DANIA EBONGUE

Une journée avec Doudou l’infirmière

Chaque année, le 12 mai, on célèbre la Journée internationale des infirmières. Le thème cette année : « Les infirmières : une force pour le changement. Pour des systèmes de santé plus résilients ». Suivons l’infirmière Doudou, Chef du Centre Intégré de Santé de Bibémi, dans le Nord-Cameroun. L’un de ses combats est la lutte contre la malnutrition des enfants.

Etaincheité

« Dans mon centre de santé, lorsqu’il pleut, mon bureau est inondé à cause d’un problème d’étanchéité », nous dit Doudou Bouba, directrice du centre de santé intégré de Bibeni. Son centre couvre une population de 15.246 âmes, mais lorsqu’il y’a des cas difficiles, elle est obligée de les référer au district de santé. « Par exemple, les femmes ne peuvent pas accoucher dans mon centre, il y’a pas de matériel adéquat ici » ajoute-t-elle avant de préciser que ce centre se limite aux consultations prénatales, aux consultations préscolaires et aux consultations curatives. Seul le paludisme est véritablement pris en charge ici, car la pharmacie est inexistante. Et pourtant, tous ces manquements ne sont pas de nature à décourager l’infirmière Doudou Bouba. Arrivée à son bureau à 7h40, c’est avec le sourire qu’elle débute sa journée. « Moi j’ai choisi ce métier par passion, et non par nécessité. J’ai voulu être infirmière et j’en suis fière » dit-elle avec conviction.

Doudou au bureau

Doudou a débuté comme bénévole dans le district de santé de Kaélé (Région de l’Extrême-Nord) en 2006. Il a fallu attendre 2009 pour qu’elle soit intégrée dans la fonction publique camerounaise. « Sauver des vies, c’est une grâce » ajoute-t-elle avant d’aller superviser les ménages et les mamans-lumières dans le cadre du projet Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant(ANJE), déployé ici depuis fin 2015, grâce au Fonds des Nations Unies pour l’Enfance(UNICEF). En fouillant ses registres, Doudou constate qu’en novembre 2015, il y’avait 295 cas de malnutrition aigüe modérée dans son centre et seulement 254 en Janvier 2016. De même, il y’avait 190 cas de malnutrition aigüe sévère en janvier 2015, contre 59 seulement en Avril 2016 ! Des chiffres qui l’amènent à saluer les efforts déployés par l’UNICEF, le ministère de la Santé et les autres partenaires dans la lutte contre la malnutrition. 

Doudou et Femmes 2

Doudou se rend régulièrement dans les localités de « Sodécoton » et de « Wouro Kari » à la rencontre groupes de femmes qui sont très attentives aux conseils et aux échanges d’expérience qui  découlent de la parole échangée dans ces groupes. Sur sa moto de service aux couleurs de l’Unicef, la pèlerine du jour esquisse toujours ce sourire rassurant qui rappelle que pendant que le médecin s’occupe de la maladie, l’infirmière, elle, s’occupe du malade. Cette diplômée en soins infirmiers, formée à l’école des infirmiers de Garoua, a sous son contrôle 45 agents de santé communautaire qui sont déployés chaque jour dans les ménages. Ces agents aident les femmes à la bonne utilisation du sachet « VITA MIN » utilisé pour la fortification des enfants de 6 à 23 mois. « Les mamans elles-mêmes sont satisfaites par ce projet ANJE » clame Doudou avec fierté. Plus de 1350 enfants ont reçu cette poudre de fortification qui les rend plus forts, plus joyeux et mieux protégés face à certaines maladies de l’enfance. A 17h, à la fin de la tournée, l’infirmière Doudou peut enfin regagner son domicile, avec le sentiment du devoir accompli, celui d’être une force pour le changement et aussi dans l’espoir de susciter un  système de santé plus résilient.


Adoumri : L’hygiène d’abord

Quelle que soit la technique ou la méthode de préparation de la bouillie pour un enfant, c’est d’abord l’hygiène qui combattra la malnutrition au Nord-Cameroun. L’hygiène du milieu fait partie des messages complémentaires à mettre en avant dans tout programme de lutte contre la malnutrition, y compris le programme ANJE (Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant).

Nourriture au sol

De la nourriture posée à même le sol, à côté de la bouse de taureau, voilà un portrait qui est loin d’être caricatural ici à Adoumri, à 55km de Garoua, Région du Nord-Cameroun. Cohabiter avec les animaux (cochons, chevaux, ânes, brebis, vaches) est une habitude pour les communautés d’Adoumri. Ici, les éléments de la préparation de la nourriture de l’enfant sont souvent exposés à la poussière, et autres déchets de la nature, comme la bouse d’animal.  Si pour ce peuple d’éleveurs, cette cohabitation se fait depuis des lustres, l’agent de santé communautaire, Sehou Pascal est au milieu des femmes du village pour chanter un cantique nouveau, celui de l’hygiène systématique.

Depuis Juin 2015, à la faveur du projet ANJE, Pascal est un agent de santé communautaire, formé comme ses quatre compagnons, au Centre de Santé d’Adoumri, afin de s’adresser aux femmes de la localité pour modifier leurs comportements. Parmi les modules existant dans leur portefeuille, se trouvent les conseils relatifs à l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois de la vie de l’enfant, puis de la fortification de son alimentation avec le sachet « VITA MIN » de son 6ème mois à son 23ème mois. Mais le vrai combat est celui des règles d’hygiène à respecter.

Planche 14

La planche qu’il brandit devant les femmes d’Adoumri rappelle au sacro-saint principe du lavage des mains au savon avant et après toute activité relative au bébé. «  Le Wash ( Water and Sanitation Hygiene) est indissociable de la lutte contre la malnutrition » déclare Pascal. C’est vrai qu’entre la nutrition de la femme enceinte, la nutrition de la femme allaitante, et la nutrition de complément dès le 6ème mois de l’enfant, il est d’abord question d’hygiène. La zone du Nord est l’une des plus vulnérables aux maladies hydriques chez les adultes comme chez les enfants.

