DANIA EBONGUE

Pour la vaccination, il ne faut surtout pas perdre le Nord

S’étendant sur près de 70 000 km2, la Région du Nord au Cameroun est voisine du Nigéria, du Tchad et de la Centrafrique.  Elle est composée de quatre départements (Bénoué, Faro, Mayo-Louti, Mayo-Rey). Cette région regroupe 15 districts de santé pour couvrir les activités sanitaires, notamment, la vaccination. A Djipporde, dans l’arrondissement de Lagdo, le lac offre une grande opportunité pour ne pas manquer les enfants.

Une phrase forte de l’UNICEF est à retenir : « La vaccination sauve deux à trois millions de vies chaque année. En protégeant les enfants contre les maladies graves, les vaccins jouent un rôle essentiel dans l’éradication des décès évitables d’enfants ».  Voilà pour le principe, mais dans certaines régions du Cameroun, les cas de refus, le poids des traditions et les rumeurs sont un frein à la vaccination. Or, selon Monsieur Boukar, point focal comité régional de coordination et de suivi des activités du forum des gouverneurs dans la région du nord, «  nous sommes toujours dans le cadre de la prévention, parce que nos voisins sont encore exposés au polio virus sauvage. La vaccination au plan clinique relève de la santé, mais plusieurs secteurs sont concernés ».

Les secteurs et les moyens d’action en l’occurrence. Autorités administratives, traditionnelles et religieuses sont les premiers qui exercent le plaidoyer auprès des populations. Dans cette région où les populations nomades sont nombreuses du fait de l’activité de l’élevage, les enfants manqués pendant les vaccinations sont nombreux. Il y’a aussi une conséquence directe sur les parents informés. Le seuil acceptable de parents informés est au moins de 95%, mais ce seuil n’est presque pas atteint, nous confie le point focal. Il faut donc doubler d’ardeur dans la sensibilisation de proximité, notamment par les relais communautaires et les agents de santé communautaires. Cette activité est appuyée par l’UNICEF afin qu’aucun enfant ne soit manqué lors des opérations de vaccination.

A Djipporde, localité située dans l’arrondissement de Lagdo, à 50 km de la ville de Garoua, la pêche est l’activité principale, en raison de la présence du lac. Alhadji Yaya Denis, le Chef du Centre de Santé de Djipporde annonce qu’en 2018, il y’avait une activité de vaccination une fois par mois au Lac. Cette année 2019, il est question d’en faire quatre par mois. Le lac réunit en effet la majorité des populations de Djipporde. On est sûr d’y rencontrer les parents, et notamment les mamans qui sont au marché qui est à proximité. L’agent de santé communautaire  Bayang Djaklessam a justement le lac pour zone d’action. Il suit les nettoyeuses de poissons ainsi que les commerçantes du marché pour ne pas louper les enfants qu’elles portent sur le dos. Il va aussi jusqu’à Lagdo-Centre, et prend la pirogue pour aller vacciner les enfants des iles voisines (Madagascar, Firabaga et Bakassi entre autres). Un parcours important, et nécessaire selon lui, pour ne pas perdre…le nord !


Je suis un camerounais qui se met à l’heure américaine sur les TV françaises

Voyage au cœur d’un weekend télévisuel, entre le rugby, le football et le Super Bowl sur la télévision française. Chronique d’un curieux zapping…

Vendredi.

Je guette le programme TV. La chaîne de télévision France 2 annonce la diffusion du Tournoi des 6 Nations 2019. Je n’aime pas le rugby. Je le trouve détestable, ennuyeux, et pas assez excitant. Mais ce n’est pas tout à fait vrai. J’aime le rugby des nations. Et plus encore, j’aime le rugby, quand des joueurs descendants camerounais y participent.

Pour Romain Ntamack, je décide de me connecter sur France 2. Il est 21h et le match ne commence pas. A la place, on a droit à une série sur les meurtres d’Agatha Christie. Canal+ Afrique – qui distribue les images de la chaîne publique française – a pris l’habitude de mettre des programmes de substitution quand la question des droits TV sportifs se pose. Je vais sur TV5Monde. Ici, c’est le championnat de France Ligue 1 qui se joue. C’est à 23h que TV5Monde diffuse le match de rugby, France-Pays de Galles, en… différé. Dommage, j’ai déjà le score, et la rencontre n’est plus d’aucun intérêt pour moi.

Samedi.

