DANIA EBONGUE

Ma Guinée Plurielle, le plaisir t’attend (chapitre 3)

J’ai rencontré, un guinéen nommé Mansour. Son histoire m’a bouleversé.

C’est un jeune homme meurtri par la vie. Sa docilité cache sa rage de vaincre. Sa vie se résume en un seul mot : « épreuves ». Mansour m’a été recommandé par mon frère et ami Heyndricks. Il était supposé me servir de guide ici à Conakry, mais c’est sa vie qui sera désormais mon guide, ma boussole. Tout commence par cette soirée où je lui donne rendez-vous dans la salle d’attente de l’hôtel.

Il m’appelle « Boss ». Peut-être parce qu’il me voit loger dans un cinq étoiles. J’aperçois tout de suite une gêne dans son regard, comme une distance complexée qu’il crée lui-même.

48 heures plus tard, il est 8h. Mansour est à mon hôtel. Il doit faire les marchés de Conakry pour me procurer des pagnes. En l’espace d’une minute, il prononce le nom d’Heyndricks sept fois. Alors je l’interroge :

  • Il t’a marqué hein, ce bon vieux Heyndricks !
  • Oui Boss. C’est lui qui m’a tout appris.

Il ouvre son téléphone et me montre une photo. Celle d’une campagne de sensibilisation contre le VIH-SIDA. Le slogan dit : « Le plaisir t’attend ». C’est clair, seul Heyndricks a le chic de ce genre de formule provocatrice. Et pourtant, derrière ce message, il demandait un changement de comportement en utilisant le préservatif « le latex sans complexe », autre formule venant de lui, à l’époque où nous travaillions ensemble au Cameroun. Heyndricks gérait la communication d’une ONG internationale ici à Conakry. Il a recruté Mansour pour développer avec lui des stratégies et des pratiques en marketing social.

Mansour

Mansour parcourait le pays, pour sensibiliser les populations, parfois au péril de sa vie. Prendre la pirogue et parcourir Room, Kassa et autres îles de la Basse Guinée, c’était loin d’être une sinécure. C’était le prix à payer, surtout lorsqu’il a fallu faire face à la douloureuse épidémie d’Ebola. A Guéckédou comme ailleurs en Guinée, il fallait s’armer de courage pour demander aux populations de se prémunir. «  Les gens disaient que c’était une maladie inventée. Au lieu de se signaler, ils se réfugiaient dans les familles et mouraient en silence après avoir contaminé tout leur entourage » se souvient encore Mansour, avant d’ajouter : « Heyndricks m’avait dit de ne pas regarder l’attitude désinvolte des expatriés qui venaient en Guinée et refusaient de se mêler aux populations. Il m’avait dit, toi tu es un enfant du pays, et tu as le devoir de protéger tes frères et sœurs ». Alors, la peur au ventre, Mansour a parcouru les villages de son pays pour communiquer sur les gestes essentiels pour mettre fin à l’épidémie.

Il est devenu, malgré lui, le relai communautaire pour parler aux Soussou, aux Malinké, aux Peulhs, aux Bagas, aux Tômas, aux Guerzés, aux Kissis, aux Naloe, aux Bassarés, et aux Diakankés entre-autres pour que les pandémies cessent de ravager sa belle Guinée.

Il garde un souvenir heureux de ce « Heyndricks, humain et dictateur en même temps », qui savait les traiter avec tant de respect, comme il savait leur mettre des pressions folles quand il s’agissait de mener des campagnes.

Oui, Mansour n’oubliera jamais cet as du marketing, qui a même réussi à commander une marque de chaussures en son nom, tellement la communication lui collait à la peau. Mansour apprend vite que son travail a de la valeur. Diplômé d’une licence, le voilà cadre dans cette ONG. Son salaire le mènera très vite à la folie des grandeurs. Il organisera un mariage en grandes pompes à Conakry en s’offrant les meilleurs artistes du pays. « Oui, Heyndricks m’avait poussé à me marier, à me responsabiliser. Mais je n’avais pas compris qu’il fallait que je fasse des économies ».

Deux évènements tristes surviennent dans la vie de Mansour. Un jour, le patron de leur ONG leur annonce que les financements sont épuisés. Le département marketing doit fermer. Heyndricks doit quitter le pays. Pour Mansour, c’est un premier deuil. Quelques jours plus tard, il perd son emploi dans cette ONG. Commence alors pour lui, une grande descente aux enfers.

