DANIA EBONGUE

Regardez-les, elles ont oublié la guerre

Le soleil brille de nouveau dans le visage des jeunes filles des sites de réfugiés de Borgop (région de l’Adamaoua au Cameroun) et Gado (région de l’Est au Cameroun). Meurtries par la guerre, les atrocités et la perte des êtres chers en Centrafrique, elles font désormais face au défi d’une nouvelle lueur d’espoir.

Regardez-les, elles s’intègrent

Lueur d'espoir pour les réfugiées de Borgop
Lueur d’espoir pour les réfugiées de Borgop

L’accueil par l’État du Cameroun, et la mobilisation des sites est le premier salut. L’UNHCR (Agence des Nations unies pour les réfugiés)  a offert aux 15 000 réfugiés de Borgop, aux 12 633 de Gado 1, et aux 6 115 de Gado 2, des abris et des tentes. Pour le cas de Gado par exemple, 2 550 abris sont disponibles ainsi que 400 tentes. Une nouvelle vie peut désormais commencer pour eux. Fuir la guerre, trouver une terre d’accueil, pouvoir se soigner gratuitement dans un centre de santé, et la vie peut reprendre son cours normal.

Regardez-les, elles s’activent

Assetou, Camp des Réfugiés de Borgop
Assetou, Camp des Réfugiés de Borgop

Hier encore, essentiellement nomades, elles goûtent maintenant au parfum d’une vie stable dans laquelle les activités agropastorales sont de mises. Cuisiner un mets de pistache pour Mimouna, ou sa voisine Shedah qui fait frire des galettes à côté, oui, il y a aussi de la vie dans un site de réfugiés. Plus loin, c’est Assetou qui s’occupe de la récolte de ses céréales. Un bon couscous passera par là.

Mimouna, Camp des Réfugiés de Gado
Mimouna, Camp des Réfugiés de Gado

Regardez-les, elles savent lire et écrire

Séance de Lecture, ETAPE Education à Borgop
Séance de Lecture, Etape Education à Borgop

Ne les confinez donc pas à la cuisine ! A Gado comme à Borgop, les jeunes filles fréquentent désormais les Etapes (Espaces temporaires d’apprentissage) financés par l’Union européenne et l’Unicef, deux organisations prix Nobel de la Paix, qui ont mis sur pied ici, le projet « Enfants de la Paix ». Grâce aux enseignants volontaires, aux agents mobilisateurs et aux instituteurs psychosociaux formés dans ce projet, nos jeunes filles apprennent à lire et à écrire. Dans certains ateliers, les activités de création sont au menu. Pour les 2 000 adolescentes de Gado, les après-midi leur permettent d’acquérir des savoirs en couture, coiffure, etc. Elles sont éduquées, elles s’autonomisent et la réticence des parents conservateurs s’effrite chaque jour un peu plus.

Regardez-les, elles ont de l’eau potable et des toilettes

Station de pompage d'eau, Site de Gado 1
Station de pompage d’eau, Site de Gado 1

Oui, boire de l’eau potable n’était pas évident dans leur univers il y’a quelques temps. Aujourd’hui, grâce à l’Unicef et un partenaire technique sur les sites, l’eau coule à volonté. Par exemple, 50 m3 d’eau coulent en quantité et en qualité (chloration, décantation et clarification de l’eau) chaque jour sur le site de Gado 1, nous confie Mbankeng Imefack Gael, ingénieur chargé du WASH ( Water Sanitation and Hygiene) dans le site. Il nous révèle que les heures de pointe c’est de 6 h à 20 h et de 15 h à 19 h. Pour ce faire, trois stations de pompages motorisés et quelques forages manuels font couler le liquide précieux en direction des cuisines, des activités agropastorales et des latrines.

Bloc de latrines UNICEF, site de Gado 1
Bloc de latrines Unicef, site de Gado 1

Oui, l’Unicef a offert sur ce site 100 blocs sanitaires. La défécation en plein air de leur ancienne vie de nomade a cessé. Nettoyage quotidien, abri confortable et sûr, et les voilà à l’abri du choléra et des autres maladies de la saleté.

ETAPE, EU Children of Peace
Etape EU Children of Peace

Elles ont désormais oublié la guerre. Pour cela, il a fallu se donner un peu de mal pour prévenir beaucoup de mal. Un espace, des aires de santé, des vaccins réguliers, de l’eau potable, des activités d’éducation, d’apprentissage et d’éveil et voilà les « enfants de la paix » de Centrafrique sont une réalité dans des sites de réfugiés au Cameroun.


Flora et Anour: « Enfants de la paix » de RCA dans un site de réfugiés.

Flora et Anour

Ils sont deux centrafricains. Flora est chrétienne et Anour est musulman. Les deux auraient pu symboliser le conflit centrafricain sous le prisme des rivalités entre les deux communautés religieuses. Ils ont tous les deux subi l’horreur et l’atrocité de la guerre en République Centrafricaine, et tous les deux ont échoué à Gado, un site de refugiés centrafricains, à l’Est du Cameroun.

Anour Mahamat : « J’ai été sauvé par un chrétien Témoin de Jéhovah ».

Il y’a 11 mois, ce jeune licencié en Sciences Economiques et de Gestion de l’Université de Bangui a vu sa maison pillée, détruite, et criblée de grenades. Il n’aura la vie sauve que grâce à un voisin Témoin de Jéhovah qui réussira à le cacher  et lui permettra d’atteindre le Kilomètre 5, quartier des musulmans de Bangui. C’est à partir de là que grâce à un avion tchadien disponible à l’aéroport de Bangui, il se retrouvera au Tchad. Deux mois plus tard, il passera par la frontière camerounaise, traverse la ville de Ngaoundéré, et se retrouve enfin à Garoua-Boulai. C’est à 22km de là que se trouve le site des refugiés centrafricains.

Annour

Anour : Faire vivre le COGES au nom de l’éducation des enfants.