Les épidémies de choléra, poliomyélite, diarrhée, etc. trouvent leur nid dans les eaux souillées, les conditions hygiéniques douteuses, et la négligence des mamans. Pascal insiste alors auprès d’elle pour qu’elles comprennent que le sachet « VITA MIN » ne sera « un produit miracle » que lorsque son administration aura obéit aux normes hygiéniques élémentaires. Pour Temga André, Chef du Centre de Santé d’Adoumri : « les indicateurs sont positifs ici. On est passés de 10% de cas de malnutrition l’an dernier chez les enfants à 2% le mois dernier ».  En moins d’un an, le projet ANJE commence à porter ses fruits sur le terrain. Il est impulsé par l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’Enfance) afin de soutenir  le Cameroun dans sa lutte contre la malnutrition. C’est ainsi que dans les groupes d’action animés en public par les ASC, et les groupes de soutien animés par les femmes elles-mêmes et les mères-lumières (mères modèles et expérimentées), le langage est le même dans les séances de sensibilisation : « L’hygiène d’abord ! ».


Ces anges qui reçoivent un Anje

Au Cameroun, l’Enquête Démographique et Santé (EDS 2011) a révélé que 60% des enfants âgés de 06 mois à 05 ans souffrent d’anémie. La région du Nord étant l’une des plus touchées, elle accueille depuis Juillet 2015, le programme de fortification alimentaire à domicile et de promotion de l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE).

Jumelles

Pitoa, Région du Nord au Cameroun. Dans le quartier Lopéré, les jumelles Hassanatou et Housseinatou, âgées de 14 mois, sont toutes radieuses sur la natte posée dans la cour de leur concession. Leur mère, Maïramou Aminou, 22 ans, leur prépare une bouillie enrichie au sachet dénommé « VITA MIN », un produit local qui est une combinaison de plusieurs vitamines et de sels minéraux destinés aux enfants de 6 à 23 mois. Son geste, depuis le lavage des mains jusqu’à l’introduction du produit dans la bouillie de ses filles, est le fruit de la sensibilisation des relais communautaires ici. Ceux-ci, à l’instar de la matrone Kousyabe, sillonnent les ménages pour les messages de sensibilisation en termes de santé prénatale, néonatale et maternelle entre-autres.  Aujourd’hui, Kousyabe s’adresse à de nombreuses femmes, devant l’aire de santé de Langui-Pionnier. C’est une bourgade située dans l’arrondissement de Tchéboa, mais versé dans le district de santé de Pitoa, à 28 km de Garoua, la capitale de la Région du Nord Cameroun.  Ce sont en tout 32 femmes et 33 enfants qui sont inscrites dans le programme « ANJE » de cette aire de santé.

La Matrone sensibilise les femmes

Ces femmes ont adopté le sachet « VITA MIN » depuis juillet 2015 pour fortifier les enfants et les prémunir de certaines maladies comme l’anémie. Un paquet leur est remis pour deux mois d’utilisation. Tous les deux jours, la poudre est versée dans les repas des enfants et les résultats sont visibles. Pour Toudoukou Eliane, 27 ans, et mère d’un garçon de 17 mois : « Je voulais que mon enfant soit en bonne santé. Il ne mangeait pas bien, et souffrait régulièrement de diarrhée, mais depuis que je lui donne cette poudre, il a retrouvé son appétit. Mon mari trouve que l’enfant grandit bien ».

Toudoukou Eliane

C’est le même refrain chez Doubla Angèle, 32 ans, et dont le dernier enfant a 25 mois et est déjà sorti du programme. Elle affirme que « ce programme a fortifié mon enfants ;  il apparaît désormais plus jovial et plus heureux. J’ai beaucoup apprécié de lui donner la poudre, surtout que c’est gratuit ». La gratuité de ce sachet est en effet un facteur galvanisant auprès des femmes, en plus du sentiment patriotique qui est suscité le conditionnement de ce sachet «  fabriqué aux couleurs nationales du Cameroun » selon les nutritionnistes du ministère de la santé publique. Cette allusion n’est pas gratuite, car certains refus et certaines réticences des ménages viennent d’une perception méfiante vis-à-vis des produits importés, et l’éthique locale du produit « VITA MIN » a favorisé l’adhésion des femmes.

Esther

A quelques kilomètres de Langui-Pionnier, se trouve le village Langui-Moufou. Ici, Ayaome Esther, mère de 3 enfants, continue d’allaiter la petite Sissenganga, âgée de 10 mois. Ce petit ange est aussi un récipiendaire de la poudre de micronutriments et sa mère a fait tout de suite une comparaison avec ses deux premiers enfants : « Jusqu’à présent, l’aîné, qui est âgé de 5 ans a du mal à se nourrir. Il est très maigre et sa santé est tout le temps fragile. La 2Eme qui a 3 ans est régulièrement malade aussi. Si ces deux-là avaient eu cette poudre en leur temps, je suis certaine qu’ils allaient grandir aussi bien que Sissenganga ». La poudre de micronutriments semble donc faire l’unanimité dans la localité.  C’est vrai que dans un pays où 122 enfants sur 1000 meurent sans atteindre leur cinquième anniversaire, et que 1/3 de ces décès sont attribués à la malnutrition, l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’Enfance) appuie le gouvernement camerounais dans plusieurs programmes de lutte contre la malnutrition. Le programme « ANJE » vient donc renforcer cette lutte, afin que derrière chaque sachet d’ANJE, se cache le sourire de nos petits anges.


Afrique de l’Ouest et Afrique du Centre : deux poids, deux mesures.

Si l’alternance démocratique est une réalité dans plusieurs pays francophones de l’Afrique de l’Ouest, en Afrique Centrale, c’est encore une utopie.