Lui qui habitait un quartier huppé doit déménager pour la banlieue. Il doit vendre sa voiture que Heyndricks l’avait aidé à acheter. Il doit réduire sa ration alimentaire. Il doit composer avec le soleil harassant de Conakry, déposer des demandes d’emploi qui n’aboutissent jamais. Avec sa femme et sa fille, braver le quotidien devient un combat de tous les instants. «  J’ai vu rouge. Mon mentor s’en va, je perds mon emploi. J’ai failli perdre la foi aussi ». Heureusement, il est recruté par la fonction publique de son pays.

« Je gagne quatre fois moins que lorsque j’étais dans cette ONG, mais j’ai déjà ça » ajoute Mansour avant de relever que Heyndricks lui a donné envie de poursuivre ses études et d’aller loin dans le marketing et la communication. « Je vais tout faire pour obtenir mon master. Je vais économiser pour me payer ces études. Je veux être comme Heyndricks, diriger la communication d’une ONG ou d’une Organisation Internationale ». 

Mansour n’oublie jamais, malgré sa situation précaire aujourd’hui, il a réussi à venir à bout d’Ebola. Le Sida n’est plus un tabou en Guinée. En l’écoutant me parler, je me suis dit : «  Je me plaignais de n’avoir pas de chaussures, jusqu’à ce que je rencontre quelqu’un qui n’a pas de pieds » Mansour m’a ouvert les yeux sur la vraie humanité. Mansour m’a permis de comprendre que quelques soient les difficultés, «le plaisir t’attend ».


Ma Guinée Plurielle, le marché du Niger (Chapitre 2)

Deuxième jet de ce périple à Conakry en Guinée. Ce marché qui porte le nom d’un autre pays.

Le chauffeur de taxi qui me dépose à la Corniche se veut formel : « Le taxi, c’est 7000 francs guinéens » Tout ceci tranche net avec l’attitude jusque là cordiale que j’ai perçu chez les commerçants de Conakry.

C’est combien le tarif officiel du taxi ? Seuls les initiés peuvent répondre à cette question. Le tarif obéit à une logique irrationnelle. C’est à la tête du client forcément. Hier soir, en nous rendant au Sheraton Hôtel à 40 minutes de notre base, nous avons déboursé 100.000 francs GNF (environ 6500 frs CFA, ou 10 Euros). Ce matin, pour une distance plus courte, logiquement, le tarif à diminué. A l’aller, le chauffeur m’a demandé 5000 frs GNF et au retour, son collègue a ajouté 2000frs de plus. La tête de l’étranger sans doute. C’est d’autant plus grave que j’ai continué une bonne partie du trajet à pied. Comme au Cameroun, lorsque le président se déplace, une partie de la route est bloquée.

Alpha Condé est au centre de conférence de l’hôtel Moon pour clôturer les 46emes Assises de la Presse Francophone. Le protocole est forcément strict, agité et nerveux. Alors je décide d’attendre au  » Restaurant Rouge Blanc  » de Kaloum. Manger dans une gargote peut paraître humiliant à Yaoundé, mais ici à Conakry, c’est un délice. Du pain à la viande pour 25 000 frs. Les drapeaux turcs et guinéens associés sur la carte.

Le propriétaire des lieux a séjourné en Turquie et veut appliquer ici les fastfood de la méditerranée. Je suis bien loin des sirènes d’Istanbul, mais je me laisse transporter, tout en piquant une colère légitime. Je me rends compte que le chauffeur de taxi ne m’a pas remboursé 3000frs quand je lui ai remis 10000frs, mais plutôt 2000frs déchirés et rafistoles de manière sauvage.

Quelques instants plus tôt, j’étais au « marché du Niger ».

Assistant de Yaoba

L’incontournable couturier Yaoba a son atelier en face d’un arbre perché au milieu du marché. C’est un Colonel de l’armée guinéenne qui m’a presque obligé à débourser 1 million de francs GNF pour commander deux boubous. Yaoba a réalisé l’exploit de me les faire en moins de 24h. Pourtant, ce guinéen de l’ethnie Soussou a le carnet de commande bien plein. A mon arrivée à 11h ce matin, son assistant était déjà en train de repasser. Les essais sont fructueux, les deux Boubous sont somptueux.