Je n’ai qu’une seule heure en tête. 21h. Reims affronte Marseille en match de Ligue 1. La rencontre sera diffusée en clair sur C8, tout comme sur Canal+Sport. J’ai le privilège de suivre la rencontre sur les deux chaînes. L’exercice est exaltant, car il me permet de suivre deux duos de commentateurs différents (François Marchal-Sidney Govou sur C8 et  David Berger-Franck Sauzée sur Canal + Sport).  Et je découvre un gardien de buts phénoménal. Le sénégalais Edouard Mendy est l’homme du match. Je ne serai même pas surpris que le Sénégal le choisisse comme gardien titulaire à la Coupe d’Afrique des Nations, Égypte 2019. Il encaisse certes un but du camerounais Njie Clinton, mais empêche trois occasions nettes de buts aux phocéens. Marseille (mon club de cœur) perd encore, dans une soirée, où j’ai même sacrifié un rendez-vous galant pour prioriser la télécommande. Sommeil  amer, soirée triste.

Dimanche.

Lyon affronte Paris en Football. Pour tout supporter marseillais comme moi, c’est pas la plus belle soirée, car voilà les deux clubs qui nous devancent en performances depuis une décennie. Néanmoins, une partie de moi aime ces deux clubs. Lyon et Paris sont en effet deux villes dans lesquelles j’ai séjourné en France, mais ma préférence est absolument lyonnaise. Comme feu Marc Vivien FOE, je suis le lion de Lyon.  Je me branche donc sur Canal + à 21h. En réalité, c’est pour mieux attendre 23h 55 pour me mettre à l’heure US sur TF1, mais la rencontre me fascine, d’autant plus que c’est la première défaite de Paris cette saison 2018-2019 en Ligue 1. Lyon l’emporte 2-1 et c’est jouissif !

Finale du Super Bowl 2019.

J’ai là une occasion en or de me venger de la déception de vendredi. A défaut du rugby, me voilà en train de regarder la finale du Football Américain (Super Bowl). J’avoue, c’est plus par curiosité qu’autre chose. En réalité, j’ai toujours cru que le rugby et le Super Bowl étaient le même sport. Que non ! La différence entre les deux disciplines est réelle. Les protections, les tailles des ballons, les pays pratiquants, le nombre de joueurs, etc.

L’heure américaine.

Quand il est 23h 30 à Yaoundé (et Paris en hiver), quelle heure est-il à Atlanta ? Il est 17h 30, donc je me mets au café. Six heures de décalage ce n’est pas évident. Il faut veiller toute la nuit pour être certain de ne pas manquer un show américain (Golden Globes, rencontres NBA, Oscars, Grammy Awards, Finale du Super Bowl). La finale du football américain se joue à Atlanta, et elle oppose les patriotes de la Nouvelle Angleterre (où il est 16h 30), aux Rams de Los Angeles (où il est 14h 30).

A minuit, TF1 lance le show :

Entre la présentation des équipes, notamment la star Tom Brady, le « serial winner » de New England, les records sont mis en évidence : 100 millions de téléspectateurs américains, 75.000 spectateurs dans le stade qui déboursent en moyenne 7.000 dollars la place, sans parler de 30 secondes de publicité qui valent 5.240.000 dollars.

Dans cette Amérique des apparences, il faut ajouter les deux frissons musicaux d’entrée de scène. Chloe et Halle, les deux protégées de Beyonce, et la diva Gladys Knight, qui entonne l’hymne des Etats-Unis avec quand même 8 récompenses aux Grammy Awards dans son escarcelle. 

A minuit 30 (18h 30 à Atlanta) la rencontre commence. Le premier quart-temps est serré. 0-0.

Pendant ce temps, je me balade sur Twitter. Les belges sont en colère. Là-bas, la chaîne TF1 est bloquée pendant le Super Bowl. Cela me rappelle le désarroi des africains pendant la Coupe du Monde Russie 2018, ou encore le Tournoi des 6 nations il y’a deux jours sur France 2. Heureusement, cette fois-ci, TF1 est accessible en Afrique, or en Belgique, «BBC et TF1 ont finalement décidé de bloquer ou de faire bloquer le signal sur toutes les plates-formes», selon le site Internet l’avenir, au profit de la chaîne payante Eleven. Le sport est une denrée précieuse. Si en plus, c’est un show américain, je peux comprendre le désarroi de mes amis belges. Sur le terrain, le deuxième quart-temps s’achève. Les patriotes mènent les rams de Los Angeles, 3-0.