38 nouveaux ministres depuis le 30 Avril 2016 au Congo de Denis Sassou Nguesso.  Finalement, la République du Congo dont le Chef de l’Etat a été réélu le 20 Mars dernier (à l’issue d’un passage en force constitutionnel) vit les premières heures du nouveau quinquennat de l’infatigable président Sassou, convaincu, comme la plupart de ses pairs de l’Afrique Centrale, qu’il est investi d’une mission divine à la tête de son pays. Son homologue du Burundi, Pierre Nkurunziza s’est sans doute dit la même chose, devenant complètement sourd aux injonctions de la communauté internationale qui lui demandait de ne pas briguer un 3ème mandat. Depuis lors, « les violences et les troubles causés par la décision controversée du président de briguer un troisième mandat ont déjà coûté la vie à 400 civils et ont forcé 230 000 personnes à fuir le pays », nous dit www.lemonde.fr

Mais pourquoi cette communauté internationale est-elle devenue si sourde à tout ce qui se passe en Afrique Centrale ? Serions-nous tentés de demander. Comment expliquer cette assurance hautaine et insolente des chefs d’Etats à jouer avec leurs constitutions ? Pendant ce temps, en Afrique de l’Ouest, on entend un autre son de cloche. Pourquoi le président Thomas Yayi Boni du Bénin n’a-t-il cherché lui aussi à charcuter sa constitution nationale ? Avait-il peur du Vaudou ? Peut-être, mais dans les pays où la culture démocratique est réelle, on sait qu’après deux mandats, on cède sa place. Toute la classe dirigeante en Afrique de l’Ouest se renouvelle, même au Burkina Faso où Blaise Compaoré s’était enraciné depuis des lustres, l’alternance est une réalité (même si elle est passée par la colère de la rue).

Pendant que les Chefs d’Etats de l’Afrique Francophone occidentale changent de visage, en Afrique Francophone du Centre, les mêmes visages restent. Paul Biya, en poste sans discontinuer depuis 1982,  Denis Sassou Nguesso, au pouvoir de 1979 à 1992, puis de 1997 à nos jours au Congo.  Idriss Déby Itno, est en poste depuis 1991 au Tchad. Joseph Kabila, lui n’est  là « seulement » que depuis 2001, mais on le suspecte déjà à tort ou à raison, de vouloir briguer un autre mandat, donc de tripatouiller lui aussi, la loi fondamentale de la RDC. En attendant, dans ce pays-là, le vrai Roi ces jours-ci est celui de la Rumba, Papa Wemba, arraché à la vie aux aurores du 24 Avril dernier. Lui, il aura en tout cas, un mandat à vie dans le cœur des mélomanes africains. Tant les hommages sont grands. Il est donc normal qu’il bénéficie des obsèques nationales, dignes, d’un Chef d’Etat.

Pourtant, il y’a une leçon que les dirigeants de la CEEAC devraient tirer de tout cela. Lorsque, Thomas Yayi Boni, ancien Chef de l’Etat du Bénin, vient superviser, au titre de l’Union Africaine, les élections présidentielles en Guinée Equatoriale, que peut penser Obiang Nguéma ? Au pouvoir depuis 1979 comme son compère du Congo Brazza, il doit certainement se dire que ses gens d’Afrique de l’Ouest ne comprennent rien aux délices du pouvoir. Ce qui a fait dire à France 24 que : « Sans surprise, en Guinée équatoriale, le président Teodoro Obiang Nguema, 73 ans, a été réélu avec un score officiel triomphal de 93,7 % à l’élection présidentielle du 24 avril, face à une opposition muselée ».  

 Bravo ! Tout cela prouve quand on regarde les scores que le « peuple souverain » est derrière son chef. Venez au Cameroun et vous entendrez cette rengaine partout. Donc, finalement, en Afrique Centrale, les peuples maintiennent longuement leurs chefs au pouvoir parce qu’ils ont compris que le chef doit mourir au pouvoir pour être un bon chef.  Au moins on lorgne avec un peu d’espoir, ce qui se passe dans la République Centrafricaine. Là-bas au moins, le pouvoir porte un nouveau visage, celui de Faustin-Arcade Touadéra, qui remplace Cathérine Samba-Panza (ancienne chef de la transition) à la tête du pays. Vous me diriez qu’il vaut mieux un éternel président à la tête d’un pays que d’un éternel conflit comme à la RCA. Peut-être ! Il est certain que beaucoup espèrent que la RCA sorte enfin de cette interminable spirale depuis l’élection de ce président, le 14 février dernier.

Car autant, on peut questionner ces pays d’Afrique Centrale où les président s’éternisent dans les palais, autant, on se demande si c’est normal que chaque fois qu’un illuminé inspiré décide de prendre le pouvoir en RCA, que le pays revive un éternel recommencement. Ange Félix Patassé, François Bozizé, Michel Djotodia ont occupé le fauteuil présidentiel ou militaro-présidentiel, de 1993 à 2014, soit trois présidents en 21 ans. Une moyenne d’un président tous les 7ans, la durée d’un mandat présidentiel au Cameroun. Tout compte fait, l’Afrique Centrale a mal dans sa gouvernance et…dans son alternance.

Zone CFA

Convergence entre Afrique de l’Ouest et Afrique du Centre ?

Le 9 Avril 2016, les ministres des finances, les gouverneurs des banques centrales et les présidents des institutions régionales de la zone Franc se sont réunis à Yaoundé pour réfléchir sur l’avenir du Franc CFA  les échanges entre les pays de la zone Franc. L’une des résolutions de cette rencontre c’est enfin, la convertibilité entre le CFA de l’Ouest et celui du Centre. On avait jusque-là, deux monnaies différentes pour la même zone monétaire. Un vrai mystère.  Pendant que de nombreuses voix s’élèvent, (dont celle du président Idris Déby Itno) pour sortir l’Afrique de la zone franc, on pourrait tirer une conclusion analogique : S’il y’ a convergence entre les CFA de l’Ouest et du Centre, pourquoi pas aussi une convergence de gouvernance ? Si les présidents de l’Ouest laissent aisément le pouvoir, pourquoi pas demain au Centre ?  


