DANIA EBONGUE

Les femmes pour dire stop à la polio au Cameroun.

Vaccin Unicef

Depuis Octobre 2013, des campagnes multiples de vaccination contre la poliomyélite étaient organisées au Cameroun qui était devenu pays exportateur de polio virus sauvage au point où certains pays voisins comme le Tchad étaient même obligés d’alerter la population à travers des bulletins spécialisés comme celui-ci :

Extrait du Magazine "Les Nations Unies en action" Tchad, Janvier 2015.
Extrait du Magazine « Les Nations Unies en action » Tchad, Janvier 2015.

L’enjeu était donc devenu énorme. Sortir le Cameroun de la polio et avec lui, éviter la circulation du poliovirus sauvage dans la sous-région. De nombreuses missions de haut rang s’étaient donc rendues au Cameroun pour renforcer le plaidoyer en faveur de la vaccination systématique des enfants et des autres couches à risque. Au niveau national, des fora des gouverneurs de régions ont été organisés pour mobiliser les leaders religieux, les chefs traditionnels et les différentes communautés. Quelques mois après, Félicité Tchibindat Représentante de  l’Unicef peut se féliciter des différentes avancées en ces termes :

« Le dernier cas date de juillet 2014Nous célébrons plus d’une année sans nouveau cas de polio » 

A-t-elle déclaré le vendredi 11 Septembre 2015, à l’occasion de la cérémonie officielle de lancement du partenariat entre le MINPROFF (Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, et l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’Enfance) en faveur de la vaccination de et de la santé de l’enfant. La question qu’on pourrait se poser est de savoir pourquoi un tel accord alors que le Cameroun n’observe plus de cas depuis un an. Dans son discours, la Représentante de l’Unicef répond :

« En matière d’éradication de la polio, des progrès ont été réalisés certes ; mais l’arrêt de la circulation du virus, ne veut pas dire la fin des campagnes ».

Ce d’autant plus que le Cameroun n’avait plus que le Tchad voisin lui, connait cette avancée depuis deux ans, la vigilance et la surveillance sont de mise.

Extrait du Magazine "Les Nations Unies en action" Tchad, Janvier 2015.
Extrait du Magazine « Les Nations Unies en action » Tchad, Janvier 2015.

Pour éviter donc la survenue de nouveaux cas, le MINPROFF et ses associations féminines ont été mobilisés pour faire en sorte que la polio soit définitivement un mauvais souvenir au Cameroun.

« L’initiative que nous célébrons ensemble aujourd’hui est le prolongement normal de la mission confiée à ce département ministériel, à savoir la promotion du Droit de l’Enfant Camerounais à la santé et au-delà le Droit à la Participation de la Femme et le renforcement du lien social – fondement des liens entre les gouvernants et les populations ».  

Ajoute Félicité Tchibindat pour qui ce tournant de la lutte contre la polio est très décisif, surtout au vu des  difficultés à atteindre les populations des centres urbains et périurbains, comme dans les régions du Centre et du Littoral. En effet, ces deux régions du Cameroun affichent les indicateurs les plus mauvais au Cameroun:

Indicateurs Centre

Indicateurs Littoral

Les femmes s’engagent donc dans ces deux régions en priorité afin de contribuer à augmenter le niveau d’information des parents de 76% (Littoral), 83% (Centre) à au moins 95%. De même, contribuer à réduire le taux de refus de 16% (Littoral), 7% (Centre), à moins de 5%. Il s’agit alors pour ces femmes et leur ministère de tutelle de se mobiliser, de mobiliser les autres pour que la vaccination soit un réflexe. Au Cameroun, les femmes sont douées pour les campagnes politiques. Elles sont douées pour les meetings, et savent convaincre par leur facilité de mobilisation et de sensibilisation. C’est cette force qui leur est demandé à l’issue de la signature de cette convention, pour éradiquer définitivement la polio du Cameroun et de la planète. On peut donc aisément conclure avec Félicité Tchibindat :

« Les mouvements, réseaux des femmes sont bien organisés au Cameroun dans le cadre du rassemblement, de la mobilisation des populations ».


J’ai vu les réfugiés et les déplacés victimes de Boko Haram.

Des chiffres horribles qui donnent le tournis : Depuis Octobre 2014, 182 attaques ont été perpétrées par Boko Haram au Nigéria et dans les pays voisins. A ce jour, cette crise du Nord-est nigérian a déjà engendré plus de 1 million 580 mille déplacés internes, dont 81 000 au Cameroun, et 135 500 réfugiés, dont 56 400 qui se trouvent au Cameroun. Ces chiffres nous proviennent de l’OCHA (Office des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires) dont le Coordonnateur pour le Sahel, Toby LANZER, était ce samedi 12 Septembre 2015, aux côtés des réfugiés nigérians du Camp de Minauwo dans l’Extrême-Nord du Cameroun et aussi avec quelques camerounais déplacés internes, victimes eux aussi des exactions de la secte islamiste Boko Haram.

Toby Lanzer et les dignitaires de Minauwao
Toby Lanzer et Najat Rochdi avec les dignitaires de Minauwao

Malgré un contexte sécuritaire tendu, surtout après les récents attentats de Maroua et de Kerawa dans cette région du Cameroun,

Route embourbée de Minauwao
Route embourbée de Minauwao

malgré une route praticable mais qui embourbe les voitures par endroits, Toby LANZER, qui est aussi Sous-Secrétaire Général des Nations Unies, est venu surplace pour réitérer l’engagement humanitaire de l’ONU et de ses partenaires contre la souffrance.

« Il y’a beaucoup de raisons pour lesquelles il y’a de la souffrance au Sahel. Il y’a la dégradation de l’environnement, il y’a la pauvreté, il y’a les conflits »

nous dit Toby LANZER.

«  C’est pour cela que nous sommes ici dans le camp de Minauwao où près de 50.000 personnes ont fui le Nigéria pour prendre refuge ici au Cameroun parce que Boko Haram est entré dans leurs villages et a détruit des vies et leurs biens »

poursuit le Sous-Secrétaire Général des Nations-Unies. Alors Toby LANZER lance qu’il est impératif de soutenir les différentes équipes, agences, ONG et organisations internationales qui se déploient dans ce camp et dans tout le bassin du Lac Tchad, pour, dira Monsieur LANZER,

« pour soulager les populations, les appuyer avec leurs besoins, et faire en sorte qu’elles soient protégées en ayant accès aux vivres, à la santé , aux abris et à divers types d’intervention ». 

Dans ce registre d’interventions, l’éducation, la nutrition, la protection de l’enfance, la sécurité alimentaire, le Wash (Eau Hygiène et Assainissement), sont les plus urgentes et permanentes pour épauler les populations réfugiées et déplacées.