C’est la mi-temps. Il est 2h 08 à Yaoundé (20h 08 à Atlanta). Le concert de la mi-temps est assuré pendant 13 minutes par Maroon 5, accompagné de Travis Scott et Big Boi. Spectacle insipide. On est loin des performances de Michael Jackson en 1993, Janet Jackson en 2004, Madonna en 2012, ou encore Justin Timberlake en 2018. J’ai eu la confirmation cette nuit que la musique américaine n’est plus celle des années 1980 à 2000, là où chaque mélodie était un frisson. Il est loin le temps où chaque nouvelle sortie aux Etats-Unis était un tube. A l’image de cette finale du Super Bowl, ce concert était terne et triste. Le Maroon 5 que j’ai vu est loin de ce qu’il m’avait proposé en 2016 avec le single « Don’t wanna know ».

3h 10 (21h 10 à Atlanta). Le score est de 3-3. L’un des plus serrés de l’histoire des finales de ce sport. Mais il faut au moins se réjouir du vocabulaire des dimensions du terrain. On parle des yards et non des mètres. 1 yard = 0,9144 mètre.  J’ai entendu parler aussi de sack (lorsqu’un quaterback  se fait plaquer avec le ballon derrière sa ligne de mêlée avec une perte de terrain comme conséquence. Il y’ a aussi le touchdown (touché) de Sony Michel qui vaut 6 points. A 1 minute de la fin,  3 points supplémentaires scellent la 6ème victoire des Patriotes de Nouvelle Angleterre, et font ainsi de Tom Brady, le recordman absolu avec 6 Super Bowl remportés également à 41 ans. Il est 4h 05 à Yaoundé (22h 05 à Atlanta). J’ai tenu, je n’ai pas somnolé, je n’ai pas dormi.

Le weekend est terminé. Nous sommes lundi.


Quelques camerounismes. Partie 2.

Elles reviennent, ces expressions camerounaises. Ce français exotique que je vous mets au défi de comprendre. On appelle cela des camerounismes. Ce dialogue improbable entre une mère et son fils au sujet d’une porte coincée est un film à suspense…

  • Vraiment je ne me reproche de rien !
  • N’est-ce pas hein ?
  • Oui, je ne me reproche de rien ma mère.
  • Qui m’a alors fait comme ça ?
  • Ce n’est pas moi ooh Rémé . Je suis quitté de la maison à 16h.
  • Et tu es sortie dehors sans les clés ?
  • Sans les clés comment ? Nanou était dedans non ?
  • Quitte de là ! Et c’est Nanou qui coincé la portière de la maison ?
  • Moi je ne sais pas hein. Tu sais que ta fille marche déjà trop. Tous les jours, elle monte en haut là-bas chez les Théo. Je mise côté qu’elle est là-bas.
  • Fiche-moi l’air ! Tu veux dire qu’à 14 ans, elle a déjà quelqu’un sur elle ?
  • Mater, moi je te dis hein, depuis qu’elle a géanci, elle fait les manières.
  • Qui a alors coincé ma maison ? Donc je vais que dormir dehors ? J’attends votre père ici, il va vous traiter.
  • Moi quoi sur ça ? Pardon demande à ta fille comment elle fait avec la porte là.
  • Tu n’as même pas honte hein ? tu trahis ta sœur ?
  • Je ne la trahis pas, j’ai seulement moi dit la vérité.
  • Moi aussi j’ai sauf que dit ma part. Quand ton père va rentrer de ses alcools ça va chauffer.
  • Ah ça ! Ça va seulement cuire.


Android Night (La nuit Android)

Je suis subjugué, fasciné, conquis…

J’ai reçu la bande  dessinée camerounaise de deux auteurs : Darius Dada et Cédric Minlo…

Quand le monde est monde. Loin de ceux qui nous pourrissent les réseaux sociaux avec des polémiques nauséeuses pour se faire remarquer dans une sphère futile, celle d’un remue-méninge sans fondement. La toile camerounaise est remplie d’arrivistes, parvenus, intrus, de gens donneurs de leçons, moralisateurs mandatés par leurs intérêts cyniques. Bref, une toile entachée de profils inquiétants, proche de la maladie mentale. Passons !

Mais sur la toile camerounaise, fouillez et vous trouverez aussi des génies, des êtres d’exception. Darius Dada, en fait partie. En 2016, il était parmi les photographes retenus pour la Coupe d’Afrique des Nations Dames au Cameroun. Et sa générosité était telle qu’il partageait ses photos avec nous sur son mur Facebook. Oui, Darius ne réclamait pas ses copyrights. Il nous faisait un reportage photo, qui me permettait, moi, qui étais en Europe, de suivre le pays avec lui. J’ai utilisé ses photos pour animer le hashtag #YesWeCan2016, hashtag qui nous contait la belle histoire des Lionnes Indomptables du Cameroun avec leur public.