Ta pilule est amère !

Dolorès, je m’en vais encore te raconter une de nos histoires bien de chez nous. Toi qui es une femme, explique-moi, pour comprendre : La pilule du lendemain est-elle un crime ?

Me voilà en train de sillonner les routes du Cameroun. Je tombe un jour sur une consommatrice de Kanga (poisson d’eau douce du Cameroun), une jeune fille seule, isolée à Ayos que j’approche et j’aguiche pour la taquiner. A ma grande surprise, la jeune fille s’avérera intéressée et c’est ainsi que nous avons échangé nos numéros de téléphone.

Pendant quatre mois, nous avons essentiellement communiqué par sms. Elle faisait le tour du Cameroun pour vendre sa marchandise (la friperie) entre Yaoundé, Sangmélima et Ayos. Un jour donc, elle insiste pour me rencontrer. J’étais à la maison, je m’ennuie, et une présence féminine n’était vraiment pas de trop. Je lui indique mon domicile par sms, et la voilà qui sonne à ma porte.

Ce qui devait se passer, se passa…

Elle m’offrit son corps allégrement en guise de gratification pour mes quatre mois d’extrême patience dont j’ai fait montre. Il se trouve que Reyne (c’est son joli prénom), a tout juste 23 ans et est maman de deux enfants. Quand je lui demande des nouvelles des papas de ses enfants, elle répond que ce n’est plus à l’ordre du jour. J’ignore si elle me l’a dit juste pour que je la pénètre plus profondément, mais toujours est-il que l’adage dit que «  quand tu as une fille Bulu dans ton lit, profite en, car tu ne sais pas de quoi demain sera fait ». On dit de ces filles originaires du Sud-Cameroun qu’elles seraient légères, infidèles et caractérielles. Moi dans mon lit ce soir-là, je ne voyais qu’une fille généreuse, tendre, douce et alléchante. On finit donc par mélanger nos ardeurs bestiales au nom de notre rencontre autour d’un Kanga à Ayos.

Comme il fallait s’y attendre, la fille s’attacha. Elle nourrissait déjà des ambitions de vouloir vivre avec moi, devenir ma femme, et que sais-je encore. Le lendemain de nos premiers ébats, elle me réveilla avec un sms des plus effrayants : « J’ai envie de toi. Ce que tu m’as fait hier, n’est pas suffisant ». J’ai compris donc que j’avais trempé mon biscuit dans un bol de lait très chaud. J’ai voulu la repousser mais une partie de moi ne voulait pas donner l’impression à cette jeunette que j’étais un dégonflé de la première heure, alors, cet après-midi-là, rebelote !

L’adage dit qu’après deux rapports sexuels, une femme vous manque déjà de respect. C’est ce qui arriva Dolorès. Désormais, j’avais droit à un langage condescendant, agressif, et hautain à la limite. Reyne devenait une reine tyrannique. Elle savait me tenir par le mystère de sa morphologie. Et vint donc le samedi dernier…Reyne atterrit chez moi avec un objectif clair : « Te faire hurler comme tu aimes si bien quand tu es dans mes cuisses ». Toi-même Dolorès, on te dit un truc comme ça, tu fais comment ? Sauf que là, j’avais oublié de prendre mes précautions. Alors, à la première chevauchée, je m’arrêtai tout net pour demander : « Es-tu en période féconde ? ». Elle me répondit par l’affirmative, mais me somma de poursuivre mon action. Moi, convaincu qu’elle savait ce qu’elle faisait, je continuai sans demander mon reste.

Après ce frotti-frotta interminable, elle rentra chez elle. Je l’appelai pur lui demander comment on allait gérer ce coït exposé ? Car, je ne voulais pas l’entendre me dire demain qu’elle porte un fœtus. Oui, Dolorès, tu sais, nous les hommes on est comme ça,  on n’aime pas être piégé. Et patatras, elle me tient un langage incohérent :

  • Tu veux que je te dise quoi ? C’est entré, c’est entré !
  • Non, Reyne ! Je ne veux pas d’enfant je t’ai dit. Attends, je t’envoie de l’argent, tu fonces dans la première pharmacie et tu t’achètes la pilule du lendemain.
  • Okay, envoie !
Pilule du lendemain
Pilule du lendemain

Je lui envoie de l’argent via le transfert mobile, et quelques instants plus tard, elle m’envoie ce message :

  • Je ne suis pas une pute.
  • Quoi ? Les putes ont fait quoi ?
  • Je n’ai pas appris à être criminelle. Je m’en veux certes, mais rien ne vaut une vie humaine. Ça arrive, je vais porter ma croix. Adieu mon cher.
  • Pourquoi tu es têtue, avaler la pilule n’est pas un acte criminel ?
  • Ce n’est pas ton gosse okay ? C’est le mien !
  • Hein ? Tu fais la sorcellerie ?
  • Ne m’appelle pas sorcière. Écoute-moi bien, garçon. Je n’ai pas dit que je te donnais un enfant, surtout que tu n’en veux pas. Donc laisse tomber. Y’a plein d’enfants comme ça et ils s’en sortent.

C’est là que je me souviens qu’elle n’a jamais voulu parler des pères de ses deux premiers. J’imagine que c’est le même langage qu’elle leur a tenu. J’ai vu sa situation, sans emploi fixe, vivant chez sa sœur ainée, obligée de faire le tour du Cameroun pour écouler sa marchandise, et là voilà qui veut bêtement porter une nouvelle charge. Je rebondis :

  • Reyne, prends cette pilule s’il te plait !
  • Je dis non ! T’as pas à t’inquiéter. Je vais voyager d’ici peu. Je ne t’en parlerai jamais. Le temps fera en sorte que je t’oublie. Je ne t’en veux pas, tout est ma faute de m’être si facilement offerte. Ne m’écris plus, ne m’appelle plus !