Yaoba le couturier

De l’autre côté de la route, Diallo vend des sacs et des valises. Je suis attiré par un sac de touristes, et Diallo est dur en affaires : «180 000 francs ou rien ». La discussion finit par un compromis autour de 150 000 frs GNF. J’enfile mes Boubous à l’intérieur du sac et je décide de visiter le marché. Je cherche un distributeur automatique de billets. Le marché regroupe pourtant plusieurs banques. Toutes ou presque ont la particularité de n’avoir pas de distributeurs ou d’en avoir qui ne peuvent pas distribuer au delà de 800 000 frs .

Le colonel me disait déjà hier : « Détrompe toi, malgré notre faible monnaie, tout le monde ne sait pas à quoi ressemble le million en Guinée ». Les Guinéens sont tellement fiers et dignes, qu’il est difficile de percevoir cette « pauvreté matérielle » dans leur joie de vivre. En poursuivant mon périple au marché du Niger, je tombe sur ces vendeuses de vivres en pleine rue. Des beignets, du pain, et plus curieux encore, du riz à la sauce noire qu’une dame ingurgite en plein 11h du matin.

Cela m’a rappelé les attitudes de nos commerçants de Yaoundé qui s’ envoient un bon couscous matinal en guise de petit et se bourrent tellement la panse au point de vous dire bonsoir de bonne foi en plein 9h du matin. Pourquoi ce marché de Conakry porte le nom d’un pays voisin ? Amusé par ma question, le colonel me raconte qu’une ligne ferroviaire du temps des colons traversait tout le pays à partir de ce marché. C’est après avoir cherché à comprendre cette insuffisante et plate explication que je saisis qu’il parlait du Niger le Fleuve, qui prend sa source ici en Guinée. C’est vrai que le marché donne des migraines. Je ne suis pas au Niger, mais bien en Guinée. Ma Guinée plurielle !


Ma Guinée plurielle: Chapitre 1-Conakry by night!

Un soir à Conakry, à la faveur des assises de la Presse Francophone. Chaleur et anecdotes au menu.20h 08 ce jeudi. Maison des jeunes de Ratoma. Le temps suspend son envol. La chaleur bat son plein. On étouffe dans ce bus loué pour nous transporter vers cette autre destination inconnue de Conakry. Pour oublier cet ennui insupportable et cet embouteillage interminable,  derrière moi, les occupants du bus racontent leurs expériences nationales.  Des débats ouverts sur les nationalités des uns et des autres. Evidemment,  les régionaux de l’étape,  les guinéens, sont fiers de nous brandir l’histoire assez particulière de cette Guinée qui a offert selon ses citoyens,  les couleurs jaune -rouge-vert à la plupart des pays africains. Sekou Touré est sur toutes les lèvres. L’homme qui défia le Général De Gaulle est perçu comme un héros,  dans une Guinée qui souffre néanmoins d’une monnaie sous-évaluée ,  pays dans lequel on est rapidement millionnaire en achetant simplement 10 pagnes. Oui, 10 pagnes coutent 1 500 000 frs guinéens, c’est à dire,  à peine 100 000 FCFA (150 Euros). C’est l’un des paradoxes de ce nationalisme exacerbé du pays qui nous accueille.

Assises de la Presse Francophone à Conakry 2017

Mais finalement nous arrivons dans la somptueuse résidence de Kerfalla Camara, à  Lambanyi. On nous le présente volontiers comme le premier employeur du secteur privée en Guinée,  de même que le président de la Ligue de football. Il est également président de Hafia Fc,  club mythique de football,  triple champion d’Afrique des clubs.  Notre hôte est également président du Groupe Guicopres et c’est à ce titre qu’il réussit à mobiliser dans sa résidence,  plus de 300 journalistes présents à Conakry pour les 46emes Assises de la Presse Francophone.

Diner-Concert à Conakry

L’hôte nous offre un diner-concert avec les sonorités locales. Du Kora pour commencer.  Empreinte nécessaire pour se plonger dans l’ex empire de Soundjata Keita. A côté de nous, la délégation des journalistes monégasques.  Je n’hésite pas à  leur demander pourquoi cet Etat souverain préfère avoir un club de football évoluant en France plutôt qu’une bonne équipe nationale.  «  C’est un petit pays » me rappellent-ils. Mais pourtant, 90% des habitants de Monaco refusent la double nationalité,  même pas française,  encore moins italienne.  Il existe des pays si fiers d’être eux-mêmes,  un peu comme ces guinéennes et guinéens que je perçois si téméraires, et si chauvins.

