DANIA EBONGUE

Merci Coco Mbassi, pour ces 6 bonheurs !

S’il est une chose inoubliable que Stéphane Leclerc et Marine Belondrade de l’Institut Français m’aient offerte, c’est bien ce déjeuner avec Coco Mbassi. Je suis connecté à cette star de la chanson depuis 2001, à travers son album « Sepia » qui m’a bercé et qui m’a orienté grâce à ses textes profonds, à avoir ma trajectoire spirituelle actuelle.

Stéphane Leclerc
Stéphane Leclerc

C’est difficile d’être fan et de bien faire son job de journaliste. Comment rester objectif, lucide face à la personne qu’on admire secrètement depuis des années et dans l’espoir de la rencontrer un jour. Je puis vous assurer que la télépathie existe.

Coco Mbassi
Coco Mbassi

« Le pouvoir suit la pensée » nous dit Saint Paul. Alors, si cette maxime est juste, il apparait que sans effort, Coco est venue à moi en 2016. Pendant que j’appelle Marine pour lui faire savoir que je viens d’apprendre que Coco se produira à l’Institut Français, la voilà qui me dit : « Tiens, Dania, je voulais justement t’appeler pour te demander de la recevoir dans ta matinale ».

Billets concerts

Il n’en fallait pas plus pour me frotter les mains. Quoi ? J’allais recevoir Coco en live le matin, dans la matinale la plus écoutée de Yaoundé ? Je n’étais pas au bout de mes surprises… Le lendemain, Marine me demande d’organiser un jeu concours pour récompenser le meilleur fan de Coco Mbassi, et celui-ci déjeunerait avec elle, comme… MOI également. Deux bonheurs déjà, puis un troisième indescriptible, lors de sa conférence de presse. Alors que mes collègues journalistes de Yaoundé s’agitaient à poser les questions les plus farfelues et les plus inimaginables, mon attitude lors de cette conférence était de me faire discret et de me taire. A ma grande surprise, Coco demande à son époux, Serge Ngando Mpondo, de m’offrir un CD original de l’album « JOA ». Troisième bonheur. Qu’ai-je fait pour mériter cela ? Me suis-je demandé.

Coco Mbassi et Serge Ngando Mpondo
Coco Mbassi et Serge Ngando Mpondo

C’est alors que je revis dans ma tête, toute l’histoire de ma vie qui s’était rattachée aux chansons de Coco Mbassi. J’imaginais déjà mon introduction jeudi, lorsque je la recevrais dans mon studio radio :

Fille du Cameroun, et un peu fille de la France.  La voilà qui est inscrite à l’école américaine avant d’intégrer le CBA (Collège Bilingue d’Application) devenu Lycée Bilingue d’Application aujourd’hui. Le même collège et le même lycée où j’ai fait mes classes. Oui,  Coco Mbassi a baigné dans ce bilinguisme et sa trajectoire future renforcera ce bi-culturalisme entre la France qu’elle quitte après son album Sépia en 2001 pour se rendre en Angleterre où elle réside aujourd’hui. Pourtant, c’est l’Allemagne qui est le pays prodigue de Coco Mbassi, le pays de ses plus grands succès. On pourrait même presque oublier qu’elle a été Prix Découvertes RFI Musiques du Monde en 1996. On pourrait même oublier qu’un jour, elle a prié sur le premier album de voir changer les choses dans son Afrique d’hier, qui est encore malheureusement, son Afrique d’aujourd’hui. Dans les titres « Stabat » ou encore « A Sawo », sa prière tonne si fort qu’on a l’impression que Dieu arrête toute son œuvre pour écouter cette fille Sawa lui parler et devenir le porte-voix d’une Afrique qui dort et qui s’endort. Et que dire de son mari, guitariste et contrebassiste, Serge Ngando Pondo qui l’accompagne avec sérieux dans cette aventure qui dure déjà le temps de trois albums. Le 2ème, Sisea, révèlera des titres comme « Dube », la foi, ou encore un hommage à la ville de « Kumba ». Que demandez-vous de plus à la fille du Premier professeur d’une université camerounaise, si ce n’est d’étaler tout son savoir faire et son savoir être dans ces éclatants chefs d’œuvre de créativité ? Et quand survient l’album Joa en 2014, Coco Mbassi met tout le monde d’accord sur la notion de talent intarissable et impérissable ; Joa est l’album qui nous réconcilie, si jamais on n’en avait douté avec cette immensité de l’inspiration trans-générationnelle de Coco Mbassi.

Je continuais de travailler cette intro dans ma tête, le mercredi, jour du déjeuner où se trouvaient ses trois fans, Herman, Afoudji (de nationalité togolaise) et Samy. Mon confrère de « Afrik 2 », Jamel Laplage était également là. Quatrième bonheur. Jamel est un ami d’enfance et le voir là aux côtés de notre diva a agrémenté le merveilleux repas. J’étais comblé, mais il fallait encore gérer la matinale du lendemain.

2016-01-27 13.22.23

Le soir, Coco Mbassi fait était de sa frayeur de casser sa voix avant le concert et souhaite annuler le rendez-vous ou alors que je l’enregistre avant. Je savais que cela gâcherait mon conducteur. Il fallait qu’elle soit en studio à 7H 15, car j’avais posté mes chroniqueurs et mes reporters partout pour relayer en direct les avis des fans de Coco Mbassi dans la ville.

Le lendemain, elle viendra, et sera émue par le promoteur d’un orphelinat qui lui demandera en direct d’offrir la bande dessinée qu’elle a écrite en faveur des enfants pour son orphelinat. Coco sera également émerveillée lorsque Ramsès Atéba, jeune cadre du WWF, bravant sa maladie, s’est présenté au studio radio pour rencontrer sa star et s’acheter in extremis deux billets. Coco Mbassi sortira de l’entretien en m’embrassant affectueusement. Cinquième bonheur.

Ramses et Coco
Ramses et Coco

Car la salle de l’Institut Français était effectivement comble ce soir là. Coco Mbassi était attendue de son public. L’album « JOA » sera pratiquement joué en intégralité. Deux chansons de ses deux premiers albums et le public est conquis pour de bon. Sixième bonheur.

Coco Mbassi, le 28 Janvier 2016 à l'IF de Yaoundé
Coco Mbassi, le 28 Janvier 2016 à l’IF de Yaoundé

Parfois, dans ce monde du showbiz si cruel, les « stars » ont l’habitude de me laisser dans mon coin comme un pestiféré. Pas Coco Mbassi. Merci Coco Mbassi, merci !