La Population :

            A Minauwao, selon Joseph BEYONGON, administrateur du HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés), « le camp a une superficie de 319 hectares, et compte environ 45094 réfugiés ». Ce chiffre est sans cesse en augmentation puisque « la semaine dernière, 263 nouveaux réfugiés sont arrivés dans le camp » ajoute Estève ELVY, Camp Manager Officer de IEDA RELIEF (International Emergency ans Development Aid). Avec une fréquence de 18 accouchements par semaine, la population s’agrandit, surtout que, selon l’infirmière accoucheuse de la maternité du camp, « pour l’instant on n’enregistre aucun cas de mortalité néonatale ». Cette bonne nouvelle est à mettre à l’actif de tous les bons indicateurs de santé du camp.

Femme en travail dans la maternité de Minauwao
Femme en travail dans la maternité de Minauwao

La santé :

Plusieurs intervenants s’activent ici dans le domaine de la santé : OMS (Organisation Mondiale de la Santé), MSF (Médecins Sans Frontières) Suisse, IMC (International Medical Corps), l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’Enfance), etc. Des locaux aménagés prennent en charge tous les cas possibles en matière de santé, avec l’appui du District de santé de Mokolo, arrondissement où se trouve le camp de Minauwao. En ce moment, et ce depuis le mois de juillet, deux tours de vaccination contre le choléra sont organisés dans le camp. Un troisième tour est en vue dans les prochains jours pour éviter le déclenchement d’une éventuelle épidémie. De même, chaque famille de réfugiés qui fait irruption dans le camp, passe obligatoirement par le vaccin contre la poliomyélite dans la zone de transit avant le camp. Malheureusement, les problèmes de communication sont observables dans le camp. L’anglais est un luxe pour la majorité des réfugiés, alors il faut faire des efforts pour échanger en Haoussa ou en Kanuri avec les réfugiés, la faute à une scolarisation faible ou inexistante dans leurs pratiques culturelles.

L’éducation et la protection :

Etapes Unicef à Minauwao
Etapes Unicef à Minauwao

Avec son partenaire ALDEPA (Action Locale pour un Développement Participatif et Autogéré), l’UNICEF a mis en place dans le camp de Minawao, plus de 6 Espaces Amis des Enfants, des structures récréatives qui ont pour but la prise en charge psychosociale des enfants  selon Fatime TITI, l’une des travailleuses sociales qui travaille pour cette ONG.  « Nous occupons les enfants par tranches d’âge. En matinée ces sont les 3-5 ans, dans l’après-midi, ce sont les 6-18 ans. Nous animons les enfants avec des activités sportives et éducatives », ajoute la jeune Fatime. La prise en charge des enfants en situation d’urgence est une priorité nous dit-elle. Il est donc question d’apporter une réponse adéquate à ces enfants traumatisés par l’horreur de la barbarie qu’ils ont vécue et/ou subie. Fatime est d’autant plus fière que la fréquentation de ces espaces s’accroit de plus en plus. «  Au départ, il y’avait un seul espace dans le camp, et à présent, il y’en a six qui sont fonctionnels. On peut se retrouver à 600 enfants par semaine et par espace ».

Espace Amis des Enfants
Espace Amis des Enfants

La joie de vivre peut se lire dans ces enfants pour qui jouer à l’air libre et en toute sécurité est déjà une victoire, surtout que les parents sont désormais moins réticents à les laisser y aller. Du coup, même les écoles conventionnelles sont plus fréquentées. Un Lycée est même en construction avec du matériau durable.

La nutrition.

Chaque mois, le PAM (Programme Alimentaire Mondial) procède à la distribution des vivres aux populations du camp à travers l’ONG Public Concern qui alimente le camp avec des céréales, des haricots, de l’huile, du sel, des arômes, etc qui constituent un kit mensuel. Malgré cela, les habitants du camp s’adonnent aussi à leurs activités agropastorales. Beaucoup sont venus ici avec leur bétail et la vie se poursuit exactement comme elle se déroulait dans leurs villages avant l’arrivée du groupe Boko Haram.

Le Wash.

La scène qui marque est le lavage des mains systématiques des femmes du camp. Plus loin, les jeunes filles se chargent de puiser de l’eau dans les différents forages aménagés dans le camp, sans parler des activités de lessive aussi. L’eau coule dans le camp et l’hygiène est de mise. Des latrines aussi sot visibles de part et d’autre du camp ce qui confirme l’absence des cas de choléra et d’autres maladies hybrides dans le camp.

Lavage des mains dans le camp de Minauwao
Lavage des mains dans le camp de Minauwao

Tout ce déploiement humanitaire est le fait des ONG et des agences onusiennes, mais également la matérialisation des gouvernements du Cameroun, de la Suisse, du Japon, de la Grande Bretagne et de l’Union Européenne entre-autres.

Acteurs Humanitaires
Acteurs Humanitaires

Accompagné de Madame Najat ROCHDI, Coordinatrice du Système des Nations Unies au Cameroun, Toby LANZER a touché du doigt la réalité de ce camp des réfugiés et après plusieurs heures

Toby Lanzer
Toby Lanzer

à échanger et partager avec les familles réfugiées et déplacées, une conclusion naturelle se dégage de son séjour :

« Mon rôle c’est un rôle de plaidoyer pour faire en sorte de renforcer les moyens pour l’action humanitaire et j’espère bien que tout cela va stimuler le développement des populations et de la région. En fin de compte, sans éducation, sans la bonne santé, sans la stabilité, on n’ira pas loin. En même temps que l’action humanitaire se déploie, il est aussi capital que la stabilité soit une réalité dans cette région ».


Cameroun : la République du décret

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Chaque soir dans les journaux parlés de 17 h et de 20 h, la température monte d’un cran dans les ménages du Cameroun. La lecture des décisions, arrêtés et autres décrets détermine la marche de la République de Paul Biya. Dans ce pays, c’est le décret qui fabrique les gens, les stars, les talents, les leaders, les chefs, les directeurs, les patrons, etc. Depuis un moment, il n’est donc pas rare de vivre la montée d’adrénaline des uns et des autres qui sont allés se former pour enseigner, mais, ayant pris goût à la prise de décision et à la gestion des fonds publics, ces enseignants d’hier devenus directeurs de collège et proviseurs de lycée se satisfont de ces avantages juteux que sont les primes de technicité, les budgets de fonctionnements et autres crédits de lignes plus ou moins gratifiantes.