Et comme par hasard…

20 Septembre 2018. Les Lionnes Indomptables sont en demi-finale du Tournoi de Football Féminin de la COSAFA (Afrique Australe). Elles affrontent le Ghana.

 

Pendant que Ngo Mbeleck délivrait le Cameroun avec son but victorieux, je reçois un colis extraordinaire. Je tombe sur une BD et un dossier de presse. Darius Dada et Cédric Minlo me dédicacent tous les deux leur ouvrage. 52 pages d’une bande dessinée camerounaise, imprimée sur papier glacé aux éditions Waanda Stoudio. Un ouvrage drôle, bien écrit, « un univers de rencontres, ce pot-pourri de personnes d’allures et d’extraction différentes, en quête d’une aventure » selon la note de l’éditeur.  On y parle de Yaoundé, avec un récit qui nous parle de ces gens connectés, ces gens « Android ».  La jeunesse branchée de la capitale camerounaise (Mengo et Lynchie) est mise en lumière, avec le « camfranglais », l’argot du Cameroun. La bande est tellement connectée qu’un code QR nous permet d’y accéder.

Voilà donc le choc de ma journée. Deux auteurs ont pensé me livrer le secret de leur créativité et de leur imagination. Deux jeunes camerounais, qui ne sont pas dans les polémiques inutiles, dans les débats creux, dans les disputes politiques ennuyeuses, dans les débats sans saveur. Mon Android Night a commencé. Et je vais lire la BD jusqu’au bout. Mieux, Darius et Cédric. Sachez que « Android Night » sera le titre d’un épisode de ma future émission TV. Oui, chers auteurs, avec vous, je peux affirmer déjà : #YesWeCan2019


Le Cameroun ou la France ?

Nwal-Endéné “Endy“ Miyem, Olivia Epoupa et Diandra Tchatchouang sont des françaises d’origine camerounaise. Trois joueuses que la France adule, et que le Cameroun admire à distance. Elles portent le maillot de l’équipe de France de Basketball. Et moi, je n’ai que mes larmes…

Le Cameroun aurait pu être à cette compétition, mais ce sont les équipes de Basketball sénégalaises et nigérianes qui représenteront l’Afrique à la coupe du monde FIBA féminine 2018 en Espagne. C’est d’autant plus dommage que le Sénégal et le Nigéria qui représentent le continent africain, dominent la scène continentale depuis au moins 3 ans. En 2015, les Sénégalaises sont venues battre le Cameroun à domicile en finale de l’Afro Basket 2015. Il est donc clair que les couleurs camerounaises ne brillent pas dans les championnats mondiaux.

Farnce-Cameroun du Sport( By DANIA EBONGUE)

C’est alors qu’on s’attarde sur trois patronymes : Miyem, Epoupa, Tchatchouang. Trois patronymes qui ont la résonnance de la forêt, de la côte et des hauts plateaux du Cameroun. L’équipe de France féminine de Basketball a en son sein trois joueuses originaires d’un pays où le Basketball féminin se cherche encore. Cette équipe de France, deux fois titrée championne d’Europe (2001, 2009), médaillée de bronze aux Jeux Olympiques de 2012 peut se targuer d’avoir comme capitaine, Nwal-Endéné Miyem justement.

Il est vrai que ces braves dames doivent tout à la France de leur enfance, la France de leur formation, la France de leur professionnalisation, la France de leur titularisation, la France de leur consécration. Bref, elles ne doivent rien ou presque au Cameroun. Un peu comme Umtiti et Mbappè (champions du monde en football), Bruno Ngotty (buteur et vainqueur de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe en 1996 avec le PSG), Earvin Ngapeth (double vainqueur de la Ligue Mondiale de Volleyball, champion d’Europe en 2015), Gévrise Emane (plusieurs fois championne du monde et d’Europe de judo), Adrien Dipanda (champion du monde 2017 de handball), et bien d’autres. 

On a dans tous ces noms camerounais qui évoluent pour la France, un double sentiment de fierté et de frustration. Comment de tels talents ont pu échapper au Cameroun ? Pourquoi c’est la France qui déniche ces perles qui portent du sang camerounais ? Comment expliquer que l’Hexagone réussisse plus facilement à ces athlètes que leur pays d’origine ? Est-ce le fait de nos infrastructures ? Le fait de nos médias qui ne valorisent pas assez nos sportifs ? À qui la faute ? 

En tout cas, derrière ces trois joueuses, lorsqu’elles apparaissent à l’écran, des familles camerounaises vont jubiler et s’exclamer : « Voilà ma cousine ! Voilà ma nièce ! », même si la cousine ou la nièce a un passeport différent. Après tout, que ce soit le Cameroun ou la France, la seule couleur identique aux deux pays est le rouge. La couleur du sang, comme par hasard.  