La musique est de plus en plus berçante et entrainante.  Il y a pourtant dans ce protocole exacerbé,  une joie de vivre transmissible. Les hôtesses ont le sourire. Il faut dire que c’est une sirène de la police nationale qui a dégagé la route pour nous conduire jusqu’ici.  Le propriétaire des lieux semble être proche du pouvoir.  Le portrait du président de la république traîne ici en Maître. Pendant ce temps,  un drone balaie les allées et reproduit les images  immortalisées sur un super écran géant,  comme adjectif unique de la soirée.  Il a fallu la chanson  » Malaika » de Miriam Makeba pour  apporter une touche nostalgique à la soirée.  Ce n’est pourtant pas un hasard si la feue diva Sud-africaine est invoquée ce soir. Miriam Makeba a bien connu la terre de Guinée. Et c’est là que je me suis   souvenu de toutes les paroles de mon frère et ami, Heyndricks, qui a longtemps séjourné  ici en Guinée : « Tu es dans un des rares pays africains  où un étranger peut être ministre. Un quartier de cette capitale s’appelle Cameroun et ce n’est pas une fantaisie ». Tiens, Cameroun ! Mes collègues Christelle Avom et Martine Noëlle Ndengue préparent un reportage au sujet de ce quartier nommé Cameroun en Guinée. Je frisonne déjà  de plaisir, car elles ont pu faire parler un des rares rescapés de l’époque où après la deuxième guerre mondiale, des lotissements avaient été construits pour des camerounais indépendantistes.

Délégation Camerounaise à Conakry

Le quartier porte depuis lors, le nom du pays des Lions Indomptables. Heyndricks avait ajouté que ce quartier abrite « le plus important cimetière de la ville, où sont enterrés plusieurs Upucistes. Moumié (militant de l’UPC-Union des Populations du Cameroun, et quelques-uns de ses compères ont vécu ici ». Bref, Heyndricks veut me démontrer que la Guinée est la vraie terre du panafricanisme : « Thabo Mbeki et Nelson Mandela y ont reçu leur formation militaire, au camp de Kindia. Myriam Makeba et Stockeley Carmichael y ont vécu en exil. Leur maison existe encore ». Clairement, se promener à Conakry est un véritable pèlerinage. Mais le temps est si court, d’autant plus que nous sommes venus ici pour les assises de la Presse Francophone. Le président de la section camerounaise, Aimé Robert Bihina, est accompagné d’Evelyne Owono Essomba, Julienne Mvogo, Christophe Bobokiono, Yvonne Eloundou, Rosalie Mbele Atangana et Sidonie Pongmoni entre-autres. La forte présence de ces professionnels de la plume, du micro,  et de l’écran du Cameroun à ces assises, n’a d’égal que leur assiduité dans la plupart des ateliers et des tables rondes. Une fierté pour le président national qui, le temps d’un séminaire, porte de manière emblématique, l’onction sacrée de plénipotentiaire d’une presse locale, saluée et adulée à l’international, alors qu’il y a quelques temps encore, certains confrères au pays n’ont pas apporté à la profession, une odeur de sainteté. Mais ça, c’est une autre affaire. Ce soir, fait rare, les journalistes sont aussi à la fête, dans la nuit chaude de Conakry.


Le Cameroun n’ira pas à la coupe du monde 2018

Le Cameroun n’ira pas en Coupe du Monde 2018, je vous explique pourquoi.

Des Lions Indomptables malheureux !

Oui, il y’a des jours comme ça, des jours fiévreux,

Car, jadis, ces joueurs étaient valeureux,

Aujourd’hui, sur la pelouse, ils sont peureux.

Oui, il y’a des comme ça, des jours fiévreux,

Des jours qui ne sont plus miraculeux ;

Pour le Cameroun, avec un jeu si douteux,

A Uyo comme à Yaoundé, piètre jeu !

Conquis par un Nigéria méticuleux

Un Nigéria au rythme mielleux,

Un Nigéria au sens tactique moelleux.

Oui, il y’a des jours comme ça, des jours fiévreux,

Car, jadis, ces joueurs étaient valeureux,

Ils s’appelaient alors Ngadeu,

Ils s’appelaient alors Teikeu,

Ils s’appelaient alors Ngamaleu.

Mais ces « valeureux », sont devenus calamiteux,

Surtout lorsqu’il s’agit du milieu.

Pourtant, à Yaoundé, le ciel était bleu

Sans doute après le soleil, il pleut

Et pour le champion d’Afrique, c’est scandaleux !

Le Cameroun ne sera pas en Russie, pauvre malheureux !

Mais en face, il y’avait des Biafrais courageux.