La logique des intérêts partisans

Ce sont ceux qui « fabriquent » ces proviseurs de lycées qui deviennent de vrais gourous, car leurs bureaux deviennent des laboratoires de tractations, de lobbying divers, émanant des logiques sectaires, politiques, et plus grave, de logiques tribales. Car, le Cameroun est une République d’intérêts cachés derrière des replis identitaires et ethniques dormants, qu’on croyait malheureusement révolus. Il n’est donc pas rare de voir des memoranda dits des gens du « Grand Nord », ou encore des élites bétis qui revendiquent tel ou tel positionnement politique. Alors depuis plus de trente ans, Paul Biya est obligé de faire des arbitrages politiques pour satisfaire les équilibres, comme si de nommer un originaire de tel département, c’est remplir le panier de la ménagère des ressortissants de tout le département. Surtout qu’à l’intérieur d’un département, il y’a d’autres logiques qui s’affrontent : si vous êtes dans le Mbam et Inoubou, les Bafia vous diront que le ministre Banen n’est pas des leurs, de même que les Yambassa, les Kon-Yambetta , les Sanaga, etc. exprimeront leurs exigences particulières. Les champions de ces positionnements sont les Bétis entre eux. Au sein d’un même groupe ethnique, les Eton en l’occurrence, lorsque les élites s’affrontent, elles vous diront que tel sénateur d’Okola ne doit pas parler au nom des Eton d’Obala ou au nom des Eton de Monatélé, ou pire, au nom des Manguissa de Sa’a. Le Cameroun est difficile à gérer, on le constate. Cette guerre perpétuelle des positionnements ethniques s’ajoute à l’équilibre « obligatoire » entre anglophones et francophones, héritage malheureusement d’une double tutelle de la France et de l’Angleterre sur le Cameroun. Ajoutez à cela, l’axe Nord-Sud qui constitue un équilibre entre ressortissants du Grand Nord et ceux dits du « Grand Sud » sous-entendu le Nord musulman et le Sud chrétien. Mais à y regarder de plus près, le fameux Grand Nord «musulman » était une illusion parce qu’après vérification, les trois régions du septentrion sont plus peuplées de chrétiens que de musulmans. Paul Biya l’ayant compris, a entrepris, dès son arrivée au pouvoir en 1982, de diviser le Grand Nord en trois régions distinctes. C’est ainsi qu’on a vite repéré que ce qui est désormais la région de l’Extrême-Nord était un territoire presque oublié dans le Cameroun du président Ahidjo. Alors Paul Biya s’est attaché les services d’Ayang Luc, éternel président du Conseil économique et social, Ahmadou Ali, vice-premier ministre actuel, et Cavaye Yeguié Dibril, éternel président de l’Assemblée nationale. Oui, l’Extrême-Nord est caressé dans le sens du poil par le régime Biya. On lui a attribué une université d’Etat, un aéroport international et autres infrastructures nées d’un décret de gratification de cette zone depuis lors très fidèle au régime de Yaoundé. Le Cameroun est un pays qui peut expliquer qu’avec plus de 200 ethnies, on se retrouve à distribuer plus de 60 postes ministériels, complétés par des nominations dans les entreprises publiques, les conseils d’administration, les universités et autres agences là où l’argent du contribuable se dépense allègrement au nom du décret.

La logique du décret qui régule la nation

Le décret est donc soumis à des logiques non scientifiques. La première d’entre elles est la filiation partisane (parti au pouvoir ou parti proche du pouvoir) ensuite, il y a les nombreux lobbies issus des filiations mystico-religieuses (églises conventionnelles, religions classiques, églises nouvelles, loges ésotériques, etc.) qui semblent tous se nourrir d’un encadrement des masses par le biais de la soupe des prêches et des homélies, qui apaisent les consciences d’une masse toujours plus endormie. Il y a enfin la logique de la filiation familiale. Certaines familles ont émergé du fait de leur proximité avec le colon d’avant ou le gouvernant actuel. Dans ces familles, lorsque l’époux est ancien ministre, l’épouse sera érigée en proviseure de lycée ou Directrice d’une administration centrale. Parfois, ce sont les fils et filles de ce ministre qui de par leur patronyme, deviennent les reflets d’une dynastie dans laquelle le mérite se situe au niveau de l’ADN. Conséquence, le Cameroun de Paul Biya est une République léthargique. Là où l’urgence est la meilleure forme de gouvernance, là où, la planification et l’anticipation n’entrent dans aucune logique administrative ou de politique publique, on attend tout du chef et on renvoie tout au chef. On attend qu’il décrète la fin de la récréation dans une cour qui est devenue trop bruyante au goût de la majorité des Camerounais. Le gouvernement brille par des scandales de gestion et d’insubordination des ministres vis-à-vis du premier ministre. Alors, les pontes du régime ayant compris comment le prince agit, inventent de-ci de-là, de pseudo remaniements pour décourager le prince d’effectuer un vrai remaniement attendu depuis au moins l’année 2011. Car au Cameroun, pour éviter le décret, il suffit d’évoquer l’éventualité de ce décret. Alors, le signataire du décret, se sentant prévisible, joue la carte discrétionnaire et se sert du pouvoir qu’il a de décider ou pas, de signer ou pas. Alors le cœur de la République bat au rythme d’une expression très courue : nominations.

Le Cameroun des grandes nominations

Les diplomates sortis de l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric) attendent leur nomination comme ambassadeur dans une représentation diplomatique. Les diplômés de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam)  attendent leur nomination à la préfecture ou à la sous-préfecture d’une localité. Que dire des gouverneurs des régions ? Que dire des super maires (délégués auprès des communautés urbaines) nommés et pas élus ? Que dire des directeurs et adjoints des entreprises ? Que dire des nominations des généraux et des colonels au sein de l’armée ? Que dire même des nominations qui n’ont rien à voir avec le pouvoir, à l’exemple de la nomination de l’archevêque métropolitain de la province ecclésiastique de Yaoundé ? Là bas aussi, les logiques tribales, familiales et filiales sont respectées et avant le décret du Vatican, il existe des tractations entre le Nonce et les autorités politiques. L’Eglise de Yaoundé a même brillé un moment par son intolérance, en boudant  les pasteurs ressortissants bassa et bamiléké qui au goût des populations locales, n’étaient pas des natifs de Yaoundé, donc pas susceptibles de bien gérer l’église locale. Oui, même dans la maison de Dieu, la nomination obéit à la loi de la discrimination ethnique. Récemment à la Cameroon Radio Télévision (CRTV), la nomination à titre intérimaire à la station régionale du centre (Région de Yaoundé) d’un ressortissant de Garoua (Région du Nord) a fait parler l’élite Béti. Lorsque le conseil d’administration a siégé, le ressortissant du Nord n’a pas été confirmé et c’est une originaire du centre qui a hérité du poste de chef de station. Est-ce à dire alors qu’au littoral il faudra absolument un Sawa ? Qu’à l’Ouest, il faut absolument un Bamiléké ? Si cette logique doit être respectée, que deviendront les minorités ethniques du Cameroun ? Pourtant, pour taire ces pseudo querelles, le président Biya lui-même avait démenti une rumeur selon laquelle un Bamiléké ne pourra jamais hériter du poste présidentiel au Cameroun. Il avait alors nommé un Bamiléké au secrétariat général de son parti, et un autre à la tête du Sénat, c’est-à-dire le successeur constitutionnel du chef de l’Etat en cas de vacance du pouvoir. Parlant de cette même vacance, le Cameroun a connu en 1982 une « passation » entre Biya et Ahidjo. Ce dernier ayant démissionné de ses fonctions, son successeur constitutionnel (Biya) a donc hérité du poste. Depuis lors, on parle de la logique du dauphin constitutionnel au Cameroun. En d’autres termes, le prochain président ne sera pas élu, il sera choisi (nommé) par son prédécesseur.

