les frais de consultation sont chers. C’est 1000frs. Je vous assure que même si on les met à 200frs, les choses ne bougeront pas aussi vite ». Elle explique alors qu’à Dziguilao, les hommes pour la plupart laissent les femmes se débrouiller seules pour payer leurs frais médicaux, ce qui est loin d’être évident. Elle pense que c’est là que se trouve le nœud du problème : les hommes (époux et pères de familles). « Chaque dimanche à la messe, je demande au prêtre de sensibiliser les hommes afin qu’ils accompagnent leurs femmes et les encouragent à fréquenter les formations sanitaires », poursuit Sœur Mary. D’autre part, elle se réjouit de la présence de 8 Agents de Santé Communautaire au sein de son centre. Ce jour de marché, 6 de ces agents sont présents.

ASC de Dziguilao
ASC de Dziguilao

Ils doivent parcourir en moyenne 6km chacun à vélo pour arriver jusqu’au centre du marché. Le chef du centre médical catholique, Koga Jean Félix, se félicite de cette approche du projet H4+ qui permet « un contact plus direct avec les communautés », ce d’autant plus que ce sont des hommes qui font office d’agents de santé communautaires, et ce sont eux qui au fil du temps, vont convaincre leurs pairs à changer de comportement et pousser les femmes à venir à l’hôpital.

Bicyclettes des ASC

«  Ma barrière c’est la langue. Je suis anglophone, et je ne suis que moyenne en français. J’essaye d’apprendre le Toupouri, la langue du coin. J’en ai besoin pour me rapprocher davantage de ces femmes » dit Sœur Mary. A côté de Sœur Mary, se trouve Liki Salomon, Agent de Santé Communautaire depuis un an déjà. Il habite Tibégué, à 5km de là.

Liki Salomon ASC de Dziguilao
Liki Salomon ASC de Dziguilao

« C’est vrai que le problème de la distance se pose encore pour quelques femmes » avoue-t-il avant de poursuivre : « c’est la raison pour laquelle moi je suis spécialiste de la prise en charge à domicile, et je réfère systématiquement les cas à la sœur ou au chef de centre. Les mentalités sont certes difficiles, mais les choses s’améliorent déjà. La semaine dernière, elles étaient nombreuses à m’écouter ici sur la place du marché, lorsque j’évoquais la question de l’utilisation des moustiquaires ». Dans quelques jours en effet, la distribution des moustiquaires aura lieu ici à Dziguilao. Sœur Mary se frotte déjà les mains à l’idée de parler aux femmes bénéficiaires qui se présenteront. Son discours préparé sera sans doute le suivant : « Dormir sous moustiquaire c’est bien. Mais venez aussi vacciner vos enfants. Venez aux consultations prénatales, venez accoucher à l’hôpital. Venez, venez ! ». Cela ressemble à un sermon religieux, que oui ! Sœur Mary est avant tout, servante de Dieu.


La santé à Guidiguis, comme sur deux roulettes.

Motos 2

18 motos rangées dans la grande cour de l’hôpital de district de Guidiguis dans la région de l’Extrême-Nord au Cameroun. Aujourd’hui, c’est réunion de concertation autour du Chef de district de santé.

Les 18 chefs des centres médicaux et des centres intégrés se réunissent pour définir et harmoniser leurs politiques de santé. Ils ont en commun plusieurs programmes et campagnes, notamment le projet H4+ qui vise l’accélération des progrès en santé maternelle, néonatale et infantile dans la région avec plusieurs agences du système des Nations Unies, dont l’Unicef qui a octroyé ces motos. De fait, certains doivent parcourir une cinquantaine, voire des centaines de kilomètres pour rallier l’hôpital de district. De même, chacun des chefs de centre doit faire face à de longues distances pour toucher les populations et ces motos sont plus que les bienvenues. Parmi ces chefs, se trouve Doba Guillaume, chef du centre intégré de Guérémé qui affiche net un chiffre de 10 consultations prénatales par semaine, contre 1 à 2, il y’a encore un an.