Il y’avait des Yorubas laborieux.

Il y’avait des Haoussas besogneux.

Il y’avait des Igbo teigneux.

C’étaient des joueurs acrimonieux.

Là où l’enjeu était aussi beau que le jeu.

 

Mais, un jour, le rugissement du lion sera de nouveau victorieux.

Un jour, le football camerounais sera encore glorieux.

Un jour, on oubliera ces moments douloureux.


Crise de confiance.

Quand l’amour de ta vie ne croit plus en toi…

J’ai lu ses messages : « salaud », « méchant », « tu ne mérites pas une femme comme moi », «  je m’en fous des pimbêches que tu entretiens ». Oui, Dolorès, elle m’a dit ces choses odieuses. Mais tu sais quoi ? Elle a raison. Je ne la mérite pas. Depuis des années, elle et moi c’était la tourmente. La tourmente scolaire dans laquelle le premier amour s’active avec quelques frissons de jeunesse. La tourmente de l’après bac, lorsqu’il faut accepter qu’elle fasse son choix, le choix de partir pour une vie meilleure, un nous deux plus rayonnant, plus joyeux, du moins, je le croyais.

Mais la première trahison viendra de là. Son départ était douloureux, il m’a poussé dans les cuisses d’une autre. Et de ces cuisses, naitra l’enfant de la trahison. L’amour de ma vie ne l’a pas accepté. Elle ne l’a jamais accepté, jusqu’aujourd’hui. Mais Dolorès, je me suis mis à genoux, j’ai supplié, j’ai écrit des lettres, j’ai demandé pardon…Mais, elle a refusé de m’écouter. Dans la douleur je l’ai vue partir, dans la douleur j’ai souhaité la voir revenir. Oui, elle est revenue, mais c’était dans mes rêves. Je la revoyais se blottir dans mes bras, me dire, marions nous ! Cela n’est jamais arrivé que dans mes pensées et mes rêves troublés.

Deuxième trahison, elle se met avec quelqu’un qui m’a royalement envoyé qu’il voulait me montrer que je ne suis rien. Et il s’en est vanté…C’était le paroxysme de l’humiliation.

Troisième trahison, j’apprends qu’elle vient souvent au pays, mais je ne fais pas partie de ses convives.

Au contraire, le jour de mon anniversaire, j’ai appris qu’elle s’était mariée.  J’ai avalé la salive. J’ai consommé mon amertume. Je me suis dit « Game over ». Je n’avais plus d’espoir. Mon anniversaire était souvent un jour de repère pour notre relation. Une date mémorable, mais désormais ce serait une date redoutable, car elle s’est mariée le jour de mon anniversaire.

Un triste sort accompagnait mon quotidien, fait de solitude et de lassitude. L’amour de ma vie s’était mariée. Alors, je me suis marié à mon tour, quelques années plus tard, un peu par dépit je l’avoue. Puis je l’ai revue, le jour de la fête nationale et comme un éclair, on était sur le point de revigorer 23 années communes, en occultant ces 10 dernières qui n’ont pas été glorieuses.

Oui, j’étais prêt à tout recommencer, à divorcer, car elle de son côté, avait divorcé. Mais elle était devenue si fragile, si vulnérable, si susceptible. Mais, je m’en foutais. J’étais si heureux de la retrouver. On s’est revus ici, puis on est allé à l’étranger. Elle a donc décidé de bâtir avec moi un projet de vie, puis de m’offrir une voiture. Un beau matin, elle a viré l’argent dans mon compte. Mais l’argent était insuffisant. Deux mois plus tard, elle m’a dit qu’elle était à bout de forces, car, elle s’était endettée pour m’envoyer cet argent. Et là, j’ai compris que ça allait être pénible. Pourtant, je ne l’avais jamais envoyé s’endetter. Alors, je lui ai demandé de laisser tomber ce projet. Elle a insisté qu’on allait aller jusqu’au bout, et elle a encore décidé de laisser tomber. Elle m’a même dit qu’elle n’était pas du tout heureuse avec moi, et qu’elle décidait de tout arrêter.