Franck, le fantôme qui m’a souhaité bonne année.

Fantome

Oui, les morts peuvent souhaiter « bonne année ». Franck, le fils de ma sœur ainée Nathalie m’a appelé depuis l’au-delà pour me souhaiter ses meilleurs vœux. Si j’étais seul au moment de l’appel, j’allais croire à une hallucination, mais heureusement, ma fille Lady a vécu cet échange :

  • Bonsoir Tonton, bonne année !
  • Qui est-ce ? Je demande, alors que je reconnais bien cette voix.
  • Mais c’est moi, Franck !
  • Quel Franck ? (En même temps, je n’en connais pas des masses).
  • Franck, le fils de Nathalie non ?

Comme si j’avais besoin de cette confirmation pour savoir que 2016 débutait par un épisode aussi dramatique. Un drame mystique qui me fait parler pour la toute première fois de manière consciente avec un décédé. Un décédé bienveillant qui utilise les moyens de communication modernes pour adresser les meilleurs vœux de l’au-delà. D’accord, mais revenons deux mois en arrière.

Novembre 2015, Nathalie m’appelle pour me faire le reproche de mon silence depuis le décès de notre père en 2010. Le lendemain, elle m’appelle pour me dire que son fils Franck a été percuté par une moto et s’est retrouvé dans un état comateux. Trois jours plus tard, elle m’annonçait son décès. C’était un mercredi. Et selon les dires de Nathalie, un mort accidenté ne se conserve pas longtemps, alors il fallait agir, lui envoyer de l’argent rapidement pour les obsèques. Ce que je fis, non sans avoir alerté notre mère, Mama Josiane qui fit également beaucoup d’efforts pour soutenir financièrement Nathalie. Malheureusement, personne de nous n’avait assisté à ces obsèques.

Une semaine après, Nathalie me rappelle pour me dire qu’elle reçoit la visite des membres de son association pour lui présenter leurs condoléances. Elle avait donc besoin d’argent pour les accueillir. Ce que je fis sans problème. Bref, c’était la période de deuil. Le décès de Franck nous a tous rapprochés. Désormais, on échange les coups de fil chaque semaine, en mémoire de ce fiston, dont j’étais un peu le grand frère dans mon adolescence. Je l’accompagnais et je le prenais à sa sortie des classes quand il était encore en maternelle. C’était mon fils. Et sa perte était douloureuse pour moi.

Et ce 6 Janvier 2016, Franck ressuscite des morts. Je lui demande :

  • Franck, tu n’es pas mort ?
  • Moi ? Mort comment tonton ?
  • Ta mère m’a dit que tu es mort des suites d’un accident.
  • Non ! c’est quelqu’un d’autre qui est décédé dans la famille, pas moi. Cela fait 5 mois que Maman et moi, on ne se parle pas.
  • Ah bon ? Attends que je l’appelle !

Nathalie s’est trouvée embarrassée  lorsque je lui ai parlé de mes échanges avec Franck. Elle a exigé que je lui transmette le numéro de « celui » qui m’aurait appelé. Ce que j’ai fait. Franck a utilisé le numéro d’un ami pour me joindre. S’agit-il d’un ami de l’au-delà aussi ? Toujours est-il que depuis cet épisode, Franck n’a plus donné des nouvelles depuis lors. Celui qui décroche le téléphone dit que Franck avait juste emprunté son combiné pour me joindre et qu’ils ne se sont pas revus depuis lors.

Mystère ! Ai-je parlé à un revenant ? Pourquoi ce silence chez Nathalie depuis lors ? Pourquoi Franck n’a-t-il pas rappelé ? Pourquoi Nathalie aurait-elle menti sur la mort de son propre fils ? Pourquoi celui qui m’a parlé dit n’avoir aucun contact avec sa mère depuis 5 mois ? Trop de questions, peu de réponses. Ce sont sans doute des mystères outre-tombe.


Cocktail d’ambassadeurs au chevet des victimes de Boko Haram.

Une journée marathon et mémorable ce mercredi 16 décembre 2015 dans la région de l’extrême-Nord au Cameroun. Partie très tôt le matin de Yaoundé par un avion spécial des Nations Unies, la mission de haut niveau conduite par Najat Rochdi, Représentante Résidente du système des Nations Unies au Cameroun, s’est ébranlée vers le camp des réfugiés de Minauwao où 800 réfugiés nigérians affluent chaque semaine, de même qu’une fréquence hebdomadaire de 50 naissances est enregistrée. La population des réfugiés s’accroit, tout comme les déplacés camerounais internes qui sont de 92.000 à ce jour. Cette situation provoque une crise humanitaire sans précédent et les besoins en aide, sont de plus en plus nécessaires et urgents. Voilà pourquoi les pays amis du Cameroun, représentés par leurs différents chefs de missions diplomatiques ont tenu à faire partie de cette mission. Le Chargé d’affaires de l’Ambassade de France, les Ambassadeurs de l’Italie, de l’Allemagne, de l’Espagne, du Canada, des Etats-Unis, et de la Suisse, ont touché du doigt les réalités des populations victimes de Boko Haram. Autour d’eux, se trouvaient également les représentants des agences onusiennes UNICEF, PAM et HCR au Cameroun, et le représentant du gouvernement camerounais, le Ministre de la Jeunesse,

Après la récente visite de Toby Lanzer, coordonnateur humanitaire pour le Sahel dans la zone, le système des Nations Unies au Cameroun poursuit ainsi ses missions pour s’assurer que les populations victimes de ce conflit odieux ne sont pas oubliées ni abandonnées. Alors, lorsque la solidarité internationale s’ébranle, il y’a de l’espoir en toile de fonds. A la fin de cette expédition marathon à l’extrême-nord, les différents représentants ont exprimé leurs sentiments en ces termes :

S.E. Claude ALTERMATT, Ambassadeur de la Confédération helvétique au Cameroun.
S.E. Claude ALTERMATT, Ambassadeur de la Confédération helvétique au Cameroun.

« Il y’a un conflit qui a débordé comme vous le savez, d’un pays étranger sur le territoire camerounais. Le Cameroun a dû relever ce défi, et le Cameroun l’a fait avec l’aide de la communauté internationale. Alors, pour moi comme ambassadeur de Suisse, c’était la première fois que j’ai pu me rendre dans cette région, qui autrement, est considérée comme région à risque. Alors, j’ai pu me rendre compte que toutes les institutions internationales, onusiennes et non onusiennes, font un excellent travail, et que le Cameroun sait relever le défi de bien accueillir ses réfugiés et s’occuper de ses propres déplacés. La Suisse va continuer à verser des contributions aux organisations internationales qui financent les activités que nous avons vues, à commencer par les organisations onusiennes ».