Dolorès, je ne comprends pas, pourquoi refuse-t-elle de prendre la pilule ? C’est encore un concept de vos nouvelles églises ? Comment comprendre cette attitude ?


J’ai honte, Afrique Centrale.

La situation sociale de notre pays, le Cameroun est des plus préoccupantes en ce moment.

Voyez-vous, je suis un journaliste du service public au Cameroun. En apparence, je devrais me réjouir de mon « bon salaire » comparé à la plupart de mes collègues du privé. Cela devrait donc m’emmener à me taire et à ne rien revendiquer. Ceux et celles qui me font cette remarque chaque jour ne comprennent pas mon engagement dans mon blog, mon adhésion aux activités culturelles, humanitaires, et mon implication citoyenne dans toutes les initiatives qui peuvent faire bouger les lignes au Cameroun. Comment devrais-je me réjouir si mon robinet d’eau est coupé 6 jours sur 7 ? Comment devrais-je me réjouir si l’électricité est devenue un luxe pour ma maison ? Voilà simplement deux secteurs dans lesquels le Cameroun a mal dans sa gestion et dans sa gouvernance. Et le problème est que, les décideurs ne perçoivent pas encore la pertinence de la grogne sociale qui émerge de tous ces manquements, et de tous ces slogans à répétition qui ne changent aucunement le quotidien des populations. Je ne vous parle pas du secteur de la santé qui laisse vraiment à désirer. J’ai failli perdre mon épouse il y’a quelques semaines,  simplement parce qu’après un séjour à l’hôpital Gynéco Obstétrique, elle a été victime d’un faux diagnostic qui lui a plutôt provoqué des complications. Il a fallu l’interner pendant deux semaines dans une clinique privée afin qu’elle ait la vie sauve. Combien de camerounais ont cette alternative ? Combien ont même le minimum syndical pour payer un billet de cession de 500frs ? Les soulèvements qu’il y’a eu à la suite de l’affaire Koumatéké à Douala sont le reflet de la frustration de la majorité des camerounais, tous plus ou moins victimes au moins une fois, d’une négligence dans nos formations sanitaires publiques. Si vous ajoutez à cela, le secteur de l’éducation qui souffre de l’insuffisance des enseignants, de ceux qui sont mal formés et d’un système de promotion et de résultats douteux, vous avez entre vos mains, un Cameroun malade dans son éducation, sa santé, son eau, son énergie, et je n’ose même pas citer les infrastructures routières, etc. Pendant longtemps, le Football a été longtemps l’arbre qui cachait la forêt de la misère et du mal-être camerounais, aujourd’hui donc la gestion calamiteuse du bien public nous crache au visage ce qu’est réellement le Cameroun d’aujourd’hui. Pendant qu’on est unanime que le minimum n’est pas visible au Cameroun, ceux qui profitent du régime n’ont qu’un seul slogan de nos jours : que le président Biya se représente et que des élections présidentielles soient anticipées. Je suis sûr que beaucoup de camerounais ne se soucient même plus de qui doit siéger au trône présidentiel, tellement on leur a mis dans la tête que la politique est réservée, qu’elle est mauvaise et qu’elle est malsaine. La preuve encore, un regroupement de militants hier à Yaoundé, a fait sortir l’artillerie lourde de la police anti-émeute pour disperser la tenue d’une conférence de presse de ces partis de l’opposition. Tout cela est bien triste pour ce pays remplit de gens ouverts, sincères, plein de vie et d’énergie, mais confinés comme moi à attendre que les choses changent un jour. Car, quoiqu’on dise, il y’aura bien un après-Biya. Mais malheureusement,  je ne suis pas certain que l’après-Biya va résoudre les problèmes de notre chère République. Le mal camerounais se trouve désormais dans la racine et dans les gênes des mentalités anti patriotiques, anti citoyennes, et anti civiques. Tellement le Cameroun est devenu une jungle que chacun veut tirer son épingle du jeu, et la notion de bien public et de bien commun a foutu le camp, y compris auprès des décideurs de demain, les jeunes générations actuelles. C’est la raison pour laquelle je suis dans le bloging. Il est impératif que les blogs et les réseaux sociaux jouent le rôle de NOUVEAUX EDUCATEURS DE LA SOCIETE. Il s’agit pour moi, et pour ces nombreux blogueurs et bloggeuses pertinents du Cameroun, de bâtir par « Le Pouvoir des Mots », thème de la Francophonie 2016, une société que nous voulons plus juste, plus égalitaire, et plus développée. Parlant de la Francophonie, je suis attristé de constater que l’espace francophone africain s’illustre toujours par ces  Chefs d’Etats qui veulent se maintenir au pouvoir, par ces batailles interminables comme en RDC, ou en RCA, au nom de richesses du sous-sol qui provoquent tant de convoitises. Heureusement, le Mali, le Sénégal et le Bénin nous donnent l’espoir que des transitions pacifiques sont possibles dans notre espace francophone. L’Afrique Centrale a un peu du mal à suivre le bon exemple. Au contraire, ce sont des petits royaumes qui se forment çà et là, et c’est peut-être là que nous nous posons la question de savoir pourquoi la communauté internationale laisse-t-elle faire ? On me répondra sans doute que les dirigeants actuels pérennisent les intérêts des occidentaux en Afrique ! A tort ou à raison, l’Afrique a besoin de leaders plus charismatiques, plus consensuels, et cela n’empêchera en rien une coopération gagnante-gagnante avec nos partenaires. Sauvez cette Afrique Centrale! Donnez-lui de nouvelles couleurs, changez-la!