Trois mois plus tard, elle débarque à nouveau, et déclare que je vais lui rendre l’argent que je lui ai pris « pour entretenir celle avec qui tu vis ». Dolorès, je n’ai rien compris. Elle m’a promis l’enfer, le volcan, a déclaré que je me suis foutu d’elle, bref, elle m’a annoncé la foudre. Le problème est que l’amour de ma vie n’écoute plus. Elle est sourde à tout ce que je lui dis. Elle refuse de croire à quelque bonne foi de ma part. M’a même accusé de tous les maux de sa vie depuis tant d’années. Je n’ai rien compris. Je ne vois pas en quoi je me suis foutu d’elle. Aujourd’hui elle veut de moi, demain, elle ne veut plus. Aujourd’hui elle m’aime, demain, elle me déteste. Hier j’étais l’homme de sa vie, maintenant, je suis un escroc.

Est-ce de l’amour ? Est-ce l’éloignement ? Toujours est-il que l’amour qui se transforme en haine est dangereux. Je suis donc réduit à une histoire d’argent ? Ou alors il y ’a autre chose ? Alors Dolorès, toi qui connais si bien l’amour de ma vie, peux-tu m’expliquer cette crise de confiance ?  


Un foyer de l’espérance rythmé par Gino Sitson

Sur les parvis de la salle BOUMA de l’hôtel Hilton de Yaoundé, deux monstres du registre Jazz et Fusion originaires du Cameroun sont assis côte à côte. Gino Sitson et André Manga observent le déroulement de cette soirée organisée par l’Unicef. Le deuxième s’apprête à accompagner le premier sur scène, à la faveur de ce mini concert et dîner de gala pour soutenir les efforts de réinsertion des enfants de la rue. Une soirée mémorable va commencer.

Gino Sitson et André Manga

Cette longue journée avait débuté plus tôt par une conférence de presse donnée par l’artiste lui-même, en compagnie de Félicité Tchibindat, représentante de l’Unicef au Cameroun. Selon elle, « le phénomène des «enfants de la rue » touche les plus jeunes et les adolescentes. En 2009, 36,1% de jeunes sans abri de la ville de Yaoundé avaient moins de 18 ans » d’après les chiffres de l’Institut National de la Statistique en 2009. Il y’ avait donc derrière cette donnée alarmante, l’urgence d’opérer un changement, d’autant plus qu’ « il est estimé que plus de 1.500 jeunes sans abri vivent actuellement dans la seule ville de Yaoundé ».  

Père Alfonso, Coordonnateur du Foyer de l’Espérance

C’est un prêtre, le Père Alfonso, coordonnateur du foyer de l’espérance de Yaoundé, qui insistera sur ce chiffre et sur le rôle joué par son foyer depuis 40 ans exactement : Insertion des enfants sans abri, scolarisation des enfants mineurs de la prison centrale de Yaoundé et autres actions qui ont permis à ce foyer, d’accueillir, de loger, de scolariser et de nourrir des centaines d’enfants. Les ambassadeurs de bonne volonté de l’UNICEF ont été sensibles à ce travail du foyer de l’espérance, le footballeur Samuel Eto’o tout d’abord, et maintenant, l’artiste Gino Sitson, ont décidé d’agir.

Gino Sitson, Ambassadeur de Bonne Volonté de l’Unicef

Le vocaliste, musicologue et compositeur, auteur de 7 albums, dont le dernier, intitulé  « Body and Voice », et qui est un florilège de seize chansons enregistrées au cours des vingt dernières années est un homme à l’agenda et à la discographie fournis. Mais le nouvel ambassadeur de l’UNICEF a pris de son précieux temps pour rencontrer les enfants du foyer en Décembre 2016, avec lesquels il produira deux titres : « D’un souffle commun »  et « sing », contenus dans un CD qui sera mis en vente ce soir au profit du foyer de l’espérance. Le titre « d’un souffle commun » va émouvoir l’assistance venue apprécier les talents cachés de ces enfants marginalisés par la société.

Le père Alfonso rappellera que sur les dons reçus au centre, seuls 8% sont en provenance du Cameroun. « Comment peut-on être aussi peu généreux envers nos propres enfants ? », s’interrogera un invité, choqué par cette statistique. Les gestes de générosité commencent à fuser de toutes parts. Madame le Ministre des Affaires Sociales donne le ton. Ce sera la première donatrice de la soirée. Elle sera suivie par d’autres administrations et individus et au bout de cette longue chaîne de solidarité, la collecte de la soirée sera de 1.104.000 (Un million cent quatre mille  francs CFA). Une bonne moisson pour redonner du sourire, de l’espérance et du rythme (musical) aux enfants d’un foyer qui garantit leurs droits… et leur sécurité.