 

S.E. René Cremonese, Haut Commissaire du Canada au Cameroun.
S.E. René Cremonese, Haut Commissaire du Canada au Cameroun.

« C’était important pour nous de voir de nos propres yeux, comment le système de l’ONU et le gouvernement du Cameroun réagissent pour aider les peuples en détresse. Je ferai un rapport à la centrale pour expliquer et analyser ce que j’ai vu. Comme le Canada a toujours fait, on va essayer d’accompagner le Cameroun pour aider les personnes déplacées et les réfugiés ».

S.E. Holger Mahnicke, Ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne au Cameroun.
S.E. Holger Mahnicke, Ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne au Cameroun.

« Je viens d’arriver au Cameroun et c’était mon tout premier déplacement à l’extrême-nord. C’est également très important pour l’Allemagne puisque les informations sur cette région des pays du Lac Tchad nous échappent un peu. Nous on se concentre en Allemagne surtout sur les crises du Moyen Orient, vous savez que nous sommes en train de recevoir beaucoup de réfugiés syriens, mais on ignore un peu ce qui se passe au Sahel, même si nous sommes un des grands bailleurs du HCR. Nous allons mettre en œuvre d’autres interventions dans la région après avoir envoyé notre rapport à notre capitale ».

S.E. Michael Hoza, Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique au Cameroun.
S.E. Michael Hoza, Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique au Cameroun.

« We will continue our support the UN family.  What I saw today was encouraging. So, we will double our efforts to end Boko Haram as soon as possible.  Behind humanitarian system, there is security system. We are very proud to be partner of the Cameroonian security forces to protect Cameroonian territory and population from Boko Haram »

Pour Monsieur Jéremy Robert, Chargé d’Affaires de l’Ambassade de France au Cameroun,

«  Pour moi, les enseignements c’est à la fois l’accueil réservé aux réfugiés par les autorités camerounaises, et toutes les institutions onusiennes et humanitaires qui accueillent les réfugiés de façon assez incroyable. On a pu se rendre compte de ça sur le terrain, et cela montre que l’effort doit être maintenu, car malheureusement, la crise n’est pas encore terminée ».

Et s’exprimant au nom de tout le système des Nations Unies au Cameroun, Najat Rochdi a déclaré :

Najat Rochdi, Coordinatrice du Système des Nations Unies au Cameroun
Najat Rochdi, Coordinatrice du Système des Nations Unies au Cameroun

« C’était effectivement une visite assez atypique et vraiment une première où encore une fois, nos donateurs ont exprimé toute leur solidarité avec les personnes vulnérables et les populations qui sont impactées au niveau de l’extrême-nord. C’était important aussi qu’ils voient quelles étaient les réalisations qui ont été faites. La présence aussi du représentant du gouvernement est aussi fondamentale, parce que tout ce que nous faisons, nous le faisons en concertation avec le gouvernement ».

Lequel gouvernement était représenté par Mounouna Foutso, Ministre de la Jeunesse :

Mounouna Foutso, Ministre de la Jeunesse du Cameroun
Mounouna Foutso, Ministre de la Jeunesse du Cameroun

« Notre présence c’est pour leur signifier que le gouvernement pour sa part jouera pleinement son rôle conformément aux lois et règlements de la république et aux conventions internationales. Nous félicitons les populations locales pour leur sens du civisme, leur solidarité à l’égard des réfugiés et des déplacés. Ces déplacés internes se trouvent intégrés, les enfants vont à l’école normalement, et il n’y a pas de discrimination. Je rentre tout à fait satisfait de cette mission et j’espère que ce phénomène de Boko Haram prendra fin au plus vite ».


« Mon Père m’a mariée de force à 15 ans ».

Les indicateurs des mariages précoces, mariages forcés et mariages des enfants au Cameroun indexaient principalement les régions de l’Est, l’Extrême-Nord et le Sud-ouest. Il a fallu rencontrer Philomène pour découvrir que le phénomène est national et touche même la région du Centre.

Il y’a un monsieur assis là bas au salon, c’est ton futur mari 

Ce sont les phrases du Père de Philomène. Elle s’en souvient comme si c’était hier.

Et pourquoi vous ne donnez-vous pas aussi une femme à mon frère 

, demanda t-elle à son père qui répondit :

Les hommes doivent aller à l’école, pas les femmes 

C’était le jour où sa vie avait basculé. Donnée de force à un prétendant avec pour unique argument parental :

Dans notre culture, les femmes vont en mariage tôt 

Philomène Fouda, avec son aimable autorisation et celle de ses tuteurs légaux.
Philomène Fouda, avec son aimable autorisation et celle de ses tuteurs légaux.

Philomène est originaire du village Ezan-Medom, situé après le dispensaire de Messassi, une banlieue de la ville de Yaoundé. C’est dans ce village qu’un jour, alors qu’elle est au CM2, elle est victime d’un mariage forcé par son père. Elle avait alors 15 ans.  A la suite de plusieurs refus, elle finit par céder à la pression de son père et accepte de se marier à un menuisier de 24 ans. Ce dernier refusera de lui payer les études, malgré le vœu insistant de Philomène de les poursuivre. Il la fera chanter, et exigera d’elle de lui faire des enfants avant de payer ses études. Il honorera sa parole à la suite du premier enfant, mais refusera de payer après la seconde grossesse. Philomène raconte qu’elle sera victime de maltraitance, de violence et de menaces régulières de la part de son mari, qui, une fois que la dot a été versée à la famille de Philomène, en fera un véritable objet. Philomène décide alors de se lancer dans l’agriculture et de vendre des produits vivriers au marché. Entre-temps, sa mère qui n’a pas approuvé cette union forcée, désertera le domicile familial et s’enfuira vers une destination inconnue. C’est après plusieurs années d’investigations que Philomène retrouvera la trace de sa mère qui vit désormais à Bertoua dans un nouveau foyer. Philomène raconte que même sa mère avait été mariée de force à son père. Une fois à Bertoua, Philomène retrouve le chemin des bancs et est inscrite au Collège Adventiste de Bertoua réussissant même à se classer première de sa classe lors du deuxième trimestre cette année, en classe de quatrième. Avec l’aide de sa mère et de l’époux de sa mère, elle élève ses deux enfants et rêve désormais de devenir greffière dans l’avenir.