La logique Nord-Sud

Comme en Côte d’Ivoire, comme en République du Congo et dans d’autres pays de la Françafrique, le Cameroun a depuis l’époque coloniale établi de manière officieuse, le fameux axe Nord-Sud, qui veut qu’ Ahidjo, ait succédé à un premier ministre du Centre-Sud, et celui qui lui a succédé est venu également du Centre-Sud. Logiquement, le pouvoir de Paul Biya sera remis aux gens du Grand Nord. Mais qui sont les gens du Grand Nord ? Ce seront les Fulani ? Les Gbaya ? Les Massa ? Les Kotoko ? Les Moundang ? Les Guiziga ? Les Kapsiki ? Les Toupouri ? Les Mbororo ? Les Hauoussa ? Les Arabes-Choas ? Les Mousgoun ? Les Peul ? Qui donc ? Si ce sont les Toupouris, viendront-ils de Ngaoundéré, de Garoua ou de Maroua ? Si ce sont les Gbaya, viendront-ils du Nord ou de l’Adamaoua ? Si ce sont les Mbororo, viendront-ils du Nord-Ouest ? de l’Adamaoua ou de l’Ouest où ils se trouvent aussi ? Si ce sont les Fulani, viendront-ils de l’Est ou du Centre où ils sont installés depuis des années ? Ayons le courage de dire que la logique Nord-Sud n’est plus une vérité mathématique au Cameroun. Les ressortissants dits du Grand Nord sont simplement une invocation à la satisfaction des intérêts égoïstes quand il s’agit de se partager le pouvoir du gâteau national. A la CRTV, autant les Beti ont refusé la confirmation d’un nordiste à la tête de la station régionale du Centre, autant c’est un ressortissant du Centre qui sera désormais chef de station de la CRTV à Garoua au Nord. Que cela emmène les uns et les autres à penser un peu. Le Cameroun est un et indivisible, du moins dans le principe. Aujourd’hui encore dans le championnat de football local, c’est Coton Sport de Garoua qui est devenu Champion 2015 au Cameroun, pendant qu’au même moment, Tonnerre de Yaoundé et Canon de Yaoundé, deux équipes les plus titrées du Cameroun et anciennes championnes d’Afrique, sont reléguées en Ligue 2. La roue tourne, c’est ainsi la logique de l’histoire. Pendant longtemps, le Centre-Sud dominait en matière de football, désormais le vent souffle depuis le Nord. Au fait, j’oubliais : au Cameroun, les choses peuvent changer à tout moment. Ne soyons donc pas surpris qu’un décret vienne demain empêcher la relégation de Canon et de Tonnerre.

La logique tribale n’a donc plus sa raison d’être au Cameroun, et même les décrets devraient arrêter d’en tenir compte. Le mérite doit guider les générations du Cameroun de demain. Les anglophones nés à Yaoundé, les Bamilékés nés à Douala ou les Fulani nés à Bamenda, sont des Camerounais. Un point, un trait.


Je suis agent de santé et ma bicyclette sauve des vies.

Roger et Martine. Deux agents de santé dont nous suivons les traces à bicyclette dans la localité de Touloum.

Boyo Roger en pleine sensibilisation dans un Saré
Boyo Roger en pleine sensibilisation dans un Saré

 Je m’appelle Boyo Roger. Je suis ASC (Agent de santé communautaire) du centre médical d’arrondissement de Touloum (Extrême-Nord du Cameroun). Le 26 octobre 2014, on m’a remis cette bicyclette. Avec elle, je sillonne les quartiers et les villages pour rendre visite aux femmes enceintes, aux mamans et aux nouveaux nés. Mon kit médical me permet de soigner les bébés qui souffrent de diarrhée, je fais des examens sanguins, et j’ai même un registre de consultations que je communique automatiquement au centre de santé. Avec cette bicyclette, on parcourt des kilomètres chaque jour sans difficulté alors qu’avant, on devait effectuer ces mêmes trajets à pied. Grâce à cela la mobilisation sociale est une réalité ici et le centre de santé est plus fréquenté.

Bicyclettes des ASC de Touloum
Bicyclettes des ASC de Touloum

Ils sont 10 agents communautaires formés dans le cadre du projet SIDA/H4+ ici à Touloum. Ils sont mobilisateurs, sensibilisateurs et administrent des conseils médicaux et des premiers soins. Leur suivi méthodique a développé un capital- confiance auprès des femmes de la communauté qui, pour la plupart encore ne fréquentaient pas l’hôpital il y’a un an.

Un agent C4D de Touloum
Un agent C4D de Touloum

Aidés en cela par d’autres mobilisateurs que sont les pools C4D (Communicateurs pour le changement de comportement), les ruelles des Saré (habitations des populations du Sahel) sont arpentées chaque jour par les ASC pour appeler à la vaccination, à la consultation prénatale, à l’accouchement en milieu hospitalier, etc. Dans cette localité et dans tout le district de santé de Guidiguis, l’Unicef a appuyé les aires de santé à travers la formation du personnel, la fourniture d’une banque de sang, l’approvisionnement de la pharmacie et la prise en charge des agents de santé communautaire.

Wawa Martine
Wawa Martine

Je m’appelle Wawa Martine. Moi aussi je suis agent de santé communautaire. J’ai été formée dans le cadre de ce projet SIDA/H4+ pour apporter assistance aux populations vulnérables de ma localité. Nous avons pour mission d’emmener les femmes à adopter les pratiques familiales essentielles et à fréquenter systématiquement les centres de santé. Dans le quotidien, nous insistons pour qu’elles fassent attention à leur hygiène, au lavage des mains et à l’utilisation des latrines. Je dois vous dire que moi-même je suis maman et j’ai pratiqué l’allaitement maternel exclusif pendant 6 mois et sans une goutte d’eau et mon enfant se portait à merveille. Avec ma bicyclette, je me sers de mon propre témoignage pour sensibiliser les femmes, organiser des causeries éducatives deux fois par semaine, et les résultats sont visibles aujourd’hui puisque le centre de santé est fréquenté et il y’a moins de décès de femmes et d’enfants ici à Touloum.


Radio Bon Berger ou le pouvoir des IEC

Ceux qui doutaient encore du pouvoir des IEC (Information-Education-Communication) auront un cas d’école pour revoir leur position. Il s’agit de Radio Bon Berger, située en plein cœur de la ville de Kaélé, chef-lieu du département du Mayo-Kani, région de l’Extrême-Nord au Cameroun.

Dagui Bakari
Dagui Bakari

En entrant dans les locaux de cette radio, on aperçoit Dagui Bakari, animateur de langue française dans la station. Ici, ce sont 5 langues : guizigua, toupouri, fufuldé, moudang et français qui sont parlées par les différents animateurs. Cette diversité linguistique permet d’avoir un large auditoire du Mayo Danay, au Mayo Kani, sans oublier le Mayo Louti, et même quelques localités du Tchad voisin. En plus d’être une radio communautaire, Radio Bon Berger est une radio transfrontalière, ce qui lui confère un statut particulier auprès des agences du système des Nations unies. Il n’est donc pas étonnant que cette radio ait été choisie par l’UNFPA (l’agence onusienne chargée de la population) afin de mettre en œuvre le volet communication et sensibilisation des masses dans le cadre du projet SIDA/H4+, visant à accélérer les progrès en matière de santé maternelle, néonatale et infantile au Cameroun.