Doba Guillaume
Doba Guillaume

Le taux régional de consultations prénatales étant de 59%, Doba Guillaume peut d’autant plus se féliciter parce que « ce qui a changé avec l’arrivée du projet H4+, c’est que nous avons plus de contact avec la communauté ».

Koga Jean Félix
Koga Jean Félix

Son collègue Koga Jean Félix, Chef du Centre privé catholique de Dziguilao, à une vingtaine de kilomètres de là, partage la même opinion et décrit le H4+ comme un « paquet d’activités de santé communautaire ».  C’est-à-dire les consultations prénatales, les accouchements à l’hôpital, la vaccination, la sensibilisation des populations, les dépistages des maladies infantiles. Cette combinaison d’après lui « rattrape les retards  liés à la couverture vaccinale des enfants, à leur enregistrement et même à leur déclaration de naissance ». Les activités à base communautaire ont permis aux 18 centres de santé concernés, d’accélérer leurs performances, ce qui n’était pas évident avant l’arrivée du projet H4+. « Désormais, tous les enfants sont recrutés pour le P.E.V. (Programme Elargi de Vaccination), et les femmes enceintes sont systématiquement référées au Centre de santé » poursuit Koga Jean Félix.

Motos bon départ

Voilà un début de victoire pour les chefs de centre de santé présents à ce conclave de Guidiguis. Même si les indicateurs commencent à être flatteurs et encourageants, il reste néanmoins que plusieurs indicateurs de santé sont encore au rouge, eux-mêmes dégâts collatéraux d’une région qui souffre d’un taux de pauvreté de 80%, d’un voyant rouge en ce qui concerne la sécurité, et de conditions de vie à améliorer en général. En appuyant sur le contact de son deux-roues, chaque chef de centre sait qu’il faudra appuyer sur l’accélérateur désormais.


Pourquoi je veux être agent de santé communautaire.

Je m’appelle Lawol Guilam et je suis en formation actuellement dans le cadre des activités à base communautaire déployées par l’UNICEF chez moi à Gazawa dans le cadre du projet H4+.

Lawol Guilam
Lawol Guilam

Tout a commencé par une sélection dans les communautés. On a tenu compte de nos atouts, parmi lesquels notre capacité à lire et à écrire, à se faire entendre et comprendre, à convaincre, à sensibiliser, bref, à communiquer. Car, il s’agira pour nous de sillonner les villages et les quartiers de notre arrondissement qui est situé dans le département du Diamaré, Région de l’Extrême-Nord au Cameroun. 19.149 habitants peuplent notre aire de santé et nous sommes actuellement 38 Agents de Santé Communautaires (ASC) en formation.

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Le Docteur Antoine Ntapli, spécialiste santé du Sous-Bureau de l’Unicef à Maroua nous a dit que le ratio est « de 1 ASC pour 1000 personnes. Soit 200 ménages environ ». Cela veut dire que chez nous à Gazawa, les 38 que nous sommes auront chacun 500 personnes à couvrir. Tout cela est très excitant, moi qui ai grandi dans un univers où l’hôpital est un luxe, l’enregistrement des naissances une option, et le vaccin un mystère. Pour éviter cela aux générations actuelles et futures, je me suis porté volontaire pour devenir ASC.

Classeur

Notre formation compte 10 modules dans ce grand classeur que vous voyez. On y trouve tous les cours, les termes techniques, les dessins et les tableaux d’illustration nécessaires à l’assimilation de ces données. La formation dure 10 jours, mais nous serons accompagnés durant les trois premiers mois de notre déploiement sur le terrain. On nous remettra alors à chacun, un kit constitué d’un vélo, d’un sac de soins, d’un minuteur, de tests divers, notamment celui du paludisme, et d’un registre et des outils de gestion. Nous relayerons nos informations chaque mois dans notre aire de santé qui les compilera au niveau du district et de la région. L’un des modules de ces deux premiers jours de formation était celui de l’enregistrement des naissances et des détections des violences aux enfants. C’est elle, Madame Ousmanou Balkissou, Directeur du Centre d’accueil pour enfants en détresse qui est venue nous le délivrer spécialement depuis Garoua.