11 mois plus tard, Anour est devenu le président du COGES (Comité de Gestion Scolaire) des ETAPEs (Espaces Temporaires d’Apprentissage), financés par l’Union Européenne et mis en œuvre par l’Unicef dans le site des réfugiés de Gado. Depuis le 7 Juillet 2014 en effet, il se charge de gérer les fiches des présences des enfants qui fréquentent les étapes, et leur fournit le matériel scolaire. Par ailleurs, « si les enseignants ont besoin de quelque chose en termes de matériel, ou les enfants qui viennent d’arriver et qui ont besoin de cahiers ou des ardoises, je transmets à nos donateurs et ils nous les fournissent » précise Anour. Il se donne à cette tâche avec une telle dévotion, car se rappelle t-il, les populations de ce site, essentiellement des Peulh, n’avaient pas la culture de l’éducation pour leurs enfants en arrivant ici. C’est sur ce site qu’ils ont découvert l’univers de l’apprentissage et de la scolarisation. « On a les agents sensibilisateurs sur le terrain pour emmener les parents à laisser les enfants venir à l’école » poursuit Anour. Une chose simple lui arrache le sourire dès qu’il y songe : « Aujourd’hui, quand tu trouves un enfant, il te dit  Bonjour en français ou même Good Morning en anglais » affirme t-il avec fierté. C’est vrai que ces enfants centrafricains sont venus dans ce camp avec pour seul langage, leur langue vernaculaire. Aujourd’hui, grâce au projet « Enfants de la Paix » de l’Unicef et de l’Union Européenne, ces enfants communiquent, lisent, écrivent et chantent dans les deux langues officielles du Cameroun, le français et l’anglais. «  L’éducation est fondamentale. Avec ma licence en gestion, ma première expérience est de gérer ces enfants, qui lorsqu’ils retourneront au pays, seront des leaders et des décideurs ».

Tableau bilingue

Flora : Redonner la joie de vivre aux enfants du site.

Dans un autre ETAPE, se trouve Flora Nombot. Son histoire est encore plus dramatique que celle d’Anour. Elle vivait dans sa belle-famille lorsqu’elle apprend un matin que ses deux parents sont assassinés pendant le conflit centrafricain. Contrainte de fuir Bangui, elle se retrouve dans un camion qui traverse la frontière camerounaise pour se retrouver ici à Gado. Heureusement son mari est à ses côtés, ainsi que leur unique fille de trois ans qui est inscrite dans l’ETAPE à la SIL. En quittant Bangui, elle était en Première Année de la filière Banque et Finance. Son background l’a tout de suite emmenée à se porter volontaire pour encadrer les jeunes du site dans l’ETAPE protection. L’étape protection est le volet apport psychologique et moral de ces enfants traumatisés par la guerre centrafricaine.

Flora et les enfants en créativité
Flora et les enfants en créativité

Pour ce faire, les salles appelées ETAPE servent de cadre pour encadrer les enfants de 8h à 12h du lundi au vendredi, à travers des animations, des activités d’éveil, et des activités pratiques (dessins, petites fabrications avec du bois ou de la poterie). Cette stimulation mentale est le résultat d’une collaboration de l’Unicef avec l’ONG dénommée ASSEJA qui a formé les encadreurs et les instituteurs psycho sociaux. Flora est parmi ces gens formés. Ces enfants, qui, il y’a quelques mois encore vivaient l’ambiance du nomadisme de leurs parents éleveurs, dont désormais concentrés ici à fabriquer, inventer, et s’égayer. «  Il y’a des enfants qui ont perdu leurs parents, et on leur change les idées à travers ces activités qui les épanouissent pleinement ».

Atelier de Poterie dans un ETAPE à GADO
Atelier de Poterie dans un ETAPE à GADO

Flora et Anour sont donc les symboles de ce projet « Enfants de la Paix ». Flora encadre des enfants Peulh, mais pour elle, ce sont des enfants comme la sienne. Anour n’oubliera jamais que c’est un chrétien qui l’a sauvé de la barbarie d’autres chrétiens. Chacun d’eux œuvre dans un volet (éducation et protection) et chacun d’eux est le reflet du combat contre l’analphabétisme, l’obscurantisme, la division et la violence. Sur ce site de Gado, les centrafricains ont laissé derrière eux les divisions ethniques et religieuses. Une jeune femme et un jeune homme main dans la main, symboles du respect du genre, symboles de deux individus que l’éducation a nourris, et qui transmettent les notions de paix à ces jeunes enfants en leur disant que demain sera certainement plus beau. Le nouveau matin de Centrafrique vient de naître dans le site de réfugiés de Gado.

Post Scriptum :

Si vous voulez écouter le témoignage d’ANOUR, cliquez ici :

Si vous voulez écouter le témoignage de Flora, cliquez ici :

Odilon DOUNDEMBI, un jeune centrafricain déclare ceci : « Je suis optimiste quant à l’avenir de la jeunesse africaine, milite pour la paix, la liberté et l’égalité en Afrique en général et en particulier en Centrafrique (mon pays)».

Le blogueur Centro dit ceci : « Et si nous voulons que tout cela finisse un jour…Il faut une réelle volonté de changer les choses, il faut revoir le système… ».

Baba Mahamat déclare ceci : «  Je suis issu d’une famille polygame. Mon père, le feu Mahamat Kana s’est marié avec deux femmes dont ma mère. Ma mère, la feue Marthe Miande à laquelle je dois beaucoup, était chrétienne de son vivant. Alors vous comprendriez que je suis issu des deux religions, ce qui accroit ma connaissance des deux communautés. Alors, après avoir côtoyé la religion chrétienne, j’ai décidé d’être musulman, ce qui n’a pas été contraignant pour moi. J’ai fait ce choix librement. Mais j’ai un grand respect pour les deux religions dont je suis issu ».


J’ai enfin pu trouver un hôtel à Meiganga.

Parcourir le Cameroun profond est loin d’être une sinécure. Mais, tu sais Dolorès, le journalisme humanitaire m’a conduit partout, et du coup, j’ai reniflé l’odeur assez lourde de ce qu’il est convenu d’appeler, parcours du combattant. Je me retrouve en ce moment à Meiganga. Cette ville n’évoque rien en toi ? Normal. C’est le Chef-lieu du département du Mbéré, Région de l’Adamaoua au Cameroun. En réalité, c’est la route qui mène à Ngaoundéré, Chef-lieu de cette Région. 157km séparent les deux villes. Si Ngaoundéré est plus connue parce qu’elle est une gare centrale ferroviaire, Meiganga quant à elle est une bourgade qu’on connait seulement lorsqu’il faut valider les points des questions de cours en géographie.