L’histoire du pain-saucisson

Une affaire sordide de saucisson. Un vrai coup tordu. 

C’est jour de rentrée scolaire au Cameroun. Je me souviens que lorsque j’étais élève au CP, à l’école publique bilingue du GMI à Bamenda, j’avais un camarade, devenu ami et frère, nommé Ekotto Ekotto Romain Philippe. Un gars brillant. Nous étions concurrents, parce qu’il était premier et j’étais deuxième. Et quand j’étais premier, il était deuxième. Au CE1, Romain et moi avons été ex æquo au moins trois fois. Je suis EB et lui EK. Je suis donc premier par ordre alphabétique. Romain ne le digère pas et il sera premier jusqu’à la fin de notre cycle scolaire. Frustré, je me suis alors demandé : « Comment fait-il pour être tout le temps premier » ? Je compris dès lors que la réponse se trouvait dans son goûter. Oui, Romain était un enfant « bobo », une voiture le déposait chaque matin à l’école tandis que nous venions à pied. Nous écumions les quartiers de Bamenda à pied, alors qu’il profitait d’une vie dorée et climatisée à « Up Station ». 

Son secret ? Le pain saucisson. Oui, il avait un sandwich salé, avec du beurre et du saucisson. Rien que ça ! J’ai mordu ce pain lors d’une récréation, et, le temps d’une digestion rapide et éphémère, je me suis mis à maudire mes parents pour le côté rustre de mes pauses, sans pain-saucisson. Je trouvais cela bizarre de me contenter de beignets, de galettes, descroquettes et autres coquetteries insipides qui agressaient mon auguste palais. Je voulais désormais le pain saucisson de Romain. C’était une question de vie ou de mort. Alors je suis allé agresser ma mère qui était morte de rire : « tu veux te complexer pour une histoire de saucisson ? Va poser ce problème à ta grand-mère ! ». Ah, oui, ma grand-mère ! J’avais oublié qu’elle travaillait au port de Douala. Elle recevait donc des produits de luxe tous les mois, notamment l’illustre charcuterie. Mais j’avais aussi oublié qu’elle était venue un soir avec un saucisson pour moi. C’était tard le soir, le saucisson avait donc fini dans le congélateur. Mes oncles n’avaieant pas apprécié qu’un enfant de mon âge reçoive un tel présent, du coup, dès le lendemain matin, plus de saucisson dans le congélateur. Mes tontons n’avaient visiblement pas de pitié pour moi. J’étais en vacances à Douala et j’allais retourner bredouille à Bamenda. Je n’avais par conséquent pas la possibilité de dire à Romain : « Tiens, j’ai mangé du saucisson chez ma grand-mère ». Une défaite de plus. Déjà je le trouvais mignon et brillant… et il fallait en plus que je sois humilié par son saucisson ? J’entrepris alors un plan : un jour je m’offrirai mon propre saucisson. Ce fut chose faite des années plus tard, à l’occasion de mon premier salaire.

Je me souviens que lorsque j’étais étudiant, mon camarade Priso Dibango nous avait déclaré qu’il était adventiste et que sa religion lui interdisait de consommer de la viande de porc. Je fus donc très surpris de le voir consommer allègrement du saucisson de porc lors des rencontres sportives après les matchs de Football. « Mais gars, tu es conscient que tu es en train de bouffer du porc ? » lui avais-je demandé. Je me souviens encore de sa réponse : « Gars, laisse-moi ! Je sais. Je reste adventiste, mais je mange du saucisson ». Fin du débat.

Priso n’est pas le seul à comprendre la valeur du saucisson. Mon neveu, qui était en maternelle, avait débarqué un soir et avait déclaré à mon frère Philbert : « Papa, la maîtresse m’a dit de ne plus venir avec le pain-chocolat en classe. Elle préfère quand je viens avec du pain-saucisson » ! Oui, même les maîtresses d’école attendent les goûters de nos mômes de pieds fermes. Alors soyez généreux ! Faites du pain au saucisson pour les enfants. Faites-le !

 


Le sein est pris

Au Cameroun, seuls 28% des enfants sont allaités exclusivement au lait maternel pendant les six premiers mois de leur vie. Pourtant l’eau et les autres aliments ne sont pas nécessaires dans les premiers mois de la vie. L’Unicef, l’OMS et la firme Nestlé l’ont rappelé aux journalistes, aux sages-femmes et aux travailleurs camerounais lors de la semaine de l’allaitement maternel.