L’éducation de la jeune fille la préserve des mariages précoces, des grossesses précoces et lui confèrent une émancipation pour sa vie future. Cette situation, très alarmante en Afrique, a suscité la mise sur agenda de cette question, lors de la Journée de l’Enfant Africain en 2015. De même, le 26 et le 27 novembre 2015 à Lusaka, en Zambie, l’Union africaine a consacré  son tout premier sommet à la lutte contre le mariage précoce. A cette occasion, l’Unicef a publié un rapport alarmant : le nombre de filles mariées à moins de 18 ans pourrait plus que doubler en Afrique d’ici 2050, atteignant les 310 millions. Les Pratiques Familiales Essentielles sont donc les seules réponses adéquates aux Pratiques Culturelles Néfastes.

Pour écouter Philomène, cliquez sur le lien suivant:

 


Filles camerounaises, de grâce, cultivez-vous !

En juin dernier, j’animais un atelier culturel et littéraire dans une classe de Seconde au Lycée Fustel de Coulanges (lycée français de Yaoundé). J’étais impressionné par la manière dont ces ados parlaient avec passion et délectation de l’œuvre « Candide » de Voltaire avec un débat libre, ouvert et surtout très enrichissant. Dans la salle, des jeunes d’origines diverses : subsahariens, magrébins, antillais, occidentaux, etc. Même les artistes Sanzy Viany, et Mbalè Mbalè étaient fascinés. Une ambiance studieuse autour de Madame Akoa, une enseignante française mariée à un camerounais. Rien, mais alors rien ne donne l’impression que ces jeunes, surtout les jeunes filles, résident ici à Yaoundé. Elles sont à des années lumières de ces jeunes filles de nos quartiers.

Fille africaine

Dans d’autres lycées de la même ville, le langage n’est pas aussi châtié, la même passion n’est pas autant au rendez-vous. Il suffit de croiser une jeune fille niveau Bac + 3 ou 5, pour constater que c’est du papyrus plat et rien de plus. Les jeunes filles du système éducatif camerounais n’ont pas plus de Q.I. que ces ados de Fustel. Nos jeunes filles elles, déambulent dans les cours de récré ou dans les campus, pour papoter au sujet de la dernière série brésilienne qui est passée la veille sur les écrans des chaines de télé africaines. Lorsque survient l’heure du journal télévisé, elles désertent le salon au motif que « ce n’est pas intéressant ». Il n’est donc pas rare de les voir se scotcher devant les télé-réalités de TF1 ou de NT1, un nouvel opium qui les abrutit davantage. « Stupides du monde, réunissez-vous ! » serait-on tenté de leur dire ; Car, elles ne distinguent pas le vrai du faux, et gobent ces images commerciales, comme s’il s’agissait de la vraie vie. Parlez-leur de la COP 21 ou encore des attentats de Paris, elles n’ont rien à cirer, car leur intérêt se trouve dans la bêtise de leurs commentaires orientés vers les histoires de bas étage, les cœurs brisés, les mecs pas sérieux, et encore qui sort avec qui, qui couche avec qui, et rebelote.

J’ai honte de le dire, mais vraiment, les filles de mon pays sont …Je préfère alors laisser l’artiste AMBE le dire lui-même:

Je ne voudrais pas les insulter, mais j’ai honte.  J’ai honte des filles de mon pays. J’ai honte de ma fille adoptive de 15 ans, plantée devant le poste téléviseur cet après-midi parce qu’elle regardait une téléréalité. Lorsque j’ai mis I Télé, elle s’est réfugiée dans sa chambre. Il a fallu que je remette la chaîne de télé Trace Tv pour qu’elle revienne au salon. Je lui ai demandé : «  Tu aimerais faire quoi demain » ? Elle me répond : « Chanter avec Maahlox ». C’est vrai que depuis qu’elle a aperçu Maahlox, elle se voit star comme lui. Mais sait-elle au moins que Maahlox s’inspire de l’actualité pour écrire ses textes ? Sans doute son problème est ailleurs. Ce ne sont pas les textes de Maahlox qui l’intéressent, mais le déhanché possible qu’elle pourrait lui apporter comme danseuse. Voilà le visage hideux de notre féminité camerounaise. Je me demande quelles dirigeantes aurons-nous demain ? Ces filles un peu écervelées, toutes, même pseudo-intellectuelles et qui ont pour domaine de définition « soit belle et tais-toi ! ». Pitié, chères sœurs, vous avez plus de valeur que ce qui se cache derrière votre popotin. Il y’a de la beauté dans une conversation soutenue. Il y’a du délice quand j’écoute une fille comme Cynthe parler des TIC, et pas des filles dites androïdes. Il y’a du plaisir à écouter Olivia, quand elle délivre ses théories du droit et de la Communication. Il y’a de l’extase à écouter Reine donner des conférences dans le monde entier.

Voilà une femme, une vraie ! Pas celle qui revendique le droit de se faire prendre pour ses atouts physiques et rien d’autre. Pas celle  qui réclame de se faire entretenir comme une éternelle assistée, avec la bénédiction de sa mère et de sa grand-mère. La femme n’est pas un objet. Non ! Et si c’est elle-même qui se chosifie, l’affaire est grave.

Fille africaine 2

Femme de demain ! Cultive-toi ! Bouquine, écoute, cherche, recherche, dans tous les domaines, qu’importe ! Mais cherche ! Sois une experte en  agriculture, parce que j’ai offert du chocolat à une doctorante et elle ignorait que le chocolat vient du cacao africain. Sois une experte en musique, et non, en chansons obscènes, parce que je parlais à une fille récemment, elle ignorait qu’il existe des écoles et des conservatoires de musiques.  Sois une experte de la mode, surtout pour cette fille étonnée de voir que c’est le coton africain qui habille les stars de la chaîne Trace Tv. Sois une experte en droits de l’homme, je m’adresse à toi, jeune fille qui crois que les droits de l’homme sont un concept savant. Que non ! L’éducation de la jeune fille, les mutilations génitales féminines, les violences faites aux femmes, les questions de genre, la parité, l’émancipation de la femme (qui paye le loyer, achète ses propres vêtements, participe aux charges de la maison), voilà tes droits jeune fille ! Et tu les connaîtras en lisant.


Une ambiance « so foot » à Gado-Badzere.