Plaque Meiganga
Plaque d’entrée dans la ville de Meiganga

 Je t’avoue Dolorès que venir ici n’était pas dans mes rêves les plus fous, d’autant plus que je suis parti de Yaoundé hier, j’ai fait 4 heures de route, j’ai passé la nuit à Bertoua, et ce matin, c’était reparti pour 4 heures de route, avec une escale à Garoua-Boulai , une ville devenue célèbre, parce que c’est la ville frontalière entre le Cameroun et la République Centrafricaine. C’est par elle que les milliers de réfugiés centrafricains entrent au Cameroun, et c’est par elle aussi que d’anciens miliciens ou militaires centrafricains ont échoué au Cameroun. Un tour au Soya du coin, avec une viande de mouton toujours aussi savoureuse, et me voilà parti pour Meiganga. Sur le chemin, on peut admirer un bitume non stop. Si pour toi c’est normal, il y’a deux ans encore, cette route était une vieille piste et un calvaire pour les populations, victimes en ce moment là de nombreux accidents et surtout des coupeurs de route. Les Régions de l’Est et de l’Adamaoua au Cameroun n’avaient que le train comme moyen de transport par excellence. Depuis l’avènement de ce bitume, Yaoundé-Ngaoundéré peut désormais s’effectuer en 8 heures de temps. On parle quand même de plus de 800km de distance.

Nouvelle route bitumée
Nouvelle route bitumée entre Yaoundé et Ngaoundé ( en passant par Bertoua, Garoua-Boulai et Meiganga).

Arrivé donc à Meiganga, il est plus de 16h. Je descends de ma voiture de location, ma casquette RFI sur la tête, et me voilà déjà zyeuté par des gens qui détectent tout de suite la présence d’un étranger dans la ville. « Où me loger ici » ? Voilà la première question qui me taraude l’esprit. Il faut alors faire le tour de la ville, et chercher le précieux sésame où passer la nuit. Le premier hôtel est dit-on le plus huppé de la ville. Il est donc complet. Forestiers, chercheurs d’or, membres des Nations Unies, et tous les VIP ont occupé les chambres. On m’oriente vers l’Eglise Évangélique Luthérienne du Cameroun (EELC). Ah, c’est vrai que dans l’Adamaoua, les luthériens sont nombreux, et y ont fait les plus grands investissements : paroisses, hôpitaux, radios, et…hôtels, du moins ce qui en tient lieu.

Descente de voiture
Célèbre malgré moi à Meiganga

On a vu la plaque de l’EELC, mais personne ne sait exactement où elle se trouve. Moi, ne sachant pas parler fulfulde (langue vernaculaire de tout le septentrion camerounais), c’est loin d’être une mince affaire de communiquer avec des habitants intrigués non seulement par la voiture, mais par l’individu qui leur demande une chambre d’hôtel dans une église. Laisse Dolorès, je me résigne à sortir de la ville et à emprunter l’axe qui mène à Ngaoundéré où une autre plaque hôtelière se voit au bord de la route. Là bas, il n’ya pas de parking pour la voiture. Le gérant est pourtant catégorique pour le prix de la chambre : « 15000frs la nuitée ou rien » nous répète t-il. Nous comprenons donc, le chauffeur et moi que la voiture n’a pas forcement joué un rôle favorable ici. J’ai beau négocier jusqu’à 8000frs la nuit, pour un hôtel sans parking, et d’une incroyable étroitesse, le gérant est nerveux et ne fléchit pas. Demi-tour, nous rentrons au centre-ville de Meiganga, et pas loin des services de la Préfecture, on aperçoit la plaque d’un motel. Ici, le réceptionniste est clair : « l’eau ne coule pas, pas de télévision et pas de clim ». Lorsque je lui demande comment on va pouvoir dormir sans clim, il me répond qu’il fait froid. Hum, il a oublié de mentionner que ses draps sont crasseux, que les chambres sont dignes de buanderies et que l’odeur est insupportable. Je lui demande quand même : « Vous faites combien la nuit » ? Il me répond : « 5000frs ». A ce prix là, dormir avec les moustiques et les cafards, non merci. Et pourtant, à côté de moi, un commissaire était en train de négocier une chambre. Pas sûr que c’était pour les mêmes raisons que moi. Passons ! Il est déjà plus de 18h. On ressort et on retombe sur l’entrée du fameux hôtel huppé de la ville. Mais, on ne sait plus où aller. On interpelle un mototaxi pour nous escorter vers un hôtel. Il tourne en rond avec nous et nous emmène vers un motel qui semble acceptable. Problème ici, l’accueil est exécrable et de toute façon, on est encore en train de creuser le forage. Donc, pas de chance d’avoir de l’eau pour cette nuit. La nuit tombe déjà sur Meiganga. Nous reprenons la route et décidons d’intercepter tout habitant de la ville pour trouver enfin un endroit où dormir. Vers la place du marché, nous nous garons devant un autre mototaxi. Bien entendu, je te passe le détail des regards braqués sur nous. Tout Meiganga admirait notre voiture, et en trente secondes, voilà des gens curieux qui s’agglutinent autour de notre mototaxi.  Je lui demande : «  Y’a un hôtel par ici ? », il me répond « oui » sans hésiter. Mais son indication était un vrai algorithme à déchiffrer. A côté de lui, un homme, voulant sans doute être serviable crie : « Allez à la mairie, il y’a un hôtel là bas ». Nous lui disons merci avec le sourire et nous nous réjouissons de pouvoir enfin nous abriter dans la nuit de Meiganga. Une fois devant la mairie, nous trouvons un mécanicien et on l’interpelle. Dans son sourire, j’ai tout de suite décelé le bonheur d’un garagiste qui se dit qu’enfin il a trouvé une grosse voiture en panne et cela allait sans doute lui faire sa recette du jour. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’au lieu de parler d’une panne de notre voiture, on lui demande plutôt un hôtel. « On nous a dit qu’il y’a un hôtel ici à la mairie » lui dis-je. Amusé et un peu moqueur, il me répond : «  Monsieur, vous êtes bien à l’hôtel ici, l’hôtel de ville ». Je t’avoue Dolorès que je ne me suis jamais senti aussi idiot. Le monsieur du marché nous avait orienté tout net à l’hôtel de ville. Pardi Dolorès ! L’hôtel de ville c’est la mairie. Pouf !!! Il est 19h 30, et nous n’avons toujours pas d’hôtel à Meiganga. On refait demi-tour nous croisons un autre monsieur qui nous parle d’un hôtel après la compagnie de Gendarmerie. Nous y sommes ! Et là, au moins la cour nous rassure. On va pouvoir se garer. Le gérant lui, est plus flexible, de 15000frs la nuit, on tombe d’accord pour 8000frs. Mais en faisant le tour des chambres, les carreaux sont dégueulasses, mais là il faut que je me pose, je suis fatigué. Il y’a une télé et la clim, c’est déjà ça ! Mais comme le piège n’est pas loin, la télévision n’a qu’une seule chaîne. Le réceptionniste m’explique que dans leur hôtel, il zappe depuis le hall, et toutes les chambres reçoivent la même chaîne. Pour le moment, c’est TV5MONDE qui retransmet un match du tournoi des 6 nations en rugby. Quelques secondes après, le voilà sur la RTS1, la chaîne sénégalaise qui retransmet un match de Basket entre le Sénégal et le Mali. Il vient dans ma chambre et me dit : « Je vais vous mettre Afrique Média tout à l’heure ». Intrigué, je le regarde s’éloigner et je me mets à cogiter sur cette annonce plutôt bizarre. Il ignore sans doute que depuis que Canalsat a enlevé cette chaîne de son offre, je ne la regarde plus chez moi à Yaoundé. Par contre Dolorès, j’ai constaté depuis hier à Bertoua que tout le monde ici dans la zone est câblé Afrique Média. Sur le mur de l’hôtel, une ancienne affiche de la fête de la musique. Le style de l’annonce m’éblouit, car il met en exergue l’émergence de talents musicaux locaux.