Un enfant qui prend une alimentation saine dès sa naissance est armé contre les maladies et contre le retard mental, il est ainsi équipé pour le meilleur développement possible. C’est en substance ce qu’on pourrait retenir des propos de Jacques Boyer, représentant de l’Unicef au Cameroun, lors d’un entretien accordé à la journaliste Nadège Christelle Bowa.

Les chiffres repris par la presse cette semaine nous disent que 31,2% des enfants camerounais ont bénéficié de l’allaitement précoce en 2014. Selon l’OMS : « Cette manière de procéder permet à l’enfant de recevoir le colostrum (« premier lait »), riche en facteurs de protection ». Malheureusement, le taux de malnutrition chronique au Cameroun est 31,7% avec un pic élevé dans différentes régions, notamment dans le nord du pays. 

Pour combattre ces chiffres mis en exergue par les organisations onusiennes, certaines firmes ont décidé de se mêler à la lutte contre la malnutrition. Pendant cette Semaine Mondiale de l’allaitement maternel, Nestlé Cameroun a lancé la deuxième édition de sa campagne « L’allaitement, ça nous concerne tous » à travers une série de sensibilisations à l’égard des sages-femmes, du personnel de ses distributeurs partenaires, mais aussi de son propre personnel.

Au total, ce sont 202 sages-femmes ont été sensibilisés par des professionnels de la santé, dans les villes de Douala et Yaoundé à l’occasion de deux symposiums scientifiques sur le rôle crucial que l’allaitement maternel joue dans la croissance et le développement des bébés.

L’entreprise Nestlé a aussi associé son personnel à l’exercice dans le but de promouvoir l’allaitement maternel au travail. Pour l’essentiel, il s’agissait d’inviter les conjoints, les collègues et amis, à encourager les mères à allaiter exclusivement jusqu’à l’âge de six mois, et à continuer d’allaiter jusqu’à deux ans et au-delà, tel que cela est recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé.  Car beaucoup de femmes sont complexées à l’idée d’allaiter, de sortir leur sein en public, ou encore elles pensent que l’allaitement est un frein aux rapports sexuels, ou pourrait détériorer la fermeté des seins.

Les experts nous rassurent qu’il n’en est rien. Lorsque le sein est pris (le Saint Esprit !), on est plongé dans le mythe religieux de la mère (Marie, Isis) qui porte l’enfant (Jésus, Horus). Lorsque le sein est pris, la relation mère-enfant est renforcée. Lorsque le sein est pris, la confiance psychique est établie. Lorsque le sein est pris, la malnutrition est évitée. Lorsque le sein est pris, les enfants sont en bonne santé.


France-Argentine. Le match des médias français

Après avoir suivi l’élimination du Sénégal en direct sur RFI ,  j’ai voulu savoir comment les médias français avaient analysé le match France-Argentine pour la huitième de finale de la Coupe du Monde 2018.  Avant-match, retransmission et fin de match. Ecoutez la passion et l’émotion des médias (Radios, TV et Twitter).

Il m’a d’abord fallu recenser les radios françaises qui diffusent la Coupe du Monde : RFI, France Inter, France Info, RTL, ou encore Europe 1. En attendant, coup de télécommande rapide sur TF1 : ici, la composition de l’équipe argentine est passée au scanner par les journalistes et les consultants. Nous sommes à 51 minutes du coup d’envoi mais les pronostics vont bon train. Tous ceux qui sont sur le plateau annoncent une victoire de la France ! Le match n’a pas encore commencé mais c’est déjà comme si on y était déjà …

 

Zapping radio ensuite : RMC pour commencer

Accélération de Mbappé et pénalty pour la France. Antoine Griezmann ouvre le score ( 1-0) à la 13ème minute.

Allons revoir ce premier but sur le compte Twitter de TF1 :

Pendant ce temps sur RFI, le match continue : la France domine et les argentins multiplient les fautes. Lionel Messi et ses compagnons semblent éteints sur la pelouse. Jusqu’au moment de la 41ème minute où Di Maria rappelle aux français qu’il connait Paris, qu’il connait la France. Réaction sur RFI :

  • Puis 2-1 pour l’Argentine dès la reprise (47ème minute)

Décidément, cette rencontre est un vrai match, du beau jeu, un huitième de finale fabuleux ! Il était prédit qu’on vivrait du suspens jusqu’au bout : 2-2 partout, le suspens est à son comble, tout le monde est aux aguets. L’égalisation française signée Pavard rend les journalistes de RMC, complètement hystériques.

Commence alors le show de Kylian Mbappè 
Deux buts venus de nulle part… RFI nous rappelle que ce jeune joueur n’a pas encore 20 ans, au moment où il inscrit le 3ème but de la France. A ce moment du match, c’est la France entière qui s’emballe !