En 20 ans de règne, Sa Majesté Oumarou Emmanuel n’avait jamais été témoin d’un tel dispositif institutionnel et sécuritaire dans son village Gado-Badzere, arrondissement de Garoua-Boulai, département du Lom et Djerem, Région de l’Est au Cameroun. Ce chef traditionnel avait accepté de donner la terre de ses ancêtres au profit de la solidarité internationale, lorsque le HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés) l’avait approché au début de la crise de la RCA voisine pour accueillir le flux massif de réfugiés. Malgré quelques conflits fonciers entre ses sujets et les réfugiés, Sa Majesté s’est voulu ferme : « Tous les conflits sont solubles. Le Cameroun est une terre d’accueil et nous avons le devoir de tendre la main à l’étranger ».Cette main tendue a permis à de milliers de réfugiés, adultes et enfants, de bénéficier de la solidarité des organisations humanitaires dans le site de Gado-Badzere.

Emmanuel Oumarou au milieu des anciens Lions Indomptables
Emmanuel Oumarou au milieu des anciens Lions Indomptables

Et ce samedi matin, Oumarou Emmanuel est agréablement surpris de recevoir dans sa concession, quelques anciennes gloires du football camerounais. Ces footballeurs, lions indomptables des années 1980 et 1990, viennent livrer un match de gala, dans le cadre du concept S4D ( Sports For Development), déployé ici par l’Unicef. Parmi ces anciennes gloires, les illustres  Thomas Libih, Jacques Nguea, Dagobert Dang ou encore Victor Ndip Akem sont présents. Ces deux derniers seront d’ailleurs les buteurs de la rencontre qui les opposera au collectif des humanitaires du site de Gado.

Trophée des anciennes gloires, remis par Rachel Ngazang, SG de la Région de l'Est
Trophée des anciennes gloires, remis par Rachel Ngazang, SG de la Région de l’Est

Une victoire symbolique certes, mais dans un stade de Gado-Badzere très animé, dans lequel, communautés autochtones et réfugiés donnaient de la voix, l’implication des anciennes gloires, malgré le poids de l’âge, est le simple gage d’un engagement volontaire. Une preuve que le football va bien au-delà de simples passions pour devenir un facteur de partage, de solidarité et de développement.

Félicité Tchibindat, Représentante Unicef
Félicité Tchibindat, Représentante Unicef

Des valeurs scandées et rappelées par Félicité Tchibindat, Représentante de l’Unicef au Cameroun, qui déclare qu’ « à travers ce tournoi de football, nous essayons de répondre à ce souci d’équité ». L’équité revêt une grande importance chez les enfants, indépendamment de leur identité et de leur nationalité, précisera t-elle encore. Des sourires, des cris de joie, des émotions et un bouillon de fair play ont ponctué les quatre rencontres disputées en cette journée mémorable.

Présentation des joueurs du FC Diallo
Présentation des joueurs du FC Diallo

Un spectacle digne des rencontres professionnelles, qui a même poussé la rencontre opposant les jeunes locaux (Dynamo de Gado) aux jeunes réfugiés (FC Diallo), jusqu’aux tirs aux buts. Même si FC Diallo perd cette épreuve de loterie, son capitaine, Batista Pamba, se rappelle que « Fc Diallo est un club qui a été crée depuis la RCA. Nous avons conservé ce nom parce que bien qu’étant au Cameroun, nous nous sentons à la maison ici ».

Pamba Batista,Capitaine de Fc Diallo, reçoit des équipements sportifs
Pamba Batista,Capitaine de Fc Diallo, reçoit des équipements sportifs

Quand il recevra quelques instants après, des ballons et des équipements sportifs offerts par l’Unicef grâce au financement du Gouvernement du Japon, la joie de notre capitaine sera à son comble. Jouer, pleinement, librement, allègrement, devient une réalité pour eux. Le loisir qui est un droit de l’enfant, devient aussi une qualité intrinsèque de l’inclusion et de l’équité entre les communautés locales et les réfugiés, au grand bonheur de Sa Majesté Oumarou qui fièrement, se félicite d’avoir offert ses terres à ces êtres qui font désormais partie de sa communauté.

Scène de liesse au stade de Gado
Scène de liesse au stade de Gado

Des moments de fête qui ont vu la mobilisation des autorités municipales, ministérielles, régionales et préfectorales de la localité, très reconnaissantes envers l’Unicef et son partenaire le Japon, pour le travail fait en vue de l’amélioration des conditions de vies des réfugiés et des communautés hôtes. D’ailleurs, on n’avait du mal à distinguer qui était de l’un ou de l’autre bord. Est-ce important au fonds ? Au final, non ! On a juste vu des enfants se déployer, des jeunes s’amuser, des communautés se mettre ensemble. Elles ont compris que le sport apporte des couleurs, de la joie, du bonheur, et…la paix !


Je paris sur Paris

Douce France, tu n’es peut-être pas la terre de mon enfance, comme pour Charles Trenet, mais tu restes et demeures la terre de mes espérances. Douce France, fille aînée de l’Eglise, Terre des Droits de l’Homme, multicolore. Oui, pays de la liberté, de la fraternité et de l’égalité. La France des vins, du fromage, des arts, des monuments, des spiritualités.

Paris

La France de Notre Dame de Paris, qui chante un air de rassemblement contre l’horreur et la terreur. L’horreur et la terreur qui ont frappé un vendredi 13 pendant que des artistes et des sportifs se déployaient. Paris, ville Lumière a failli s’éteindre par les marchands d’un obscurantisme gratuit. Paris, 3ème ville la plus visitée du monde a accueilli le 70ème anniversaire de la conférence générale de l’Unesco. L’Unesco qui nous rappelle que :

« LES GUERRES PRENANT NAISSANCE DANS L’ESPRIT DES HOMMES, C’EST DANS L’ESPRIT DES HOMMES QUE DOIVENT ETRE ELEVEES LES DEFENSES DE LA PAIX » 

Paris, est donc la ville de la paix. Elle chantera les germes de la paix, les semences des justes relations humaines, les valeurs de l’avenir que nous voulons. Cet avenir passe par une planète, c’est offrir à notre jeunesse, les leaders et les décideurs de demain, une planète saine, une planète où l’air sera respirable, où les énergies propres éclaireront les domiciles et les industries. Une planète où les nouveaux modes de consommation et de production seront appliqués par tous. Une planète qui ne connaîtra plus le gaspillage des ressources, le gaspillage des énergies, le gaspillage de la vie. Car, le climat c’est la santé. Le climat c’est l’environnement. Le climat c’est l’agriculture. Le climat c’est l’économie. Le climat c’est la vie.  Alors, allons à Paris pour sauver cette planète.