Affiche Meiganga

J’ai aussi découvert une chose exceptionnelle : Meiganga en fait veut dire « Mont du Ganga » en langue Gbaya.  En 1992 et 1994, il y’eut une sanglante guerre entre les Gbaya et les Peulh sur une question foncière et le leadership traditionnel. Du fameux Mont Nganga, des personnes inconnues sont descendues avec des lanternes durant la nuit, pour porter secours aux Gbaya qui ont finalement vaincu les Haoussas et les Peulh. Les Gbaya sont convaincus qu’il s’agit de leurs ancêtres décédés et vivant dans cette montagne sacrée. Aujourd’hui, le Lamidat (chefferie supérieure) de Meiganga est resté gouverné par les Gbaya. Son pouvoir s’étend dans tout le département du Mbéré, même si les Gbaya sont présents aussi à l’Est, étant donné que Bertoua est une ville d’origine Gbaya qui veut dire en langue locale « celui qui enroule la terre », c’est-à-dire Bartoua. Si j’ai découvert toutes ces choses, c’est grâce au réceptionniste de l’hôtel qui est devant moi en ce moment. C’est un fils Gbaya, très imprégné des choses d’ici. C’est aussi grâce à lui que j’ai pu trouver un espace dans le jardin de l’hôtel pour avoir un bon réseau pour me connecter sur Internet. Oui Dolorès, même à Meiganga, il peut y avoir un peu d’Internet. Je vais donc me coucher, dans ma chambre d’hôtel située au pied du Mont Nganga.


Lorsque l’ECHO se fait l’écho des enfants de la paix.

2012, l’Union Européenne reçoit le prix Nobel de la Paix. Chaque fois qu’une Organisation Internationale reçoit ce prestigieux prix, l’écho est plus retentissant que lorsqu’il s’agit de simples individus. Mais lorsque deux Organisations Internationales « Prix Nobel de la Paix » se rencontrent, c’est la flamme de l’espoir qui retentit dans le cœur et l’esprit des hommes. Deux organisations, L’Union Européenne et l’Unicef, connectées au Cameroun au nom de la paix. L’UNICEF a obtenu le prix Nobel de la paix en 1965 (l’un des 11 Prix Nobel obtenus par une agence ou un membre de l’ONU).

Unicef UE

La paix, ce n’est pas seulement l’absence de guerre, on le sait. La paix, c’est la culture du vivre ensemble.  Bâtir une terre de prospérité,  mais avant tout, protéger la terre en préservant sa plus prestigieuse richesse, et son meilleur investissement : Les enfants. Ce sont eux, les héritiers, les décideurs, les bâtisseurs de demain. Leur léguer une terre paisible, pacifiée, aseptisée, est notre devoir impératif. En 2004, Madame Sham Poo, parlant au nom de l’UNICEF à la réunion des Prix Nobel, déclarait ceci : « en regardant la vie de cette organisation qui intervient depuis près de 60 ans, il est clair pour nous que ce ne sont pas les actes de l’UNICEF qui ont été reconnus en 1965 par le Comité Nobel, mais l’idée de l’UNICEF. Ce ne sont pas les aspirations de l’UNICEF en tant qu’institution qui ont été honorées, mais son aspiration pour nos enfants et notre avenir. C’était notre mémoire humaine collective de l’enfance, ainsi que les rêves présents en ces mémoires, qui ont été reconnus ». Oui, l’aspiration de l’Unicef pour nos enfants et notre avenir. Voilà des mots qui ne devraient pas nous laisser insensibles. Surtout que dans le cas d’espèce, il s’agit d’enfants de la paix.