Yaya Pitcheme, Chef de Station de Radio Bon Berger
Yaya Pitcheme, chef de la station  Radio Bon Berger

Formés récemment à la diffusion des messages sur les Pratiques familiales essentielles, lors de l’Atelier des radios transfrontalières organisé par l’Unicef dans la ville de Bertoua, les personnels de Radio Bon Berger, et notamment son chef de station, Yaya Pitcheme, sont aguerris en ce qui concerne la production de microprogrammes pour le changement de comportement. L’un de ces microprogrammes est le magazine « Santé Plus » dont l’UNFPA finance la production depuis décembre 2014.

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Collaboration H4+ et Radio Bon Berger

Les cibles étaient des populations reculées, des comités d’écoute appelés brigade ont été mis en place pour s’assurer que les émissions diffusées ont un impact réel sur la vie des populations. Dagui Bakari se félicite du fait que chaque jeudi, pendant la diffusion de l’émission « Parole aux auditeurs », des témoignages fusent de partout pour saluer l’impulsion grâce à laquelle les messages de la radio ont permis aux familles de fréquenter les centres de santé, aux jeunes d’avoir une sexualité responsable,  et aux femmes de consulter, ainsi que d’accoucher dans les centres hospitaliers.

« Dans notre culture, ce n’était pas évident pour une femme d’accepter de consulter un médecin ou un infirmier homme »

nous dit Diabou Martine, animatrice en langue guizigua.

Ses propos en tant que femme ont levé plusieurs tabous et désormais, la fréquentation des maternités est une réalité dans la localité.

« Plusieurs femmes sont parties de leurs villages lointains, se sont arrêtées dans notre radio et nous ont demandé de les accompagner à l’hôpital. Vous voyez que la radio est devenue pratiquement un centre social »,

ajoute Martine, fière de cet acquis.

Dagui et Yaya en studio
Dagui et Yaya en studio

Emettant de manière autonome de 5 h 30 à 10 h 15, puis de 16 h à 21 h chaque jour sur la fréquence 99.0 FM, la radio marque quelque temps d’arrêt pour prendre en relais la station régionale de l’Extrême-Nord, ou encore le poste national de la CRTV, pour les éditions des journaux.

« Car une radio communautaire doit pouvoir aussi permettre à ses auditeurs de savoir ce qui se passe dans le pays et dans le monde. Et avec la crise sécuritaire liée à Boko Haram, les tranches d’information sont fondamentales »

nous confie Yaya Pitcheme, le chef de station. Créée au départ pour être une simple radio chrétienne, la radio Bon Berger, impulsée par le Conseil des églises protestantes du Cameroun (CEPCA) est devenue par la force des choses, une radio citoyenne, utilisant les outils IEC pour toucher les populations.

«  Nous restons des bergers pour autant. Nous ne faisons pas dans la propagande chrétienne, mais nous pensons qu’en sensibilisant les populations, en impulsant le changement de comportement dans la santé maternelle, dans la santé néonatale et infantile et dans la santé de reproduction, voilà le meilleur Evangile qu’il nous soit donné de prêcher ».


Cameroun : pour que la mort n’arrache plus les donneuses de vie

Un médecin, un sous-préfet, un Lamido et une déléguée régionale de la santé louent ensemble les résultats d’un projet qui a changé les vies des populations du district de santé de Guidiguis.

Dr Fabrice BIONGOL
Le docteur Fabrice Biongol

« Depuis le début de l’année 2015, nous n’avons aucun cas de décès maternel et infantile ».

C’est une phrase forte du jeune docteur en médecine, Biongol Fabrice, médecin-chef du centre médical d’arrondissement de Touloum, une aire de santé de 25 500 habitants, dans le département du Mayo Kani, dans l’Extrême-Nord. Jusque-là, cette localité contribuait aux mauvais indicateurs de la région parmi lesquels 3 % de taux de prévalence du VIH parmi les femmes enceintes. Pas plus de 23 % des femmes accouchaient dans un centre de santé. Pour corriger ces mauvaises habitudes, cause de 168 décès de nouveau-nés sur 1 000, les agences des Nations unies*, l’Agence suédoise pour le développement international et la Banque mondiale ont décidé de collaborer à l’accélération des progrès en santé maternelle, néonatale et infantile au Cameroun. Leur initiative SIDA/H4+, a permis la formation des ressources humaines, le renforcement du système d’information sanitaire, l’offre des soins,  etc.

 « Sans le H4+, on aurait eu du mal à améliorer nos indicateurs »,

ajoute le Docteur Biongol.  Par rapport à 2014, on observe 10 % d’augmentation de femmes qui accouchent en milieu hospitalier, seulement pour le 1er semestre de 2015. Le taux de consultations prénatales a augmenté de 15 % par rapport à l’année dernière, toujours au 1er semestre 2015. Et le docteur de poursuivre :

«  Plusieurs enfants établissaient leur acte de naissance seulement lorsqu’ils allaient en classe de 6e. L’an passé, il y’avait en tout 65 déclarations de santé dans le centre médical d’arrondissement, mais au premier semestre de l’année 2015, nous en sommes déjà à 47 déclarations de naissance ».

Avec le matériel reçu du projet Sida/H4+ (boîtes d’accouchement, matériel de réanimation des nouveau-nés, berceaux, brancards, les consommables, etc.), même la prise de décision est devenue plus facile pour les femmes. On les croise désormais dans les couloirs de la maternité de Touloum, réduisant les anciennes accoucheuses traditionnelles au chômage.

L’aire de santé de Touloum appartient au district de santé de Guidiguis, l’un des 7 districts retenus dans l’Extrême-Nord pour le projet SIDA/H4+. Et depuis le 17 mai 2013, la chefferie traditionnelle de cette localité est assurée par le Lamido Aliou Amadou. A son actif : une double casquette de technicien médico-sanitaire :

« Je savais qu’à Guidiguis dans mon canton, les clignotants étaient au rouge sur le plan sanitaire. Si le projet SIDA/H4+ n’était pas né, il allait naître pour Guidiguis ». Lamido explique comment le projet a changé des vies : «  Je vais prendre un seul exemple, parlant de la localité de Guérémé : le taux de fréquentation de la maternité était d’un seul patient par mois. Aujourd’hui, nous sommes à 52 % de taux de fréquentation ».

Lamido ALIOU AMADOU
Le lamido Aliou Amadou

Ayant mobilisé tous les chefs de 2e et de 3e degré, le Lamido a obtenu ces chiffres éloquents grâce à une sensibilisation de masse qui a réveillé les consciences des populations de son canton.  Ayant identifié toutes les femmes enceintes du canton, elles ont été toutes inscrites dans les différents centres de santé. Mieux, en sa qualité d’officier d’état civil, il s’assure que les actes de naissance sont établis et se charge de les distribuer lui-même dans chaque domicile.