21 Mars 2016 : Journée Mondiale du Pain.

C’est un jour plein de symboles. Ostara est une fête païenne qui se célèbre aux alentours du 21 Mars. Cette fête symbolise le renouveau de la vie et de la terre. La déesse Ostara vient du mot Germain « Ost » ou « Est », ce qui se traduit aisément en anglais, Easter.

Easter signifie Pâques en anglais, et on sait très bien que Pâques est aussi symbolisée par des œufs. Les œufs de Pâques marquent la naissance ou la renaissance. Nous les mammifères sommes tous issus des œufs. L’œuf est le symbole de la rénovation périodique de la nature. C’est exactement ce qui arrive au Printemps après un Hiver rude et froid.  Selon la légende, cette Déesse sort de son sommeil chaque année pour envelopper la terre, lui redonner fertilité, vie et éclat. Les animaux s’accouplent, et c’est la période des prairies verdoyantes. Car ici, c’est la fête du Soleil Levant, souvenons-nous qu’il se réveille à l’Est, comme Easter.

Il y’a donc dans ce 21 Mars la force des fêtes religieuses. La Pâques chrétienne aura donc lieu le 27 Mars prochain. Mais en remontant à son ancêtre, la fête juive de Pessah, elle aussi était célébrée le jour de la Pleine Lune du Printemps. Cette fête, durant laquelle la pâte du pain n’a pas eu le temps de se lever, il est interdit de manger des aliments contenant de la levure. Le pain est donc au cœur de la religiosité. Le pain occupe en effet une place de choix dans la Bible comme dans le Coran. Le pain de vie, la manne, la multiplication des pains, et surtout la fameuse sainte cène qui est le symbole du partage. Aujourd’hui, nous sommes tous assis à la même table, celle des réseaux sociaux. C’est aussi un 21 mars que le cofondateur et actuel président de Twitter, Jack Dorsey publiait en 2006, le premier tweet.

Aujourd’hui, ce réseau social a 10 ans. Il est le symbole d’une humanité que les frontières ne divisent plus. Il symbolise le pain virtuel partagé par un clavier d’ordinateur ou les doigts d’un téléphone. Nous twittons aujourd’hui pour s’exclamer, dénoncer, appeler au secours ou interpeller sur une question locale ou planétaire. Cet outil est devenu indispensable pour les autorités, les décideurs et les entreprises. Le président Obama a twitté le 7 Novembre 2012 : «  Four more years » pour saluer sa réélection à la Maison Blanche. Il y’a eu aussi le premier tweet du Pape Benoit 16 le 12 Décembre 2012. Tant d’hommes et de femmes twittent dans le monde aujourd’hui. Un monde coloré qui nous fait penser à « une planète qui devient plus petite » comme un slogan d’une ancienne publicité d’IBM. Ces hommes et ces femmes twittent sans passeport, sans visa, sans nationalité. La seule race qui existe dans le monde des tweets est la race humaine. Ni blancs, ni noirs, ni beur, ni rouges, ni jaunes, ni métis. La Journée Internationale pour l’élimination de la discrimination raciale est célébrée chaque année le 21 Mars, pour commémorer ce jour de 1960, où à Sharpeville (Afrique du Sud), la police a ouvert le feu et tué 69 personnes qui manifestaient contre les lois de l’apartheid. Dans le monde actuel, les actes de discrimination raciale sont légion. Dans les discours haineux des réseaux sociaux, dans les propagandes terroristes, dans la profanation des symboles religieux, dans les stades de football. C’est la raison pour laquelle je salue la campagne de l’UEFA ( No to racism) qui nous rappelle que le football est un simple jeu et que la diversité des couleurs n’est pas un handicap, mais plutôt une richesse. Chacun a sa place dans la table de l’histoire humaine. Chacun y a son bout de pain, pain de vie, pain de partage, pain de collaboration mutuelle.

Dans la table du monde, le 21 Mars doit symboliser le retour du soleil, et ce que ce soleil peut nous apporter comme bienfaits. Le symbolisme de Pâques chez les chrétiens devrait nous apporter cette réponse lucide que l’humanité est Une et Indivisible. Il s’agit donc de mettre de côté nos vieilles habitudes hivernales au profit d’un nouveau printemps, celui de la fraternité et de la solidarité. J’ai beaucoup aimé le discours de Michaëlle Jean, Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de le Francophonie, à l’occasion du 20 mars, journée de la Francophonie 2016 :

« Les frontières sont tombées : du Mali à la France et à la Belgique, du Cameroun à la Tunisie, du Niger au Canada, du Tchad à l’Egypte, du Liban à Madagascar, du Burkina Faso au Québec et à la Suisse, du Vietnam au Burundi et à la Roumanie, les messages de solidarité sur tous les continents se sont mêlés. Alors saisissons l’occasion de ce 20 mars pour faire de notre langue commune une langue de résistance, en redonnant tout leur sens et tout leur pouvoir aux mots qui nous relient et qui nous unissent. Tous les mots nous parlent, mais certains plus que d’autres, parce qu’ils expriment l’essence profonde de la condition humaine. Liberté ; égalité ; solidarité ; fraternité ; diversité ; universalité ».

Oui, Liberté, égalité, solidarité, fraternité, diversité, universalité. Voilà les mots clés du printemps. Voilà comment on peut lutter contre le racisme. Voilà comment nous devons partager le pain, avec l’humanité entière. Car derrière le geste du pain rompu et partagé, ne se cache-t-il pas le mot « communion » chez les catholiques ?

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Mahama, l’élève courageux de Mémé.

 « Lorsque nous faisons le bilan des lieux des attentats, ce sont les marchés périodiques, les lieux de culte et les lieux de grands rassemblements qui sont visés. Nous sommes obligés de prendre ces mesures draconiennes. Mais, ça ne voudrait pas dire que nous allons éternellement fermer les marchés », nous dit le Préfet du Département du Mayo Sava dans l’Extrême-Nord, Monsieur Babila Akaou, qui a signé un décret d’interdiction absolue de la tenue des marchés périodiques dans son unité de commandement.