S.E. Mme Collet, Ambassadrice UE au Cameroun
S.E. Mme Collet, Ambassadrice UE au Cameroun

C’est dans le discours de Madame François COLLET, Ambassadrice et Chef de la Délégation de l’Union Européenne au Cameroun (prononcé ce lundi 23 Février 2015, au Hilton Hôtel de Yaoundé), que se dessinera ce concept d’enfants de la paix : « C’est un grand plaisir pour moi, de prendre la parole ce jour, au nom de l’Union Européenne, en ce jour de lancement officiel du projet EU CHILDREN OF PEACE ( Les Enfants de la Paix de l’Union Européenne) au Cameroun, un projet financé par le service humanitaire de l’Union Européenne, plus connu sous le nom ECHO. Ce projet a pour principaux bénéficiaires les enfants de la communauté des réfugiés centrafricains des régions de l’Est et de l’Adamaoua du Cameroun, ainsi que ceux des communautés hôtes ayant accepté d’accueillir ces populations voisines en détresse ». Car, faut-il le rappeler, le conflit en République Centrafricaine voisine a provoqué un afflux massif de réfugiés centrafricains dans les Régions Est et Adamaoua du Cameroun.

Un des Camps de Réfugiés au Cameroun
Un des Camps de Réfugiés au Cameroun

Quelques Chiffres

ECHO a donc octroyé un financement de 500 000 Euros ( 327 978 500 FCFA) à l’UNICEF, pour assurer un accès continu à l’éducation et l’intégration sociale de tous les enfants d’âge scolaire dans les sites de réfugiés centrafricains au Cameroun, ce d’autant plus que seulement 12% des enfants réfugiés arrivés au Cameroun, étaient scolarisés en RCA. Les activités d’éducation, les activités d’apprentissage ( bricolage, jardinage, cuisine, couture, coiffure, artisanat, etc.), les activités  de loisirs, y compris le sport, seront au programme de ces 36 000 enfants ciblés, filles comme garçons de 3 à 17 ans, auprès desquels les notions d’égalité de chance, de respect du genre, de la non-violence et de la promotion de la paix seront au menu. Parce que, si l’assistance humanitaire de ECHO repose sur les principes de l’humanité, de la neutralité, de l’impartialité et dépendance, son aide aux personnes, indépendamment de leur religion, de leur sexe, de leur ethnie, c’est  également le credo de l’UNICEF, c’est-à-dire aider, éduquer, soigner, nourrir et protéger l’enfant, quel qu’il soit. Les enfants centrafricains refugiés au Cameroun, sont des enfants à part entière, et, les enfants ont des droits.


Marches contre Boko Haram, ce bizness juteux !

Grande Marche

Ça y est ! Il a fallu qu’on fasse le reproche aux Africains de s’être complètement alignés sur le concept « Je suis Charlie » (alors que périssaient des victimes de la nébuleuse sectaire Boko Haram), pour que les uns et les autres se précipitent dans les rues afin de « soutenir » les soldats qui sont au front. A priori, il n’y a rien de méchant à marcher pour encourager les soldats, car ces vibrations vont certainement les galvaniser sur le terrain. Mais comme d’habitude, la mentalité camerounaise va doubler d’ingéniosité pour se servir de Boko Haram afin d’en faire un produit marketing juteux. Oui, c’est la foire aux bonnes affaires en ce moment au Cameroun. Chacun veut tirer profit de Boko Haram. Chacun y va de son soutien, de sa marche, de sa motion. Le naïf qui observe cette scénographie de loin se dit sans doute : « Ah, quel pays solidaire ! » Sans doute ! Mais, la réalité est plus profonde que cela.

Creusez un peu ! Depuis quand date cette déferlante de soutiens aux forces de défense au Cameroun ? Pas depuis longtemps en tout cas. C’est depuis que c’est devenu un phénomène médiatique au Cameroun. Rien n’est plus fait sans évoquer Boko Haram. Les jeunes de telle région, les jeunes de telle association, les membres de telle ONG qui collectent de l’argent pour dit-on en faveur des troupes, tels artistes qui chantent des chansons, d’autres qui produisent des clips thématiques, sans parler de certains ministres qui prennent des initiatives de positionnement politique sous le couvert de soutien aux forces de défense. Y’en a pas beaucoup que j’ai vu aller encourager les troupes sur place. C’est facile de brailler dans un bureau climatisé de Yaoundé pendant que les soldats reçoivent du plomb dans leur corps.

Cette semaine par exemple, un illustre inconnu jusqu’à lors au Cameroun est subitement devenu l’invité du 13 heures il y a deux jours, pour nous expliquer pourquoi son association a organisé un séminaire sur l’enrôlement des jeunes dans les bandes armées. C’est bien ! Au moins de sa bouche, on aura appris que « les enfants de la rue ont diminué à Yaoundé ». Allez-y comprendre que Boko Haram a donc recruté les enfants SDF (sans domicile fixe) pour les armer. Peut-être ! Mais, fallait-il attendre plusieurs mois après le début des attaques des frontières camerounaises pour établir ce constat ? Et si notre invité du 13 heures possède vraiment des informations et statistiques sûres, comment a-t-il remonté la filière de recrutement de Boko Haram auprès des jeunes de la rue à Yaoundé ? Passons !

En fait, Boko Haram est la nouvelle religion au Cameroun. Grâce à ce concept-religion, des vocations patriotiques naissent chaque jour, surtout dans les médias. Très présent le ministre de la Communication brandit tous les deux jours à brandir les chiffres des attaques (surtout en faveur des soldats camerounais). On notera aussi les deux derniers discours présidentiels orientés vers les conséquences de cette guerre. A côté du récent sommet de la CEAC (Communauté des Etats d’Afrique centrale) tenu à Yaoundé, Boko Haram a une saveur de récupération vers tous les ambitieux de la République. Il y a ceux qui par ces différentes marches disent soutenir les soldats, et partant le président de la République, leur chef. Il y a ceux qui sentent que derrière ces mouvements, d’éventuelles gratifications administratives et politiques sont à prévoir. Il y a ceux qui s’affichent pour être zyeutés par le pouvoir (on ne sait jamais n’est-ce pas ?) En fait au Cameroun, la sincérité est devenue une denrée rare. Il ne se passe pas un jour sans qu’un « illuminé » ne crée sa marche ou sa motion de soutien. Ce behaviourisme sent le parfum de l’opportunisme à plein nez. J’aurais aimé les voir au début, lorsque les premières têtes furent tranchées à Kolofata. J’aurais aimé les voir, il y a quelques mois, lors des premiers enlèvements, ou lors des premières attaques. J’aurais aimé les voir avant le slogan « Je suis Charlie » pour les voir créer un slogan original. J’aurais aimé voir plus de journalistes sur le terrain, prenant les risques dans les camps de réfugiés, traversant le Nord-Cameroun peur au ventre, pour donner l’information aux Camerounais. Oui, j’aurais aimé voir ces journalistes qui disent aujourd’hui soutenir ces soldats, avec moins de commentaires, et plus de faits. Plus de photos sur les familles des victimes, plus d’images sur la famine dans l’Extrême, plus d’articles sur les enfants déscolarisés du fait de ce conflit, plus de reportages sur les enfants privés de soins, de vaccins et de nourriture. Voilà la vraie lutte contre Boko Haram !