A cause des indicateurs socioéconomiques faibles, la population de Guidiguis, éparpillée dans 480 km2 de superficie, est vulnérable. Pour le sous-préfet Abdou Djalilou, il était impératif d’implanter ce projet dans son unité de commandement. Avant, dit-il :

« Nous avions des pratiques culturelles néfastes dans nos familles. Aujourd’hui, nous sommes dans les pratiques familiales essentielles ».

Ss Prefet ABDOU DJALILOU
Le sous-préfetAbdou Djalilou

Nommant précisément la consultation prénatale, l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois de la naissance, la vaccination et l’enregistrement des naissances, le sous-préfet a rappelé cette phrase choc :

« Aucune femme ne doit mourir en donnant la vie ».

Une phrase qu’il répète à souhait dans chaque réunion de plaidoyer qu’il préside devant les autorités traditionnelles et les ministres du culte. Convaincu comme il dit lui-même que :

 « C’est la répétition des messages qui transforme les vies ». 

Force est de constater que ces initiatives ont apporté une amélioration, une amélioration que la déléguée souhaite désormais voir étendre sur toute la région.

Agences des Nations unies : OMS, UNFPA, ONUSIDA, ONUFEMMES, UNICEF


Vous avez dit Lionnes Indomptables ?

Si le Cameroun a bien pris part à la Coupe du monde de football féminine, le quotidien de ses joueuses est bien différent de leurs homologues masculins…

Tu sais Dolorès, pour une fois, j’ai applaudi les journalistes de la télévision privée Canal II International. Eux au moins ne se comportent pas comme ceux de Equinoxe Télévision qui reprennent les signaux des chaînes internationales pour relayer les matchs de football dont ils n’ont aucun droit.

Passons ! A Canal II, on essaie d’être professionnel et à défaut d’avoir les droits de retransmission de la Coupe du Monde de Football Féminin, on nous immerge dans le quotidien des familles de quelques Lionnes indomptables.

Lionnes Indomptables en selfie
Lionnes Indomptables en selfie

On a donc pu voir la vie des familles d’Enganamouit, de Meffometou et de Zouga, entre autres. Voilà un vrai reportage télé qui nous fait vivre la misère de ces familles dont les filles, plongées quelque part en Amérique du Nord, défendent les couleurs d’un pays qui ne s’est pas empressé de les encadrer, qui ne leur a pas offert une préparation digne de ce nom, et qui ne leur a même pas versé leurs primes de participation.

Des lionnes, des vraies

Et pourtant, ces vaillantes lionnes ont accédé au deuxième tour de leur première Coupe du monde. Elles méritaient mieux, mais pour tous les Camerounais, leur participation est un exploit. Un exploit pour un pays dont le championnat féminin est arrêté. Un exploit pour des jeunes filles que seuls le zèle et le patriotisme ont conduit jusqu’à ce niveau. Ce sont des vraies lionnes, et Yannick Noah avait bien raison :

Tu sais Dolorès, je voudrais bien voir la tête de tous ces récupérateurs politiques. De même que Françoise Mbango a obtenu deux fois l’or aux Jeux Olympiques, de même que ces mêmes lionnes ont obtenu la médaille d’or aux Jeux Africains en 2011, de même que les volleyeuses ont été plusieurs fois au podium de l’Afrique (et récemment encore à Nairobi), les Lionnes indomptables sont de véritables Reines d’Afrique :

Ces femmes que nous méprisons

Alors je te parle des Lionnes indomptables, ces femmes que nous insultons, méprisons, battons, négligeons. Ces femmes qui, pour être représentées à 30 % du parlement camerounais ont lutté à travers plusieurs décennies de plaidoyer. Ces femmes à qui on n’attribue pas encore un poste de Premier Ministre ou de Vice-Premier Ministre, encore moins Secrétaire Générale à la Présidence ou même ailleurs. Les postes clés sont attribués aux hommes.

Et pourtant, à compétence égale, une femme peut diriger et même mieux qu’un homme. Sommes-nous donc dans un pays clairement macho ? La femme est encore marginalisée dans le positionnement social du pays. On la confine à hurler dans les meetings politiques. On la réduit à applaudir, crier, et pleurer dans les cérémonies et les deuils. On la mobilise surtout pour la cuisine et nos désirs sexuels. Oui, ayons le courage d’affirmer que nous maltraitons nos lionnes. Nous les domptons au gré de nos muscles, nos critiques acerbes, et nos moqueries permanentes. Nous les abrutissons donc véritablement, à tel point que beaucoup de filles, toujours dans le souci de nous plaire nous, mâles, se dénudent pour attirer notre attention, vendent leur corps pour attiser notre sensualité, se muent en « panthères » pour espérer le soutirage subtil de notre porte-monnaie.

Autonomisation des filles.

A qui la faute ? Leur avons-nous appris à s’autonomiser ? Avons-nous cessé de les offrir à nos gendres moyennant une forte dot qui n’est rien d’autre qu’un troc commercial en bonne et due forme ? Pourquoi la fille n’hérite t-elle pas au Cameroun ? Pourquoi la fille n’a pas droit aux terres comme ses frères ? Pourquoi l’envoyons-nous en mariage avant ses 18 ans ? Pourquoi l’écartons-nous de nos conversations « savantes » lorsqu’on est au salon ? Pourquoi lui interdisons-nous certaines viandes et certaines nourritures ? Pourquoi devons-nous la priver de plaisir en l’excisant et en lui imposant nos mutilations génitales. Pourquoi devons-nous lui repasser les seins parce qu’ils poussent trop vite à notre goût ? Pourquoi ? Parce que nous croyons qu’elles doivent grandir différemment que les garçons ? Que leur place est dans l’apprentissage de la couture, la coiffure et la cuisine, tandis que nous, nous avons vocation à gérer, contrôler, commander ? Non ! Les femmes et les hommes sont assis côte à côte, partenaires à vie. Les femmes sont toutes des reines, elles le sont dès l’enfance.

Alors accueillons, applaudissons, félicitons, encourageons les Lionnes indomptables. Elles ont montré aux hommes que le football n’a pas de sexe. Tiens Dolorès, de 1998 à 2014, les lions garçons ont participé à quatre coupes du monde. Ils ont encaissé plus de 20 buts pour en marquer seulement 7. Les filles elles, en une seule Coupe du monde, ont encaissé 4 buts pour en marquer 9. Les faits sont têtus n’est-ce pas ? Vivement 2016 avec la Coupe d’Afrique des Nations féminine que le Cameroun organise. Pour une fois, que les décideurs de mon pays fassent preuve de discernement et de sagesse. Pour une fois, considérez ces femmes, nos femmes !


Quels enfants pour l’après 2015 ?

A Yaoundé, l’Unicef s’est inquiétée de l’avenir que nous sommes en train d’offrir à nos enfants.