Babila Akaou

De fait, les attentats kamikazes à répétition dans sa zone l’ont poussé à prendre cette décision douloureuse, car le jour de marché dans toutes les localités de l’Extrême-Nord, sont des jours où l’économie respire. Seulement, les attentats du 19 février 2016 au marché de Mémé, sont venus renforcer cette mesure de sécurité. Conséquence, le marché est fermé et les villages voisins ressemblent désormais à des cimetières. Les femmes et les enfants sont confinés dans les maisons, et certaines familles n’ont pas eu de quoi se nourrir depuis bientôt une semaine.

Mahama à vélo

C’est le cas de la famille de Mahama Toukouba, 18 ans, élève en classe de 4ème au Lycée de Mémé. Sur son vélo, il revient de du lycée qui est à 7km de son village. Beaucoup de ses camarades ne sont pas retournés au lycée depuis le jour des attentats. « Nous étions en classe, puis subitement, le professeur nous a demandé de rentrer car un attentat venait de se produire au marché », nous révèle Mahama. Pourtant, juste après les cours, Mahama aurait dû se rendre à ce marché pour écouler ses biscuits, comme il le faisait jusque-là tous les vendredis. « Je vendais des biscuits et j’avais un bénéfice net de 500frs CFA tous les vendredis. C’est cet argent qui me permettait d’être un peu autonome toute la semaine. Mais quand je suis arrivé au marché, j’ai des gens morts couchés par terre, des policiers qui étaient nerveux, et le marché en ruine ».

Mahama

Mahama venait de découvrir de ses propres yeux, l’horreur tant décrite des terroristes de Boko Haram. Pour ce natif Mandara, on lui avait toujours dit que les monts Mandara étaient un cercle protecteur de sa tribu. Aujourd’hui, toutes ces considérations sont tombées, au profit d’une vulnérabilité et d’un traumatisme qui ont gagné les populations de la localité. « J’ai eu peur ; j’ai été révolté et pourtant, je ne dois retourner à l’école ». C’est vrai qu’au lendemain des attentats, les écoles ont quelque peu été désertées et pour Mahama, il n’en est pas question. La vie doit reprendre son cours normal à son avis, surtout qu’il y va de son avenir.

Elèves de la ville de Mora
Élèves de la ville de Mora

« Mes parents se sont sacrifiés pour acheter ma bicyclette. Si je reste à la maison, ce sera pour faire quoi ? Boko Haram veut détruire nos marchés, notre économie et même notre éducation ? Non, jamais ! » Dit-il avec une pointe de défi personnel. Mahama ne veut pas céder au désespoir et au fatalisme. Son rêve est que l’arrêté préfectoral soit le plus rapidement levé pour qu’il fréquente à nouveau le marché de Mémé. Dans ce marché comme celui de Mora et ses environs, les agriculteurs et éleveurs écoulent différents produits (oignons, carottes, ruminants, etc.), des semences et bêtes qui sont remises à ces populations victimes de Boko Haram afin qu’elles mettent en place des activités génératrices de revenus, ceci grâce au gouvernement du Japon qui a appuyé les agences onusiennes, FAO, UNESCO et PNUD pour la résilience de ces populations. Un challenge possible, car les élèves de Mora et de Mémé comme Mahama, savent que la reconstruction est nécessaire et possible, et celle-ci passe par la résilience aussi.


Mokolo, Le Lycée multilingue de la Paix.

A force d’appeler le marché principal de Yaoundé à Messa, comme étant le marché « Mokolo », on a occulté que cette ville de l’Extrême-Nord, chef-lieu du Mayo-Tsanaga, est l’une des plus belles, des plus tracées et des plus touristiques du Cameroun. Entourée de rochers, de pierres et de montagnes, les rues de Mokolo renvoient chaque après-midi, l’agréable spectacle visuel du ballet des tenues scolaires.

On ne s’y trompe pas évidemment, c’est le vrai Mokolo ici, la ville, le département, l’héliport, mais surtout le cosmopolitisme ethnico-religieux qui lui confèrerait même le statut de capitale régionale. Pendant que ce débat se susurre entre voyageurs qui découvrent cette ville pour la toute première fois, c’est la vue de la résidence présidentielle qui va mettre tout le monde d’accord. Mokolo est une grande agglomération !

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Mokolo c’est donc un grand lycée, pas seulement Le Lycée classique de la ville, dont les élèves sont reconnaissables avec leur tenue couleur bleu ciel, mais aussi et surtout le Lycée Bilingue est devenu le lycée de la paix. Ce lycée accueille des élèves venus de tout le pays et même du Nigéria voisin. La chemise blanche et le pantalon bleu marine donnent du charisme à ces élèves assidus dans la cour dans cette période de contrôles continus.

M Zouksia, Proviseur du Lycée Bilingue de Mokolo.
M. Zouksia, Proviseur du Lycée Bilingue de Mokolo.

 C’est Monsieur Zouksia qui est le proviseur de ce lycée. Il a accueilli depuis septembre 2015, 300 élèves camerounais, qui sont des déplacés internes dont les villages ont été ravagés par la secte Boko Haram. «  Cela a été un vrai choc de les voir arriver ici par vagues. Beaucoup avaient même été déscolarisés depuis plus d’un an. Par exemple, j’ai ici 4 élèves en provenance du CES de Zéléved qui a dû être fermé à cause des terroristes », nous confie le proviseur. Trois autres élèves proviennent d’Amchidé, autre localité dévastée par la secte. Alors, arrivés ici à Mokolo, le premier défi était celui du logement. Si certains ont eu la chance d’être recueillis par des parents proches, pour d’autres, il a fallu trouver des familles d’accueil. Certaines ONG ont dû financer la scolarité de 70% des élèves, et l’Etat également a géré une partie, et trois nouvelles salles de classes ont été construites. « Aujourd’hui, le lycée compte 1814 élèves en tout. Un internat est même en construction, car beaucoup de nos élèves déplacés ont encore du mal à se loger convenablement », ajoute le proviseur. Alors, dans un tel contexte de panique et de méfiance, le déplacé n’est pas toujours rapidement accepté.