La lutte contre Boko Haram, c’est changer la face du Cameroun. C’est bâtir de l’espoir en sortant les mentalités de l’obscurantisme et de la désespérance. C’est parler le langage de la paix, en rappelant que la paix, ce n’est pas seulement l’absence de guerre. C’est parler le langage de la raison, sachant qu’une guerre idéologique (celle de Boko Haram) ne se gagne pas par la fanfaronnade et l’exhibition d’un patriotisme clamé subitement parce qu’il est un phénomène de mode. Oui, soutenir les forces armées du Cameroun, c’est donner à ce Cameroun une image meilleure de lui-même à ses enfants, décideurs de demain. C’est emmener ces enfants à plus de citoyenneté. C’est dire aux journalistes que leur rôle n’est pas de militer, mais d’informer. Boko Haram est une gangrène, un cancer, mais a-t-on jamais soigné un cancer avec des slogans, des marches, des communiqués et des discours ? Divine comédie, que cela cesse !

Le business de Boko Haram me rappelle les années glorieuses du sida, lorsque celui-ci était la maladie à la une. Toutes les ONG contre le sida furent créées en un temps record. Tous les évènements devaient être marqués du sceau « Lutte contre le sida ». Aujourd’hui, le sida a cédé la place à Boko Haram, un autre bizness de la mort, juteux pour les opportunistes.


Encore et toujours LES COPS D’ABORD.

Ceux qui avaient lu mon billet intitulé « Supprimez le mot amitié du dictionnaire » s’étaient beaucoup lamenté parce que je déclarais me mettre à l’écart du projet radiophonique « Les Cops d’Abord » pour lequel je me suis battu pendant 15 ans. Oui, je me suis mis à l’écart, un peu comme Didier Drogba face aux éléphants de Côte d’Ivoire, à la différence que la génération actuelle du projet « Les Cops d’Abord » n’a pas gagné le « trophée » après moi, loin s’en faut. Bon, je ne suis pas là pour lui faire un procès, mais juste constater qu’il eût fallu que je fusse là ces deux dernières semaines. Les événements comme la caravane inter-scolaire ou encore le tirage au sort des groupes, ce n’est pas une mince affaire. Et, je suis revenu à la charge, malgré moi, pour gérer ces deux événements majeurs. Non pas que mes jeunes frères actuels ne savaient pas que ça existe, mais ils n’ont pas encore le sens du détail, alors que c’est justement le détail qui fait la marque « Les Cops d’abord ». Pour ceux qui entrent dans mon blog, ils observent le logo suivant :

Logo Web

C’est le logo de l’émission radio pionnière de l’émancipation des jeunes au Cameroun. C’est elle qui a révélé de nombreux talents musicaux, mais c’est aussi et surtout la seule qui est restée dans le giron intellectuel. La plupart des émissions destinées aux jeunes au Cameroun donnent la part belle au ludique : battle, concours de danse, concours de beauté, musique, et divertissement de toutes sortes. L’émission LES COPS D’ABORD est restée consciencieuse avec un refrain unique : Concours de Culture Générale ! Imaginez le nombre d’élèves qui se sont relayés dans cette émission depuis le 11 Avril 1999.  Mais  là encore, ce n’est pas le débat. Il a fallu que nous envoyions plusieurs correspondances au Ministère de la Jeunesse afin qu’ils nous soutiennent. A chaque fois, lettre morte… L’année dernière, le Ministre nous demande de nous référer au Délégué Régional de la Jeunesse de la Région du Centre, celui-ci nous refusera l’assistance financière parce que le Chef de notre Station n’avait pas assisté à une réunion qu’il présidait pour le 20 Mai. Voilà donc notre pays…Quelqu’un reçoit une instruction de son ministère, mais refuse de s’exécuter pour des raisons personnelles. Passons…Mais quelle ne fut pas ma surprise quand, à l’occasion de la fête de la jeunesse 2015, le ministère a organisé l’opération « Tous Citoyens »  sous le modèle de nos propositions, une vraie copie conforme. Du copier-coller en somme, on y a greffé le nom de la Première Dame comme marraine de l’opération, et le tour était joué. Nous n’avons pas été associés au projet comme d’habitude. Au Cameroun, lorsqu’il s’agit déjà de gros sous, on nous exclut et voilà que le Ministère, étrangement en 2015, a organisé un concours de culture générale avec les 20 meilleurs élèves du Cameroun, une idée que nous leur vendons depuis trois ans. Ce n’est presque pas grave ! Les élèves qui ont participé à la campagne « Tous Citoyens » sont des camerounais comme ceux qui viennent chaque dimanche dans l’émission LES COPS D’ABORD. Du coup, je suis monté au créneau pour parler aux 17 établissements scolaires de Yaoundé, présents au tirage au sort du dimanche 15 Février à la Maison de la Radio. Les combinaisons ont donné ceci :

 Le 22 Février 2015 :

Groupe A

Le 1er Mars 2015 :

Groupe B

Le 15 Mars 2015 :

Groupe C

Le 22 Mars 2015 :

Groupe D

Le 29 Mars 2015 :

Groupe E

Ce qui donne le calendrier synthétique suivant :

Calendrier du Second Tour

C’est donc reparti pour l’unique championnat intellectuel du Cameroun, le seul aussi qui marche depuis des années sans sponsor majeur, si ce n’est la détermination et l’abnégation de jeunes qui veulent un Cameroun meilleur. Leur devise est : « Les Copains d’abord ». Et je comprends pourquoi j’y ai consacré ma vie. Car, nous ne bâtissons pas des slogans politiciens, nous créons une nouvelle jeunesse, qui fera face au monde de demain. Cette jeunesse là, qui bien outillée, sera armée pour donner un visage moins hideux au Cameroun de demain.