Et Dieu créa… Blick Bassy

Un homme de culture est couronné. Sa trajectoire s’enrichit désormais du Prix Littéraire d’Afrique Noire pour son roman « Le Moabi Cinéma ». Rencontre avec cet incroyable artiste.

Paris, décembre 2016.

Blick Bassy, qui vit désormais à Bordeaux est de passage dans la capitale française et me donne rendez-vous dans un café. Depuis qu’il est parti du Cameroun c’est la première fois que je vois ce nouveau monument de la world music (musique mondiale), nouvelle égérie des playlist des radios spécialisées de France (Radio Jazz, Radio Classique), qui distillent les sonorités de ce camerounais valorisant la langue forestière Bassa, comme un bout de ce Cameroun qu’on est si fier d’écouter dans cette partie du monde qu’est l’hexagone. 

Malgré sa simplicité, son humilité et son sourire qui ne le quittent pas, il y a dans ce nouveau Blick Bassy, 20 années d’une carrière professionnelle si riche. 10 ans avec le groupe Macase qu’il a cofondé. Entre temps, sa structure BB PROD voit le jour – entre 2003 et 2010 – pour révéler des talents locaux tels que Koppo, ou encore produire la compilation les « Rap-Conteurs », qui place sur orbite des voix angéliques comme Danielle Eog et Sanzy Viany.

Et pourtant, Blick ne s’arrête pas là…

Il était une fois, le quartier Kondengui

1998 :

Nous sommes dans le quatrième arrondissement de Yaoundé, le quartier Kondengui. Dans un salon de coiffure, un jeune homme bien mis, bien coiffé, se délecte avec un drôle d’appareil. Ce n’est pas le fameux walkman des années 1990, ni le baladeur CD qui commence à être en vogue. Blick Bassy écoute la musique à partir d’un engin plus miniaturisé, un mini-disque. L’appareil m’intrigue et je décide d’aller vers lui. Il m’explique que c’est un lecteur-enregistreur numérique et qu’il s’en sert pour composer ses chansons. Ah, c’est un artiste. Mais quel artiste avant-gardiste !

Quelques semaines plus tard, le groupe Macase sort le single « Etam » qui le propulsera au-devant des hits. Le groupe deviendra un orchestre incontournable et fait le tour du monde. Un prix RFI Musiques du Monde passera par là. Mais un jour, Blick Bassy nourrit d’autres ambitions, il se voit désormais faire une carrière en solo.

Blick Bassy et son fils

2016 :

Paris, ville Lumière. Blick y est de passage pour rencontrer son fils, jeune percussionniste que son père a vite fait d’inscrire dans une école de musique. Blick sait que le travail est la seule règle pour réussir dans ce métier. Alors, il raconte dans les détails, chacun de ses trois albums : Léman en 2009, Hongo Calling en 2011, et Ako en 2015.

L’album AKO, un génie artistique qui nous plonge dans l’ancestralité. Blick Bassy est résolu à transmettre les vibrations outre-Atlantique dans cette France qui conjugue la pluralité de ses concitoyens.

Et maintenant, le livre :

Telle une cohérence idéologique, Blick Bassy revendique la même authenticité ancestrale, dans son premier album, le Moabi Cinéma, paru chez Gallimard en Mai 2016.  C’est vrai qu’il y’a quatre bonnes raisons de lire le premier roman de Blick Bassy. Il y a d’abord ce lien étrange entre la forêt et le cinéma. Ensuite, la rencontre de l’interculturalité entre le visible et l’invisible, le moderne et le traditionnel, l’authentique et le traditionnel. Il y a aussi les deux faces cachées de Janus résumées en Blick Bassy (la langue Bassa qui est le socle de ses chansons, et la langue française qu’il manie avec aisance).  Blick Bassy est définitivement un chantre de la diversité.

Ne vous y trompez pas, Blick Bassy a reçu deux bourses d’études après son Baccalauréat, brillant élève qu’il était. A la surprise de son père, il avait refusé de s’expatrier pour faire de la musique. Aujourd’hui, il fait de la musique et s’est expatrié. Et la dernière raison, est sans contexte, son prix.

Un prix reçu ce 28 Mars 2016 en présence du Ministre Camerounais des Arts et de la Culture (Narcisse MOUELLE KOMBI) et des responsables de lOrganisation Internationale de la Francophonie.