Le 4ème but, qui crucifie les argentins
Et paf ! Le but assassin ! Le 4ème but, qui crucifie les argentins. Kylian est stratosphérique ! RMC et TF1 sont alors dans une autre dimension, on les écoute et on se retrouve sur une autre planète.

Lorsque Eurosport parle de Mbappé Président, on comprend alors que c’est toute la France qui est dans la démesure. Un délire national !

L’enthousiasme est tel que lorsque l’argentin Aguero réduit le score à 3-4, les journalistes de RMC évoquent le but en chantant presque, plus rien n’a d’importance ! La fin du match est surréaliste. La France  victorieuse remporte le match.

Et Maintenant, l’après-match

La réaction de Paul Pogba sur France Info.

Sur RTL, suite de la réaction de Paul Pogba !

Marquer du nez, des oreilles, de la bouche… peu importe l’important c’est de marquer, nous dit Paul Pogba.

Place aux quarts de finales désormais. On anticipe déjà la suite…
Europe 1 se soucie du prochain adversaire des bleus. En plus Matuidi sera absent pour la France, alors qui jouera ? Pas le temps de souffler, c’est comme si on était déjà reparti sur le terrain !

En tout cas, après ce match fou contre l’Argentine, une chose est sûre : la France est bel et bien dans sa Coupe du monde. A fond les ballons ! Avec ses joueurs mais avec ses médias aussi ! Rendez-vous donc avec les ballons et les micros pour le quart de final contre le Portugal ou l’Uruguay, vendredi prochain à Nijni Novogrod.

 


J’ai suivi le match Sénégal-Colombie sur RFI et je suis complètement abasourdi

Pour la première fois depuis 1982, aucune équipe africaine ne participera au second tour de la Coupe du monde de football. L’Afrique avait placé tous ses espoirs sur les Sénégalais mais hier les Lions de la Téranga ont été éliminés. Les Sénégalais partagaient la première place du groupe H avec les Japonais mais comme ils ont  reçu plus de cartons jaunes qu’eux depuis le début de la compétition, cela leur a coûté leur place en huitième de finale. J’ai suivi la rencontre sur la radio mondiale, avec des amis partout dans le monde. Mardi 28 juin 2018. Encore un jour triste.

Au début de la rencontre, un Lion Indomptable encourage Les Lions de la Téranga.

 

Samuel Eto’o et d’autres camerounais étaient derrière le Sénégal. Depuis Montréal au Canada, mon ami Steve Djouguela lui aussi s’est connecté sur la rencontre.

Steve Djouguela à Montréal. Crédits photos- Steve Djouguela

Il écrit dans un forum : « Tous avec les Gaindés. Je reçois les images grâce à une box que me procure un Marocain et qui me permet d’avoir un maximum de chaînes en clair » dit-il avec fierté. Pendant ce temps, RFI retransmet le match. On regarde, on écoute. C’est alors que le tournant de la rencontre arrive : penalty refusé pour le Sénégal ! A Montréal, Steve réagit : «  Penalty logiquement refusé mais le Sénégal garde la main sur le jeu et je suis confiant ».  A ce moment précis, Steve est bien l’un des rares camerounais et africain à trouver la décision de l’arbitre logique. Sur RFI, les commentateurs pensent autrement :

Jusque-là le Sénégal est encore qualifié. Tant que la Colombie ne marque pas…
A la mi-temps de la rencontre, le correspondant de RFI à Dakar, décrit la situation depuis le Sénégal.

Mais les fins de matchs de cette Coupe du monde 2018 sont décidément tragiques pour les équipes africaines. Elles le sont surtout avec les équipes sud-américaines. Le 15 juin, l’Uruguay assomme l’Égypte en fin de match (1-0), même chose pour l’Argentine face au Nigéria (2-1) mardi 26 juin. Et maintenant, le Sénégal aussi tombe : 1-0 pour la Colombie !

Commence alors le temps des calculs pour se rassurer  : si le Japon (qui est mené 1-0 face à la Pologne) prend un 2ème but…  Si le Japon prend plus de cartons… Si, si, si. Mais rien ne changera. Le Japon a un nombre de cartons moins élevé que le Sénégal, le Sénégal est donc éliminé.

Pour la première fois depuis la Coupe du Monde 1982 qui avait eu lieu en Espagne, l’Afrique n’aura aucun représentant en 1/8ème de finale.