Le prochain Pape ne sera pas africain.

Je ne voudrais pas revenir sur une certaine polémique qui veut que l’église catholique soit à l’image de la géopolitique mondiale. Mais je dirais avec certitude que la nomination des cardinaux électeurs par le Pape François trace déjà la géo-spiritualité de l’Etat du Vatican. Vingt nouveaux cardinaux ont donc été créés le 14 Février 2015, ce qui ramène le collège cardinalice à 227 membres, dont 125 qui sont cardinaux électeurs du prochain pape.  L’Europe, bien que n’ayant plus la majorité absolue,  compte quand même 45% des cardinaux électeurs, soit 57. Les autres continents se partagent alors une semi-égalité représentative avec 18 cardinaux Nord-Américains, 18 d’Amérique latine, 15 d’Afrique, 14 d’Asie et 3 d’Océanie.

DistributionCatholics_fr

Voilà donc la géopolitique mondiale du catholicisme. On imagine aisément comment et pourquoi les conclaves se disputent en termes d’alliances, ne nous le cachons pas, territoriales, ethniques et raciales. Par exemple, on dira que le Pape actuel n’est pas européen, mais on notera qu’il est argentin avec une origine italienne bien établie. Il s’appelle quand même Jorge Bergoglio. L’élite de l’église est à l’image de la géopolitique internationale, là où les Nations se battent pour le leadership partout : football, Onu, etc. Mais l’église catholique est devenue à l’image de la majorité de ces croyants : 42% des catholiques du monde proviennent de l’Amérique latine, terre du Pape François. En 2025 et 2050, les projections confirment que les fidèles catholiques seront majoritaires en Amérique latine, tandis que l’Europe et l’Amérique du Nord verront les fidèles diminuer de plus en plus. L’Afrique quant à elle sera probablement d’espoir de l’église, puisque les fidèles partiront de 13% en 2004, à 16% en 2015, puis 22% en 2050.

Les cardinaux

Ce n’est pas sûr que cette progression suscitera l’avènement d’un Pape africain, d’abord parce que ces chiffres ne sont que des projections, ensuite, parce qu’un Pape africain n’est certainement pas à l’ordre du jour dans les priorités de Rome. «Aimez ce qui est grand sans négliger ce qui est petit», a  recommandé le pape François à ses nouveaux cardinaux. Soit !  Que faut-il entendre par « ce qui est grand » ? On attend la prochaine fumée blanche pour le savoir. Ce jour là, pas sûr que lorqu’on dira « Habemus Papam » , ce sera un visage africain qui sera le prochain évêque de Rome.


Tous les enfants sont des princes (Un film-plaidoyer sur la malnutrition).

Affiche Film

C’était l’avant première du film éponyme « Tous les enfants sont des princes » ce jeudi 5 février 2015 au Hilton Hôtel de Yaoundé. La presse culturelle, sociétale et humanitaire s’est massivement donné rendez-vous ici pour regarder le film produit par UNICEF-Cameroun et réalisé par Bassek Ba Kobhio. En l’absence de salles de cinémas au Cameroun, c’est le cadre feutré de cet hôtel qui a servi d’espace de projection d’un court métrage de 33 minutes devant les responsables d’agences des Nations Unies au Cameroun ( HCR, OMS, PNUD, FAO, UNICEF), accompagnés des responsables du Ministère de la Santé Publique et du Ministère des Arts et de la Culture.  Grâce à un son Dolby Stéréo, le film met en scène Onessa, jeune institutrice à l’Ecole Publique de Nkolmefou qui constate dès la rentrée que ses élèves souffrent de malnutrition chronique.

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C’est un film émouvant qui retrace en quelques clichés la pauvreté de nos villages, les interdits culturels, et surtout l’alimentation inappropriée des enfants, cause fatale de leur retard de croissance et de leur mauvais développement physique et psychique. En rappelant l’enjeu du plaidoyer en faveur d’une bonne nutrition pour les enfants au Cameroun, Félicité Tchibindat, Représentante de l’Unicef au Cameroun, qui présidait cette projection en avant première, a insisté sur le rôle du cinéma dans le changement de comportement et dans l’érection de nouvelles idées et de nouvelles pratiques sociales.

S.G des Ministères, Madame Félicité Tchibindat et Monsieur Bassek Ba Kobhio
S.G des Ministères, Madame Félicité Tchibindat et Monsieur Bassek Ba Kobhio

Dans le film en effet, « le petit » qui vit à Nkolmefou dans le Centre du Cameroun, rêve de réussir dans la vie et d’être chanteur. Plusieurs de ses frères et sœurs sont régulièrement malades, et d’autres sont même morts. Cécile, sa mère, en attribue la cause à la sorcellerie et à sa belle-mère qui ne l’aime pas. Pourtant ces clichés sont le lot quotidien de notre imagerie africaine. La malnutrition a décimé des familles entières et le film est en une peinture efficace, teinté d’une touche d’humour et des acteurs aguerris qui valorisent la longue expérience de Bassek Ba Kobhio dans le domaine du 7ème art, sans parler d’une bande originale signée de Dynastie Le Tigre, la révélation musicale du Cameroun en 2013. Le film sera prochainement diffusé dans les chaînes de télévision et sera projeté dans 40 villages camerounais, parmi lesquels, le village Nkolmefou, terre du tournage.