Pour cela, l’UNESCO ( Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture » a mis en place le concept d’ambassadeurs de la paix, ces jeunes élèves qui prêchent le vivre-ensemble, la tolérance,  et la cohésion sociale.

«  Ici au lycée bilingue de Mokolo, nous vivons avec des élèves déplacés qui viennent pour la plupart de Tourou. La cohésion sociale c’est donc le fait que des populations de plusieurs ethnies vivent désormais ensemble. Les conflits commencent souvent dans des établissements scolaires, puis ça monte au quartier et dans nos villages. C’est pourquoi, nous, ambassadeurs de la paix de Mokolo, avons décidé de barrer la route au conflit. Le conflit barre tout sur passage. Il détruit les maisons, les villes, les routes, les hommes. La paix est donc le fondement de tout développement».

Tara Gorkansou Nathanaël
Tara Gorkansou Nathanaël

Ce discours de Tara Gorkansou Nathanaël (président des jeunes ambassadeurs de la paix de Mokolo),  fortement applaudi par les autres ambassadeurs de paix venus des autres lycées et collèges de Mokolo, montre à suffisance que la jeunesse a compris que c’est par elle et pour elle que les germes de la paix doivent être semés. Un sourire de fierté se lit sur le visage du proviseur Zouksia. Les propos de son élève de Lower Sixth Art (Classe de Première Littéraire anglophone) résonnent comme l’accomplissement d’un long combat qu’il mène au sein du corps enseignant, afin qu’aucune communauté ne soit marginalisée ou stigmatisée.

Jeunes Ambassadeurs de la Paix de l'Unesco à Mokolo
Jeunes Ambassadeurs de la Paix de l’Unesco à Mokolo

Les jeunes ambassadeurs de paix de l’UNESCO répondent ainsi au projet de résilience des personnes déplacées, des communautés hôtes et autres groupes vulnérables face aux crises à l’Est et à l’Extrême-Nord, mis en œuvre par les agences UNESCO, FAO et PNUD de l’ONU, sous financement du gouvernement du Japon. Ici au Lycée Bilingue de Mokolo, on est multilingue. On parle français, anglais, fulfulde, arabe, mafa, kapsiki, matal, etc. Chacun vient de dire le mot « paix » en sa langue. Et là, une chose se dégage, le salut dans les langues africaines, quelles qu’elles soient, exprime des airs paisibles de bienvenue. Car, au lendemain du 70ème anniversaire de l’UNESCO et de l’ONU en général, il n’est peut-être pas superflu de rappeler que :

« Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix« .


Parce qu’il faut sortir du cycle de la pauvreté.

Abdou Saïdou est un chef de 3ème degré, et son village Kosseon fait partie des 19 villages de la localité de Zamaï dans la région de l’Extrême-Nord, département du Mayo-Tsanaga dont le chef-lieu est Mokolo. Dans ce bout de terre du Cameroun, se trouvent beaucoup de nigérians, victimes des exactions de la tristement célèbre secte Boko Haram, mais également des déplacés camerounais, qui se chiffrent déjà en tout autour de 158 000 déplacés internes.

Abdou Saidou, Lawan de Kosseon
Abdou Saidou, Lawan de Kosseon

Abdou Saïdou s’en souvient comme si c’était hier : «  Le Préfet du département était passé nous voir pour nous demander d’ouvrir nos portes aux déplacés qui fuient Boko Haram ». Son geste de solidarité sera significatif, puisque 117 personnes seront reçues dans un site qu’il a spécialement aménagé pour eux. « Ce sont des bergers pour la plupart » précise-t-il.  C’est ainsi que femmes, enfants, bergers et bétail (moutons, bœufs, ânes) feront désormais partie du quotidien des villageois de Kosseon. « C’est vrai que les gens de chez moi étaient sceptiques au départ. Vous savez, accueillir un étranger, fut-il de votre propre pays s’entoure toujours de méfiance » ajoute-t-il avant de relater que la méfiance a cédé le pas à la collaboration désormais effective entre les locaux et les déplacés, surtout lorsqu’un beau jour, le projet de réponse rapide pour le renforcement des capacités de résilience et de prévention des conflits, financés par le Japon, et mis en œuvre par les agences onusiennes PNUD-FAO-UNESCO a vu le jour à Kosseon.

« J’ai reçu 10 poulets pour commencer l’élevage de la volaille. A d’autres personnes, on a remis des chèvres, et d’autres ruminants. On nous a même construit des enclos. Franchement, ma vie a changé, et celle des gens de Kosseon aussi. Voyez-vous, quelqu’un était pauvre, et du jour au lendemain, il gère une affaire, il vend et peut nourrir sa famille. Ce n’est plus comme avant, lorsque je galérais ».

Cette confession du Lawan est lourde de sens. La venue des déplacés et de leur bétail suscitait déjà quelques convoitises malveillantes, et la réponse apportée par ce projet a vite fait de transformer les convoitises en rêve. Désormais, les 6 enfants de Abdou Saïdou raconteront aux enfants de leurs enfants qu’un simple projet a permis à son village de faire germer une économie réelle, de permettre un dialogue avec des populations venues d’ailleurs, mais surtout, de sortir du cycle de la pauvreté.

La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) a offert aux populations du Mayo Sava, du Mayo Tsanaga et du Logone et Chari, 1500 foyers améliorés, et 800 ménages ont également reçu des kits agricoles, sans parler des 5 parcs vaccinogènes à réhabiliter dans les différents marchés, parce qu’il s’agit d’attiser les germes du vivre-ensemble, les semences de la paix, et les récoltes du développement.