Ousmanou Balkissou
Ousmanou Balkissou

Son centre est ouvert depuis 2004 et plus de 157 enfants sont passés par son centre. Son expérience nous a édifiés surtout qu’elle a insisté pour « les mairies aussi jouent leur partition quand les ASC auront collecté les données sur les enregistrements des naissances ». Madame Ousmanou Balkissou touche bien là le nœud du problème de notre localité. D’ailleurs, Madame Le Sous-Préfet Abdou Djenabou Oumarou constate qu’en ce moment, beaucoup d’élèves du CM2 ne peuvent pas passer le concours en 6Eme parce qu’ils n’ont pas d’actes de naissances. Plusieurs cas sont répertoriés dans les écoles de l’arrondissement et elle a décidé de prendre ce problème à bras le corps afin que les enfants ne payent plus le prix de l’ignorance et de la négligence des parents. Je sais que Madame Le Sous-Préfet compte sur nous pour poursuivre cet exercice de sensibilisation qu’elle mène en tant que femme et autorité de la ville pour changer les comportements.

Madame Abdou Djenabou Oumarou, Sous-Préfet de Gazawa.
Madame Abdou Djenabou Oumarou, Sous-Préfet de Gazawa.

Ce matin, l’autre module que nous avons suivi est celui du paludisme, dispensé par Yewone Yves, chef du bureau de santé au District de Santé de Maroua 1er. Il a beaucoup insisté sur le TDR (Test de Dépistage Rapide) lorsque nous sommes sur le terrain. C’est vrai que le paludisme, les IRA (Infections Respiratoires Aigües) et la malnutrition sont les maladies qui dévastent les enfants de moins de 5 ans ici. On a noté 23.757 cas pris en charge par les ASC en 2015.

Module de formation des ASC sur le paludisme
Module de formation des ASC sur le paludisme

Notre rôle sera donc à la fois curatif et préventif, comme nous l’a dit Abdoulaye Moussa, l’actuel Surveillant Général de l’Hôpital Général de Maroua, qui nous dispense le module sur La santé de la mère et de l’enfant.Oui, je voudrais être un ASC. Quand j’ai vu l’implication du Ministère de la Santé au niveau central, par la présence ici du Docteur Samuel Akwe, point focal national des interventions directives communautaires et par ailleurs Sous-Directeur des soins de santé primaire au ministère, je me suis rendu compte du sérieux de cette formation.

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C’est vrai, nous aurons les vies de nos enfants, filles, sœurs et mères entre nos mains. C’est un engagement sacré. Oui, je veux être un ASC. Je veux être un ASC comme Roger et Martine du centre médical de Touloum, qui ont déjà fait leurs preuves dans la région. Oui, je veux sensibiliser les gens aux pratiques familiales essentielles, je veux…sauver des vies.


Aïssatou, la réponse c’est à l’hôpital !

L’histoire d’Aissatou Moussa, jeune camerounaise de 21 ans, déjà mère de 3 enfants, qui a failli perdre son enfant parce qu’elle hésite à l’emmener à l’hôpital à cause de considérations traditionnelles néfastes.