Pray for Paris

Que la COP 21 sonne le glas d’une gestion manquée de notre héritage naturel. Allons à Paris pour qu’enfin les politiques trouvent un accord sur le climat et que les nations émissives le soient moins pour une planète plus vivable. Que la COP 21 soit aussi le signal fort que Paris n’a pas abdiqué, car comme l’a affirmé le président François Hollande :

« Les terroristes ont attaqué un restaurant cambodgien, un groupe de rock américain, un match de foot international. On dénombre 19 étrangers parmi les victimes. Les terroristes pensaient affaiblir cette passion française d’accueillir le monde mais il n’en sera rien. »

Oui, il n’en sera rien parce que, promet le président français :

« Après le deuil, la France saura faire face et Paris demeurera la ville des théâtres, des cinémas, des musées. »  

Villes hôtes de l'Euro 2016
Villes hôtes de l’Euro 2016

La France respira un air pur, celui du sport avec la belle fête de l’Uefa Euro 2016. Parmi les 10 villes retenues, Paris et Saint Denis accueilleront des rencontres. Une manière aussi de dire aux auteurs des actes du vendredi 13 Novembre dernier à Paris et Saint Denis justement, que la Lumière continuera de briller en France.


Des études françaises pour quoi faire ?

Le Sapef (Salon pour la promotion des études françaises) est devenu un rendez-vous au Cameroun. La 4e édition s’est ouverte le jeudi 12 novembre à Yaoundé, Campus France, avec ses différents partenaires, dont l’Institut français. Nombreuses étaient les institutions privées et publiques d’enseignement supérieur, des entreprises, pour la plupart des entreprises à capitaux français implantées sur le territoire camerounais et reparties dans plusieurs stands dans les locaux de l’hôtel de ville de Yaoundé.

Stands du SAPEF 2015, Yaoundé.
Stands du Sapef 2015, Yaoundé- Crédits Photos (Marine Bélondrade).

Le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé, Gilbert Tsimi Evouna était donc l’hôte territorial de ce Sapef, et son mot de bienvenue cadrait bien avec sa stature de super maire de la ville aux 7 collines pour accompagner Christine Robichon, ambassadrice de France au Cameroun, et Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur lors de la cérémonie d’ouverture de ce salon.

Minesup

Les trois personnalités s’associeront pour couper le ruban symbolique aux couleurs des deux nations, « liées par un destin commun » comme le dira le ministre Jacques Fame Ndongo dans son allocution d’ouverture.

Coupure du Ruban, SAPEF 2015
Coupure du ruban, Sapef 2015- Crédits Photos (Marine Bélondrade).

De son côté, Christine Robichon a annoncé que : « Plus de 7 500  jeunes Camerounais étudient en France actuellement ».  Un chiffre qui montre bien l’intérêt que les jeunes Camerounais portent à l’Hexagone. C’est vrai qu’avec ses 87 universités, ses 200 écoles d’ingénieurs, ses 100 écoles de commerce et ses 120 écoles publiques supérieures d’art, la France a de quoi appâter les jeunes en quête de diplômes et de certificats. Dans ce contexte là, les études françaises se délocalisent de plus en plus au Cameroun comme l’indique l’ambassadrice de France : « La France cherche également à développer une coopération entre ses universités et les universités étrangères. Vous en trouverez plusieurs exemples dans ce salon ».

Christine ROBICHON
Christine Robichon- Cédits Photos (Marine Bélondrade).

En effet, plusieurs institutions camerounaises s’associent à des universités et/ou des écoles françaises pour délivrer des diplômes, ou des écoles de préparation aux grandes écoles françaises. On peut citer Prépa VOGT, SUP DE CO ou encore, l’AUF (Agence universitaire de la Francophonie) qui offrent des choix divers d’études avec les universités françaises sans bouger le petit doigt s’éviter le processus stressant de demande de visas, puisque les études se font pour la plupart à distance.

France Cameroun

Mais qu’est-ce qui fait tant courir les jeunes camerounais vers les études françaises ? Qu’est-ce qui peut expliquer cela ? L’envie inexorable de s’exporter ? Le prestige d’un diplôme français ? Poster des photos sur les réseaux sociaux et faire mourir de jalousie tous ceux et celles qui n’ont pas cette même chance ?

Les motivations sont aussi diverses que mystérieuses, mais pour l’ambassadrice de France, le système d’enseignement supérieur de la France « est à la fois diversifié et performant. Il délivre des diplômes dont l’excellence est reconnue ».

Ces collaborations entre la France et les institutions locales ont déjà eu beaucoup de succès en Afrique de l’Ouest et au Maghreb. Plusieurs écoles et universités marocaines vantent et vendent ce modèle pour s’attirer des candidatures via leurs institutions. Parmi elles, se trouve l’Estem (Ecole supérieure en ingénierie de l’information, télécommunication, management et génie civil), dont la directrice générale, Wafaâ Bouab Bennani, présente au Sapef, se félicite de « préparer nos étudiants à passer le concours de 120 écoles d’ingénieurs en France ». Un argument qu’elle clame déjà au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Gabon, au Mali, et désormais, au Cameroun. Car ici au Sapef, au-delà des conférences, des ateliers, des attractions des stands et des brochures distribuées ici et là, il est d’abord question pour les élèves et étudiants de décider de leur trajectoire académique, devant des institutions supérieures qui ne demandent qu’à les former et aux côtés d’entreprises qui ne demandent qu’à les recruter. On conclura donc avec Christine Robichon que « l’accent est mis sur l’orientation académique et professionnelle, ce qui répond à un besoin d’autant plus important que la complexité du monde du travail s’accroît sans cesse ».


J’accuse et je récuse ton église réveillée !

International Crisis Group a récemment interpellé le Cameroun sur l’intolérance et le radicalisme dont font montre les nouvelles religiosités, à savoir les églises dites de réveil, églises évangéliques, églises messianiques, églises pentecôtistes, églises fondamentalistes. Ces églises brillent par des discours de plus en plus fanatiques, sans parler de leur illégalité sur le territoire camerounais, car de plus de 500 parmi elles n’ont même pas d’existence légale.