Journalistes cinéphiles
Journalistes cinéphiles

 Malgré cette thématique interpellatrice,  l’espoir renaît en regardant le film quand on voit les enfants désormais jouir d’une borne fontaine dans leur école, car le lavage des mains, et le lavage des aliments deviennent des habitudes aussitôt adoptées par les enfants et leur mère. A la place du manioc quotidien, les repas sont variés, et l’argument économique n’est plus valable puisque la forêt et les champs de nos villages offrent des féculents variés et de nombreuses céréales qui sont de vrais composants alimentaires pour nos enfants. Le sous-titre du film est pour cela évocateur : « Il suffit de peu pour vaincre la malnutrition chronique ».  Car, il faut bien se rappeler qu’une mauvaise nutrition perpétue le cycle de la pauvreté. L’UNICEF révèle par exemple que « le Cameroun perd au moins 3% de son produit intérieur brut à cause de la malnutrition, ce qui représente une perte annuelle de plus de 348 milliards de FCFA ».  Plus grave, les chiffres de l’enquête EDS/MICS de 2011 montrent que « 7 régions sur 10 au Cameroun ont une prévalence de la malnutrition chronique de plus de 30% ». Bassek Ba Kobhio précisera même  que « le petit », l’un des héros de ce film, fait partie des 1,2 millions d’enfants atteints de malnutrition chronique au Cameroun. Pour éviter cela désormais, mettons des couronnes sur les têtes de nos enfants, des couronnes simples qui passent par des plats royaux et des régimes alimentaires princiers. Oui, ils sont désormais traités comme des princes dans le film, au sortir de la salle, bien entendu, c’est dans la réalité de chaque jour que les enfants doivent devenir des princes.


Dégoûtant, ce racisme maghrébin sur Internet.

Pourquoi tant de haine ? Regardez ces messages sur les réseaux sociaux:

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C’est à l’issue du match de football opposant la Guinée Equatoriale à la Tunisie à la Coupe d’Afrique des Nations 2015. Comme on le sait, l’arbitre de la rencontre a sifflé un « généreux » pénalty en faveur du pays organisateur, la Guinée Equatoriale, éliminant ainsi la Tunisie au stade des quarts de finales. L’arbitrage  maison n’est pas un concept nouveau en football, il n’est pas non plus né en Afrique, mais cela n’excuse pas l’arbitre. Cela n’excuse pas non plus les arbitres qui ont aussi favorisé la Tunisie en 2004 lorsqu’elle a organisé et remporté la CAN, ni l’Egypte en 2006, lorsqu’elle a organisé et remporté la CAN. Oui, insurgeons-nous et indignons-nous contre l’arbitrage partisan, mais quand les passions et les émotions se transforment en haine raciale, s’agit-il du football encore ?

Tweet 2

Lorsque Yecin Kaka « nique toute l’Afrique », c’est qu’il n’est pas africain alors ? Mais quand il dit « la Tunisie reste (…) la perle de l’Afrique » il se contredirait alors ? Maintenant, Yasin Chikawi ajoute ceci : « sales africains,vous êtes des singes ok, l’Afrique noire, vous êtes des esclaves ». D’accord, les africains subsahariens seraient donc des singes et des esclaves, soit ! Mais y’a-t-il pas des noirs en Afrique du Nord ? Y’a-t-il pas des noirs algériens, libyens, tunisiens ? Ce serait donc quoi l’Afrique blanche ? Et les blancs de la Namibie, du Zimbabwe, de l’Afrique du Sud ? Ils seraient des africains d’où ? Et puis, la colère des tunisiens peut être légitime, mais ce n’est pas « l’Afrique noire » qui a sifflé pénalty, c’est un homme imparfait qui a commis cette erreur comme des tas de blancs, jaunes, rouges ou basanés qui sifflent et contre sifflent des fautes ou supposées fautes. Non, les gars, ces insultes racistes n’ont que trop duré. L’Afrique est un continent et l’Afrique regroupe en elle toutes les races humaines. Que diront les indiens d’Afrique du Sud ? Que diront les arabe-choas   du Cameroun ou du Nigéria ? Oui, il y’a des blancs partout, des arabes partout, des noirs partout. Parmi eux, il y’a des justes et des tricheurs. N’insultez plus l’Afrique quand ça vous arrange, car souvenez-vous en football, vous avez été champions de cette même…Afrique !


Cameroun et Onu, Objectif 2015 : Fin de la polio !

« Cette campagne qui commence ce jour est primordiale, car si elle est de qualité, à savoir atteindre 97% des enfants, si notre pays n’enregistre plus de cas de poliomyélite, alors le Cameroun pourrait, à l’issue de la 3ème mission internationale d’évaluation de février 2015, être considéré comme ayant réussi à interrompre la circulation de la Poliomyélite ».

Ministre de la Santé, André Mama Fouda
Ministre de la Santé, André Mama Fouda

Voila les ambitions et les mots du Ministre de la Santé du Cameroun, André Mama Fouda, lors du lancement du premier tour de vaccination contre la polio, le 30 Janvier 2015 à Kye-Ossi, au sud du pays. Simultanément dans le pays, les agents vaccinateurs administrent la goutte qui sauve, à 5 620 885 enfants de 0 à 5 ans, pour mettre un terme à la circulation du poliovirus sauvage. Dans la région de l’Extrême-Nord, tous les enfants et adultes des camps des refugiés seront vaccinés, car le flux migratoire des populations nigérianes fuyant les attaques de Boko Haram l’impose.

Le Gouverneur du Sud, et ses adjoints
Le Gouverneur du Sud, et ses adjoints

Ici à Kye-Ossi, autre carrefour des flux migratoires entre le Cameroun, le Gabon et la Guinée Equatoriale, le Cameroun tient à protéger ses enfants afin de protéger aussi les enfants des pays voisins. Pour ce faire, le Maire de la Ville, le Sous-préfet de Kye-Ossi, le Préfet de la Vallée du Ntem, et le Gouverneur de la Région du Sud ont tenu à mobiliser les forces vives de la région, les autorités traditionnelles et religieuses, ainsi que les associations diverses autour du Ministre de la Santé, et des Représentantes de l’Onu, afin que cette campagne soit un franc succès à Kye-Ossi.

Najat Rochdi, parlant à Kye-Ossi et écoutée à Oyem et Ebibeyin
Najat Rochdi, parlant à Kye-Ossi et écoutée à Oyem et Ebibeyin

 A cet effet, Najat Rochdi, coordinatrice du système des Nations Unies au Cameroun, dira : « Nous sommes résolus dans le Système des Nations Unies à accompagner le Cameroun dans la réalisation de ses priorités de développement et dans ses efforts vers l’émergence ». Une émergence qui passe certainement par l’immunisation des enfants, leaders et décideurs de demain.