Habib Beye s’exclame :

Mais l’issue est forcément décevante, choquante : les Lions ont perdus. On sentait même une pointe de déception du côté des reporters de RFI qui étaient pro-africains, pro-sénégalais. Il y avait de la passion et de l’émotion sur les ondes de la radio mondiale ! Hier, l’Afrique portait un seul drapeau et une seule nationalité, celle des Lions de la Téranga. On aurait aimé vivre encore toute l’émotion des matchs avec eux, mais la Coupe du monde abordera les huitième de finale sans le Sénégal et sans l’Afrique. Il nous faudra désormais nous consoler avec les pays aux bi-nationalités africaines : la France, la Belgique et la Suisse. Alors, qui soutenez-vous ?


La Coupe (royale) du monde, c’est comme Game of Thrones !

La Coupe du monde 2018 en Russie, c’est comme la célèbre série télévisée « Game of Thrones ». Pour décrocher la couronne royale du ballon rond, les batailles sont âpres, à la fois dans les stades mais aussi sur le terrain des symboles politiques.

Pour remporter la coupe royale, il faudra compter avec les symboles historiques et politiques. Le roi germanique est mort. Vive le Roi ! Alors, qui prendra le trône mondial ? Peut-on compter sur les vikings ? Un des vikings est mort :  l’Islande. Les deux autres (Danemark et Suède) sont encore en course. Les vikings sont des guerriers, ce n’est donc pas surprenant qu’ils aient attaqué la coupe du monde. Le Royaume du Danemark affrontera la Croatie en huitième de finale le 1er juillet. Le Royaume de Suède affrontera la Suisse le 3 juillet. Cette bataille entre helvètes et vikings aura lieu à Saint-Pétersbourg. L’ancienne capitale du Royaume des Tsars accueille cette bataille pendant que d’autres royaumes et principautés se disputent le trône mondial.

Espagne-Maroc : relation de bon voisinage

Parmi les matchs de poule de la Coupe du Monde Russie 2018, il y’ a eu le match royal, Espagne-Maroc le 25 juin.

C’était le match des voisins. Le Maroc et l’Espagne sont deux royaumes qui se comprennent : entente cordiale pour des échanges divers et pour une coopération accentuée. Les questions d’immigration, les échanges commerciaux, le partage du même espace maritime (la méditerranée)… allait forcement déboucher sur un match nul.

Angleterre-Belgique : et si c’était le match du Brexit ?

Le Brexit ! Parce que le Royaume de Belgique est le siège de l’Union Européenne, et parce-que le Royaume-Uni a quitté l’Union Européenne. Un match dans le match en somme. Au coup d’envoi de la rencontre, les belges et les britanniques avaient le même nombre de points, le même nombre de buts (8 buts en deux matchs chacun), deux buteurs exceptionnels (Kane 5 buts, Lukaku 4 buts) et le même goal-average. Les deux royaumes ont également en commun quelques velléités indépendantistes (flamands en Belgique et écossais au Royaume Uni, sans parler des rivalités sportives entre anglais et gallois). Si l’Union Jack ne fait plus la force effectivement, la Belgique vit régulièrement des soubresauts qui secouent l’unité du royaume. Autre similitude, la moitié des 23 belges présents en Russie joue en Angleterre.

Dans ce tweet, Kevin de Bruyne invite ses coéquipiers (anglais et belges) de Manchester City, à son anniversaire (le 28 juin, jour de la confrontation). Par ailleurs, Marouane Fellaini est surnommé le plus anglais des belges.  Ce 28 juin,  Il s’agissait donc de la finale du Groupe G de cette coupe du monde. S’il est vrai que je garde un souvenir amer de la Belgique, mon cœur bat davantage pour les diables rouges que pour « The Three Lions ». Au final, vainqueur de l’Angleterre à Kaliningrad, la Belgique termine en tête du groupe.

Et maintenant, qui sera le roi ?

Celui qui héritera de la couronne dorée devra lorgner les 15 autres prétendants encore en lice. Il y a les têtes déjà couronnées de la compétition : Argentine (1978, 1986), Uruguay (1930, 1950), Brésil (1958, 1962, 1970, 1994, 2002), France (1998), Espagne (2010), et il y a les autres, qui ne figurent pas (encore) dans le palmarès.  Il y a aussi les génies, ces extra-terrestres du football que sont Lionel Messi et Christiano Ronaldo, cinq ballons d’or chacun. 2018 est donc l’année de la bataille pour la 6ème couronne, le trône de fer qui va définitivement départager ces deux princes du football. Pendant ce temps à Paris, la série Game of Thrones est en exposition.  Le successeur du roi allemand n’est pas encore connu…

La série Game of Thrones, saison 21 de la Coupe du Monde se poursuit. Le dernier épisode, ce sera le 15 juillet prochain.