Ce matin au Hilton Hôtel à Yaoundé, devant plusieurs journalistes camerounais, Thierry Delvigne-Jean, le Chef Régional de la Communication de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, déclarait ceci : « Dans plusieurs pays du monde, de nombreux enfants ont un téléphone portable alors qu’ils n’ont pas d’eau potable à boire ». Si cette déclaration peut arracher un sourire, elle reflète néanmoins et froidement la situation du monde actuel : les technologies évoluent alors que les services de base se raréfient. La faute à Dame Planète Terre et surtout à son locataire l’Homme qui gaspille les ressources alors que la population augmente. Que faire alors et comment agir ? La réponse est peut-être à rechercher dans le livre d’Alice A. Bailey, Les Problèmes de l’Humanité, dans lequel elle affirme que le problème des enfants dans le monde aujourd’hui est « certainement le plus important de tous ceux qui se posent aujourd’hui à l’humanité. L’avenir de la race repose entre les mains de la jeunesse. Sans elle, un nouvel ordre mondial, si vivement désiré et auquel référence est si constamment faite, n’aurait absolument aucun sens. Ce que nous ferons de la jeunesse et pour elle aura des conséquences  de la dernière importance ». Ce livre, écrit pourtant dans les années 1960 est actualisé dans les propos de Anthony Lake, Directeur Général de l’Unicef, à écouter dans le lien audio suivant :

L’alerte d’Anthony Lake fait suite à un nouveau rapport de l’Unicef, publié le 23 Juin 2015 et qui  indique que :

  • Il y aura d’ici 2030, 68 millions de plus de décès d’enfants de moins de cinq ans de causes évitables ;
  • Environ 119 millions souffriront encore de malnutrition chronique ;
  • Un demi-milliard de personnes continueront de pratiquer la défécation à l’air libre, compromettant ainsi sérieusement la santé des enfants ;
  • Il faudra presque 100 ans pour que toutes les filles des familles les plus pauvres d’Afrique subsaharienne achèvent le premier cycle de l’enseignement secondaire.

Thierry Delvigne-Jean aura donc aussi attiré l’attention des journalistes camerounais sur quatre grands moments de l’année 2015, comme cruciaux pour la survie de notre humanité :

1- Le Financement du développement :

Après le Consensus de Monterrey (2002) et  la Déclaration de Doha (2008), voilà qu’une ville africaine, Addis-Abeba, accueille du 13 au 16 Juillet 2015, la  3ème  Conférence internationale sur le financement du développement. L’enjeu de cette conférence est bien entendu, l’agenda post 2015. Les objectifs de financement dans les trois dimensions du développement durable –croissance économique, équité sociale et protection de l’environnement- seront au menu de cette conférence. En toile de fonds, quelle planète souhaitons-nous léguer à nos enfants ?

2- Les ODD :

Autre fait majeur 2015, du 15 au 28 Septembre 2015 à New York, se tiendra la 70ème session de l’Assemblée Générale de l’ONU. Au menu, les ODD (Objectifs du Développement Durable) qui en déboucheront après les OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement). Par l’initiative My World 2015, plus de deux millions de contributeurs ont voté les points qu’ils souhaitent  voir mis sous agenda de ces objectifs. Car il s’agit bien  de « 2015 : Le monde que nous voulons » , une autre manière de dire : « L’avenir que nous voulons », thème du sommet de la Terre, RIO + 20 en 2012.

3- L’équité en faveur des enfants :

Entre temps, l’Unicef insistera pour renforcer l’équité en faveur des enfants du monde entier.  «  Vers l’équité et les objectifs post 2015 relatifs à l’enfance ». Car, remarque le Directeur Général de l’Unicef, Anthony Lake : « Les OMD ont permis au monde de réaliser d’immenses progrès en faveur des enfants mais ils nous ont aussi montré combien d’enfants nous négligeons. La vie et l’avenir des enfants les plus défavorisés sont importants, pour eux-mêmes bien sûr, mais aussi pour leurs familles, leurs communautés et leurs sociétés. »

4- COP 21 ou mettre fin au gaspillage des ressources.

Il y’a enfin, du 30 Novembre au 11 Décembre 2015,  la 21ème Conférence des Parties de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 21). Cette conférence est cruciale, car devant aboutir plus que jamais à un accord juridique universel et contraignant sur le climat, afin de sauver la planète. Cet accord préservera la terre de toutes les formes de gaspillage (énergies fossiles, exploitation forestière abusive, destruction de la faune et de la flore, etc.).

L’enfant, sujet transversal des Nations Unies :

Tous ces quatre moments ont pour dénominateur commun, les enfants. Il n’y aura pas d’enfant sans survie de la planète, et il n’y aura pas de planète sans survie de l’enfant. L’enfant est le sujet transversal de toutes les agences onusiennes. L’enfant est à la fois la clé et l’objet du développement. Il est au centre de la lutte contre la famine, la lutte contre la pauvreté, et par-dessus tout, le combat pour le développement durable. Il est la victime des conflits, et dont le bénéficiaire du monde pacifié que nous allons lui construire. La question de l’enfant, qu’on le veuille ou pas, est la question centrale du monde de demain. Quoique oubliés des discours politiques, quoique négligés par les rédactions et les sujets journalistiques, quoique marginalisés dans nos différents blogs, « les enfants d’abord ».

Et après 2015 ?

 Maintenant, posons-nous les bonnes questions : Que mangerons nos enfants lorsque les lacs et les océans seront asséchés ? Quelle paix durable leur lèguerons-nous alors que de part et d’autre de la terre, il y’aura des migrants climatiques ? Quelle énergie électrique pourront-ils avoir en Afrique pour faire fonctionner les téléphones, les tablettes et autres gadgets innovants des futures générations ? Comment leur inculquer les notions de paix et d’équité si la Terre qui les accueille restera une jungle où les rares ressources seront disputées au lieu d’être partagées ? Donnons donc raison à l’Unicef qui demande que les ODD tiennent compte de nos enfants, et des enfants de nos enfants. L’avenir que nous voulons ne sera radieux que si nous opérons des changements dans nos comportements, et dans de nouveaux modes de consommation que les héritiers de la Terre adopteront. Donnons-leur après 2015, une Terre de sourire et d’Espérance. Donnons-leur 2015 raisons de croire en l’avenir, car si hier nous n’avons pas pensé à aujourd’hui, aujourd’hui, donnons une chance à demain !


ENEO, vers l’âge de la pierre taillée ?

Encore toi, ENEO, chère société d’électricité au Cameroun…

ENEO, la honte

Il y’a deux semaines, j’étais à Belabo dans la région de l’Est. Tout le monde n’avait qu’une seule récitation à la bouche : Coupures d’électricité. Oui, dans cette bourgade, pas loin de Lom Pangar, on coupe l’électricité pendant des semaines. A 110 km de là, à Abong Mbang, même scénario : l’électricité est rare. Alors, pour celui qui fait le chemin retour vers Yaoundé dans la nuit, tout est noir. Toutes les villes sont à la lampe et à la bougie. Même à Ayos, lorsqu’on est déjà dans la région du Centre, l’électricité est un luxe. Mais le cauchemar ne s’arrête pas là.