Séance de délivrance dans une église de reveil
Séance de délivrance dans une église de réveil

Dolores, tu es tombée en plein dedans. Tu es tombée dans ces églises et leurs dérives. Tu es devenue cette nouvelle Dolores messianique, qui sait tout, qui clame la Bible à haute voix, mais qui voit tout en noir. Tu n’es plus la Dolorès joviale que j’ai connue. A cause d’une déception amoureuse, de quelques soucis au boulot et d’une fausse couche récente. Tu as tôt fait de traiter tout le monde autour de toi de sorcier, en commençant par moi. Tu m’as dit l’autre jour : « Va t’en ! » à plusieurs reprises. Ton regard est devenu fuyant et ton langage est devenu agressif, acerbe et insultant. Dès que j’essaie de te ramener à l’ordre, tu cries au scandale et tu te mues en victime au nom de ton Jésus. Ton Jésus, il t’enseigne quoi Dolores ? Que ta mère qui t’a mise au monde est subitement devenue démon, que l’homme qui t’a fait un bébé est un vampire alors c’est la raison pour laquelle tu as fait une fausse couche ? C’est cela qu’il t’enseigne ton doux Jésus ? Il t’enseigne surtout que tu es pure et que les autres sont impurs. Dolores, tu es devenue hystérique !

Tu es stressée et stressante. Tu as même réussi à perdre ton sourire légendaire au profit d’une aigreur manifeste qui s’accompagne d’un mauvais caractère et d’un langage vipérin. Dolorès, tu parles de mener un combat dit spirituel. Tu fais pourtant de ce combat, une affaire d’hommes. Ce sont des hommes que tu combats. Ceux sont tes amis d’enfance, tes frères et sœurs qui deviennent des démons. On t’enseigne maintenant le repli sur soi, l’isolement, l’éloignement des autres. Dolorès, tu fais même un jeûne de 9 jours, exclusivement à l’eau et tu te plains d’avoir des maux d’estomac ? Toi, asthmatique et fragile, tu refuses de te ménager ? Je te demande de t’alimenter et tu me dis que je suis sorcier ? Comment ne veux-tu pas faire de fausse couche en te perturbant autant ? Dolores, tu as tout faux. Et pourtant, tu m’avais dit que tu avais intégré « juste un petit groupe de prière ».

Il faut croire que ce petit groupe t’a transformée en monstre. Car tu mets ta carapace de « Dieu, Dieu, Dieu » devant toute situation désormais. Dieu est-il intolérant ? Dieu est-il exclusif ? Dieu est-il discriminant ? Dieu a-t-il créé ses enfants pour que d’autres soient traités de païens, démons, scélérats ? Et puis, de quel Dieu parlons-nous Dolores ? Le Dieu de ton cher « pasteur » qui t’a allègrement annoncé que j’ai pactisé avec des entités, c’est pour cela que je t’interdis le jeûne alors que tu es malade ? Quel Dieu Dolores ? Le Dieu là qui te rend plus malheureuse encore ? On sait tous que tu as intégré ce groupe pour donner une nouvelle direction à ta vie. On t’a dit là bas qu’en priant et en te privant, tu trouveras un mari un jour. On t’a aussi dit que tu sortiras de ta pauvreté. On t’a dit en fait que tu seras récompensée un jour par des miracles. Alors on t’a fait un lavage de cerveau. On te manipule, car on joue sur ta sensibilité. On joue aussi sur tes faiblesses, car toi et moi savons que tu es faible. Ce pasteur-gourou a su jouer sur ta vulnérabilité et je te parie qu’il est en train de bien se servir de ce qui te reste comme jugeote ou lucidité. Tu es donc à l’image de nombreuses jeunes filles et femmes camerounaises. Elles sont tuées par vos églises de réveil qui vous endorment de plus en plus. On vous enferme dans une prison qui veut que chaque soir, on introduise dans votre cerveau des idéologies de séparation et de séparatisme. Dolores, non !

Tu étais si brillante et aujourd’hui tu te noies dans les paroles d’un diseur de bonne aventure ? Tu te noies dans les faux espoirs de quelqu’un qui lui-même cherche sa voie ? Et puis, cette Bible que tu lis là, tu y comprends quelque chose ? C’est elle qui te demande de ne pas aimer ?  C’est elle qui te demande de séparer ? C’est elle qui te fait croire que tes problèmes ce sont les autres ? Cesse de refuser de te regarder dans une glace, douce Dolores. Tu as peur des difficultés, tu les fuis, tu les redoutes. Mais quelle vie serait possible sans les difficultés ? Connais-tu un seul être sur terre qui échappe à la loi des difficultés ? Hé Dolores, ton église te détruit !

Dolores, ces églises de réveil ont réveillé quoi en toi ? Elles réveillent tes frustrations refoulées, des caractères vils, ton comportement abject, tes vices les plus têtus. Ces églises réveillent en toi la profonde bête que tu es, au lieu de la dompter. Elles te font vivre dans la prédation, dans l’instinct et non plus dans la raison. Elles réduisent cet être nommé Dieu en un patriarche barbu qui verserait des grains de riz sur notre tête, un dieu qui récompenserait ceux qui crient et hurlent dans ces églises, et qui châtierait, ceux qui comme moi, osent te dire aujourd’hui que ton église, c’est de la poubelle. Comment comprendre que tout le christianisme est basé sur l’amour et toi aujourd’hui tu me dis que ta Bible est exclusive ?

Tu me rappelles mes deux tantes. Une avait décidé de cacher ses marmites de nourriture aux autres enfants de son mari parce nés d’une autre femme. Et pourtant, elle sortait de l’église dite réveillée chaque soir. Elle refusait la nourriture aux enfants de son mari qui achetait pourtant cette nourriture. Dolores, pourquoi ? Parce que ces enfants étaient des… démons ? Mon autre tante elle, a caché son égoïsme derrière une église venant du Congo, une fondation dite du combat spirituel qui l’a emmenée elle, et ses enfants à refuser tout contact avec le reste de la famille au motif que nous sommes nés dans la sorcellerie, et l’impudicité. Oui, Dolores, le vocabulaire de vos églises est une bombe à retardement. Vos églises ont décidé de faire éclater les ménages, les familles, les amitiés. Elles tuent la cellule de base qu’est l’humanité. Qu’en sera-t-il des Etats alors ? Sors de là Dolores ! Sors de là ! Arrête de chercher Dieu dans une boucherie pareille. Dieu n’est pas dans cette exclusion. Dieu ne demande pas que l’amour d’un père et d’une mère, doit exclure l’amour d’autres pères et d’autres mères. Ce sont des cellules d’intolérance, des laboratoires de formatage de la négativité, des brasiers et des bombes à retardement. Ces églises te filent un opium silencieux, un liquide dont tu ne peux plus te passer et on te le file allègrement, pour calmer tes ardeurs ou toute velléité d’émancipation. Ces églises ne sont pas différentes des sectes djihadistes, salafistes, etc. Elles fabriquent de nouveaux monstres, déracinés de leur valeur familiale au profit de gourous et de prêtresses, entraînés pour déranger des gens faibles d’esprit.