Aissatou Moussa
Aissatou Moussa

Assise à même le sol, sous un arbre, pour la protéger du soleil harassant de l’Extrême-Nord au Cameroun, Aïssatou Moussa, 21 ans, est à côté de son bébé âgé de quatre mois seulement. Celui est couché sur un pagne déposé sur ce sable chauffant. Cela fait quatre jours déjà que le petit fait la fièvre, est enrhumé et fait la diarrhée. Ces dernières heures ont failli être fatales pour lui, et il a fallu la sommation vigoureuse de quelques proches d’Aïssatou Moussa pour qu’elle l’emmène ici au Centre Médical d’Arrondissement de Gazawa, à 25 km de la capitale régionale, Maroua. Pourtant, à la voir tricoter un nouvel habit pour son fils, on ne perçoit pas tout de suite qu’elle serait peut-être en train d’enterrer son garçon ce matin. La fréquentation systématique d’un centre de santé n’est qu’un réflexe progressif dans sa communauté. Les indicateurs de la région de l’Extrême-Nord sont au rouge depuis l’enquête démographique et santé de 2011. Par exemple :

  • La mortalité des enfants de moins de 5 ans est de 168 pour 1000 naissances vivantes.
  • La mortalité maternelle affiche un ratio de 782 pour 100 000 naissances vivantes.
  • La couverture en vaccination n’est que de 45% pour la région.
  • 22% de femmes seulement fréquentent les formations sanitaires.

Pourtant, bien qu’ayant accouché ce dernier dans un centre de santé, Aïssatou a eu du mal à respecter les rendez-vous des vaccins de son enfant. Pire, ce n’est qu’avec cet enfant qu’elle a accepté d’accoucher à l’hôpital. Cela n’a pas été le cas de ses deux premières couches. Aïssatou a été très vite enrôlée dans un mariage précoce et a hérité de quelques autres pratiques culturelles néfastes comme l’accouchement assisté par ces « accoucheuses » traditionnelles qui ont longtemps retardé la fréquentation des formations sanitaires. Elle a fait partie des 25% d’adolescentes qui ont déjà été enceintes au Cameroun et des 22% seulement des femmes de la région qui ont accouché dans une formation sanitaire selon l’UNFPA.

Femmes au Centre Médical de Gazawa
Femmes au Centre Médical de Gazawa

Il a donc fallu la résonance de la sensibilisation des communautés, au travers du projet SIDA/H4+ pour que, elle et d’autres femmes de la contrée fréquentent désormais leur unité sanitaire qui ne désemplit plus. Ici, les consultations prénatales se font de plus en plus naturellement. Le centre de santé de Gazawa a même obtenu le prix de la meilleure formation sanitaire en 2015.

Formation Sanitaire

Une distinction qui fait dire à Gaïbaï Ganava, chef bureau santé du district de santé de Gazawa que « désormais, on enregistre plus de 45 femmes qui accouchent dans notre hôpital par mois. Ceci grâce à la prise en charge curative et préventive du projet SIDA/H4+. La fréquentation du centre en général , a augmenté ».

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Ce matin donc, Aïssatou a compris que les conseils que lui donnait sa tante la veille, n’étaient que le fruit d’une ignorance séculaire qui a causé tant de dégâts dans la localité. Le changement de comportement était nécessaire puisque la vie des femmes et des enfants en dépend. Ce matin donc, une simple consultation a suffi pour qu’Aïssatou sache que son enfant souffre d’un début de paludisme et d’anémie. Quelques heures de plus à la maison et elle aurait sans doute validé la thèse de la sorcellerie que lui soufflaient déjà quelques conservatrices de son entourage. Une fois à l’hôpital, elle aperçoit une affiche d’ONUFEMMES sur la porte du médecin consultant.

Onufemmes

Le message lui demande de se référer toujours à une formation sanitaire, avant, pendant et après la grossesse. Ça tombe bien, elle qui ne comprend rien en français peut lire le message en Toupuri, Mafa et Fufuldé, les trois langues vernaculaires de la localité. Elle sera servie et le médecin lui remettra une ordonnance, celle de la survie de son enfant.  En attendant le pharmacien qui est sorti s’approvisionner, Aïssatou peut recommencer à tricoter, l’espoir dans le cœur. Elle vient de bénéficier d’une des activités à base communautaire mise en œuvre par l’UNICEF  ici, dans le cadre du projet  H4+. Une voix résonne sans doute dans sa tête et lui répète sans cesse : « Aïssatou, la réponse c’est à l’hôpital ! ».