Allez à Kye-Ossi, la ville qui donne sur les deux frontières, Gabon et Guinée Equatoriale. De l’autre côté de la route, à Ebibeyin, en Guinée Equatoriale, tout est éclairé, mais côté camerounais, laissez tomber ! Kye-Ossi bat le record des groupes électrogènes au Cameroun. Le plus grave est que, des lignes haute tension transitent par Kye-Ossi pour aller alimenter le Gabon voisin.  Oui , Kye-Ossi fait partie des nombreuses villes camerounaises oubliées par le branchement de l’électricité. Evidemment, je ne vous parle plus des conséquences : vols, viols, braquages, bref, l’univers propice de l’insécurité. Que dire de Bafia, dans le département du Mbam et Inoubou ? Tout se passe comme si avoir de l’électricité relève de la magie. Avant, on nous disait que ce sont les saisons sèches qui empêchaient les barrages de fonctionner normalement. Maintenant, non seulement il pleut abondamment, mais l’électricité est encore plus rare qu’en saison sèche. Ils nous ont dit que la centrale à gaz de Kribi allait augmenter la production d’électricité, mais non, elle semble plutôt la réduire. Yaoundé ressemble de plus en plus à un cimetière. Hier soir, dans mon quartier, au retour de la lumière après plus de 10h de délestage, les gens ont crié comme si le Cameroun venait d’inscrire un but. Comme le disait le Quotidien camerounais Le Jour, cette semaine : « Les délestages en cours au Cameroun sont le témoignage d’une série de mensonges orchestrés pour le seul but de spolier l’Etat et les consommateurs. »

La vérité est que beaucoup ont intérêt à voir le Cameroun dans le noir, au sens propre comme au sens figuré. Beaucoup veulent de ce Cameroun qui ressemble à un grand village forestier des années 1920. Comment comprendre tous ces délestages en pleine session des examens du Baccalauréat ? AES-SONEL, ACTIS (ENEO) a décidé de faire réviser les futurs bacheliers à la bougie ? C’est que ces gens là n’ont rien à faire de ce pays. Pire, les factures augmentent et sont toujours présentes chaque mois avec des avis de coupures rapidement imprimés pour les payeurs retardataires. Oui, ENEO dicte sa loi au Cameroun. Vous avez eu de l’électricité ou pas, vous payez !  Vous n’avez pas le droit de vous plaindre, ENEO est toute puissante. Et comme le dit René Jackson le blogueur, ENEO, merci pour ces moments !

Merci pour ces moments dans lesquels tu as ramené les camerounais à l’état de nature. Merci de faire de nos quartiers des endroits lugubres où on ne peut plus circuler à 19h. Merci de faire de nos administrations des moments où on ne peut plus imprimer un seul document. Merci de faire de nos téléphones portables de simples coques vides à la recherche d’une simple énergie, d’une seule barre pour dire « allo ». Merci de faire de nos frigos, des endroits où le poisson, le saucisson, le bœuf et les légumes n’ont plus leurs places. Merci de faire de nos salons de coiffure des jours de tête à demi rasée, et des jours entiers sans recette pour celui qui tient la tondeuse. Merci de nous ramener à l’âge de la pierre taillée.


Es-tu libre ?

Mon frère, ma sœur, es-tu libre ? Es-tu libre comme ces deux pigeons que j’ai vus à Bertoua, picorant librement, volant librement, voyageant librement ? Es-tu libre d’aller et de venir comme le dit la constitution de ton pays ? Es-tu libre d’aller partout où tu veux comme le dit la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ? Es-tu libre alors ? N’as-tu pas besoin d’un titre de voyage en train, bus, ou avion ? N’as-tu pas besoin d’un passeport et d’un visa pour partir de Yaoundé à Libreville ? Es-tu libre alors ?

Liberté de l'homme

Mon frère, ma sœur, es-tu libre ? Es-tu libre de manger ce que tu veux comme ce cabri que j’ai vu à Maroua, broutant l’herbe allègrement ? Es-tu libre de manger sans passer par le contenu de ton porte-monnaie ? Es-tu libre de manger sans te soucier de la flambée des prix sur le marché ? Es-tu libre de manger ta viande de brousse sans craindre le virus Ebola ? Es-tu libre de manger ce que ta religion t’interdit ? Es-tu libre alors ?

Es-tu libre de marcher dans la nuit noire sans avoir besoin de braquer tes pleins phares ou de brandir ta torche ? Es-tu libre de braver la pénombre la plus profonde comme les yeux du chat, du hibou et de la chauve-souris ? Es-tu libre de t’éclairer si la société d’électricité de ton pays ne te déleste chaque jour, ou pendant des semaines comme dans la ville de Belabo ? Es-tu libre alors ?

Liberté selon les oiseaux

Mon frère, ma sœur, es-tu libre ? Es-tu libre de dire ce que tu penses sans passer par les cases « permission parentale », « autorisation de manifestation publique » ? Es-tu libre de caqueter comme les oiseaux de la basse-cour que j’ai aperçus au quartier Ntarikon de Bamenda ? Es-tu vraiment libre de dire à ton employeur qu’il exagère sans avoir la crainte de te faire virer ? Es-tu libre alors ? Tu dis que tu as la liberté d’expression et d’opinion, mais tu as oublié aussi que tu as l’obligation de réserve ? Es-tu libre alors ?

Es-tu libre de mener la vie que tu veux, sans craindre les maladies cardiovasculaires, le Sida, le diabète ? Peux-tu dormir à Kye-Ossi sans moustiquaire et éviter le paludisme ? Es-tu libre alors ? Es-tu libre de circuler à Yaoundé lorsque le cortège présidentiel s’ébranle ? Peux-tu oser même tousser dans ce cas ? Es-tu libre d’arriver à l’heure à tes rendez-vous lorsque ta compagnie aérienne accuse 72 heures de retard ? Es-tu libre vraiment ?

Es-tu libre comme ce coq et cette poule qui s’accouplent en plein air, tandis que toi tu te caches sous la couette pour éviter les regards indiscrets et les atteintes à la pudeur ? Es-tu libre alors ? Es-tu libre d’être toi sans penser aux autres ? Es-tu libre de penser à ta rue sans compter sur son balayeur ? De penser au bac à ordures sans l’intervention des éboueurs de nuit ? De crier au voleur sans espérer l’intervention du 113 ? Es-tu libre de bloguer aujourd’hui sans passer par la dictature de Google sur les blogs « Responsive » ou non ? Es-tu libre vraiment ?

Liberté selon Nicolas

Es-tu libre d’emprunter un transport en commun s’il y’a grève des taximen à Douala ? Es-tu libre d’acheter ton pain sans la volonté des boulangers ? Es-tu libre de boire ta bière sans le concours des brasseurs ? Es-tu libre ? L’es-tu vraiment ? Es-tu libre plus que l’eau que tu gaspilles et qui te retombe sous forme de pluie ? Es-tu libre plus que ce soleil qui te brule la peau mais qui te procure de l’électricité ? Es-tu libre plus que cette terre que tu habites et qui tremble pour manifester sa divine colère ? Es-tu plus libre que ce feu que tu allumes, mais qui peut t’embraser à tout moment ? Es-tu libre ? Mon frère, ma sœur…