Sur 30 radios FM présentes à Yaoundé, plus d’une quinzaine sont de ces églises. Il en va de même pour les images du câble. Bienvenue dans la propagande à outrance. On endort la jeunesse camerounaise. On la mutile, on la réduit à une illusion religieuse qui est théâtralisée par des cultes infinis, des délivrances pompeuses, du tapage nocturne, mais en fin de compte, des mirages certains. International Crisis Group a vu juste :

Le pentecôtisme et l’islam fondamentaliste évoluent dans des mondes à part en termes de modèle économique, de schéma de radicalisation et de basculement dans la violence, cela ne fait pas de doute.

Si on ne fait rien, ces églises (ou plus exactement, ces cellules d’enrôlement) feront déclencher les guerres de demain, si ce n’est déjà celles d’aujourd’hui. Dolores, je dénonce ton église ! Cameroun, berceau de nos ancêtres, comme dit l’hymne… Nos ancêtres pleurent ! Ils pleurent Dolores.


Amnesty International dénonce les bavures des forces de sécurité camerounaises

Le timing et l’opportunité de ce nouveau rapport de l’ONG Amnesty International peuvent laisser interrogateur. Trois jours après de nouveaux attentats suicides à l’Extrême-Nord du Cameroun, le même jour que le limogeage de deux officiers de l’armée camerounaise par le Chef de l’Etat Paul Biya, et le même jour que se tient à Yaoundé, un séminaire de formation sur l’avènement des points focaux « Droits de l’Homme » dans les brigades de gendarmerie au Cameroun.

Publication du Rapport de Amnesty International. Crédits Photos-Amnesty International.
Publication du Rapport de Amnesty International. Crédits Photos-Amnesty International.

Ce 16 septembre 2015, l’histoire retiendra que pendant que l’opinion publique camerounaise scande par chansons et par motions interposées qu’elle est et soutient l’armée camerounaise, voilà que cette armée est épinglée par Amnesty International dans son rapport rendu public à l’hôtel La Falaise de Yaoundé. Le document de 80 pages intitulé « Cameroun. Les droits humains en ligne de mire. La lutte contre Boko Haram et ses conséquences » met d’abord en lumière, les exactions commises par la secte islamiste avant d’attirer l’attention sur les abus et les bavures des forces de sécurité camerounaises.

Yaoundé, Hôtel La Falaise, 16 Septembre 2015. Crédits Photos-Amnesty International
Yaoundé, Hôtel La Falaise, 16 Septembre 2015. Crédits Photos-Amnesty International

Si «  Boko Haram a massacré près de 400 civils dans le nord du Cameroun, les forces de sécurité, par une réaction brutale et des conditions de détention inhumaines, ont provoqué des dizaines d’autres morts », d’après Amnesty International. Un constat suffisant pour choquer les journalistes camerounais présents dans la salle et qui ont accablé de questions les deux orateurs du jour, à savoir, Alioune Tine, Directeur régional Afrique de l’Ouest et du Centre et Ilaria Allegrozzi, Chercheur Afrique Centrale qui a interrogé plusieurs acteurs et témoins dans la perspective de la rédaction de ce rapport. A la question de savoir si Amnesty International met sur la même balance, des défenseurs de la nation (les forces de sécurité) avec des «  barbares » et des « bandits », Ilaria Allegrozzi répond « non » , mais ajoute que « ce rapport documente des violations des droits de l’homme et des crimes relevant du droit international commis par Boko Haram, mais nous avons aussi documenté la violation de ces mêmes droits perpétrés par les forces de sécurité camerounaises ». Tout en reconnaissant que ces forces ont joué un rôle fondamental dans la protection des civils au Nord du Cameroun, Ilaria Allegrozzi affirme que « lors de certaines opérations de sécurité, ces forces ont commis des bavures et des violations contre des populations qu’elles étaient supposées protéger ». Pour Amnesty International, l’une des recommandations imminentes au gouvernement camerounais est d’ouvrir une enquête impartiale et indépendante sur ces allégations. Le rapport met en avant des cas de disparitions forcées, des arrestations arbitraires et des destructions de biens pour étayer ces allégations. Des images satellites sont mêmes montrées dans le rapport pour signifier l’ampleur des bavures des forces de sécurité camerounaises. « Tout cela c’est de la manipulation », crie alors un fonctionnaire du ministère de la justice présent dans la salle et visiblement courroucé par les conclusions de l’OING. Ledit fonctionnaire dit posséder des rapports contradictoires élaborés par les structures camerounaises. Mais quand certains journalistes lui demanderont pourquoi le Cameroun est toujours dans la réaction et jamais dans l’anticipation. Pourquoi attendre la conférence de presse d’Amnesty International pour déplorer sa méthode ? Des questions sans réponse qui font dire à Amnesty International que la rédaction de ce rapport a été soumise à la confrontation des autorités camerounaises, mais plusieurs de ces requêtes n’ont pas obtenu de réponses.

Entretien avec Ilaria Allegrozzi. Crédits Photo-Amnesty International.
Entretien avec Ilaria Allegrozzi. Crédits Photo-Amnesty International.

Pour finir, notre question à Ilaria fut la suivante : « Dans un contexte aussi sensible, où les forces de sécurité camerounaises sont perçues par l’opinion publique camerounaise comme des héros qui protègent la Nation, est-ce qu’un tel rapport ne va pas être un peu fâcheux ? ». Elle répondra en ces termes :

« Notre rapport ne vise pas à démoraliser les forces de sécurité camerounaises. Notre rapport ne met pas sur le même pied d’égalité, les forces camerounaises et Boko Haram. Notre rapport ne fait pas l’analogie entre Boko Haram et les forces de sécurité. Notre rapport documente des crimes qui ont été perpétrés dans le cadre d’un conflit non armé international. Ce rapport vise à dénoncer certaines bavures et à encourager les autorités à faire la lumière sur certains faits ». Amnesty International ajoute qu’un dialogue franc a été ouvert avec les autorités camerounaises, dont la réaction à ce rapport est encore attendue.