Et Dieu créa Blick Bassy. Un peu lunatique sur les bords, génie parmi les stars. Dieu créa en lui-même cette recherche perpétuelle de l’excellence. Dieu mis en lui un énorme héritage de sonorités forestières, de conquête du métissage et de la créativité. Dieu créa même un artiste qui sait improviser une chanson dans des escaliers…

https://www.facebook.com/blick.bassy.7/videos/10209708295316926/

Dieu créa un artiste dont le calendrier des concerts est toujours plein.

Dieu créa Blick Bassy.


Un goût de France à Yaoundé.

Tout commence par l’apéritif au Champagne. C’est la douce France qui le veut ainsi. Les verres permettent de voir arriver la trentaine de convives de Son Excellence Gilles THIBAULT, Ambassadeur de France au Cameroun.  L’instant d’un dîner qui m’a enseigné la profondeur du printemps.

Le diplomate Gilles THIBAULT en est à sa 4ème mission à l’étranger, et au Cameroun, en 6 mois déjà, il a su déjà apprécier la diversité des cultures, des paysages, des végétations et même des populations du Cameroun. Sa résidence accueille ce soir, un peu de tout ce Cameroun diversifié. Entre les étudiants de l’Ecole d’hôtellerie de Ngaoundéré, les blogueurs de Douala, Yaoundé, et Ebolowa, quelques anglophones venus des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, qu’entouraient les employés des structures françaises au Cameroun, il y’ avait là de quoi fédérer des énergies autour d’un dîner, le dîner « Good France ».

Pour cette 3ème édition, Monsieur et Madame Thibault ont voulu un menu français à base d’ingrédients camerounais.  « Le concept Dîner Good France, à la résidence de l’Ambassadeur  de France, ce 21 Mars 2017, 3ème édition, c’est d’inviter des jeunes, à la fois des écoles d’hôtellerie-restauration du Cameroun, notamment de Ngaoundéré, des jeunes blogueurs, influenceurs, journalistes, et des jeunes de l’équipe France au Cameroun », nous confie Léopold STEFANINI, Conseiller à l’Ambassade de France, dont l’immense sourire révèle la fierté de ce grand moment de partage.

Lorsque l’Ambassadeur lui-même et Madame accueillent les convives à l’entrée de la résidence, on se demande comment l’espace d’une soirée, on devient  si important pour être reçu par le Chef de Mission diplomatique. Un sourire, un entretien avec lui, et il vous installe. Personne n’est négligé, personne n’est oublié. Monsieur l’Ambassadeur tient à être proche de tous ses invités, un mélange de personnalités aux conditions sociales et économiques diverses. Deux ministres, celui de la Formation Professionnelle et celui du Tourisme, des jeunes cadres dynamiques, mais aussi ceux dont la condition sociale est moins aisée, ont trouvé ici un socle d’égalité, d’équité et même de parité. Parité dans laquelle à côté de chaque homme, se trouve une femme. Trois tables dressées d’égale mesure et d’égale valeur, avec un symbole unique : Liberté, Egalité, Fraternité.

Oui, liberté de ton, de là où je suis, de parler avec le plus grand diplomate de France au Cameroun. Egalité devant le ministre qui est assis à notre table, et que ma jeune collègue Rose MUNJONGUE titille avec ses blagues et ses selfies. Fraternité, car à notre table, deux anglophones siègent. Olivia, avec qui nous menons des combats depuis des années pour la reconnaissance pour le digital, l’économie numérique et l’influence des nouveaux médias, et une autre que je découvrais avec un côté très glamour. Tout y passe, y compris ma mésaventure à propos de la première fois que j’ai mangé du lapin. L’Ambassadeur quant à lui,  est attentif à qui mange ou ne mange pas. A ses côtés, la très respectable Armelle Babette MEYO ONANA. Une passionnée de cuisine qui a ouvert sa startup pour former des gens partout en Afrique et en France et qui aura son mot à dire ce soir à chaque séquence du service. C’est l’ancienne camarade d’Ecclésiaste DEUDJUI, l’inconditionnel blogueur de Douala et ses camerounaiseries. Les retrouvailles entre les deux ont une saveur de nostalgie quand ils étaient en classe de troisième à Edéa ( ville du littoral camerounais). Mais c’est Fotso FONKAM , dans sa discrétion légendaire qui me rappellera que la vie est avant tout, humilité.

De l’autre côté de la table, Tchakounte KEMAYOU a du mal à avaler sa Soupe glacée de concombre au yaourt. Je dois l’avouer, il n’était pas le seul. Heureusement, vint le magnifique Croustillant de gambas de Kribi (Cité balnéaire du Cameroun). Là, l’enfant de la côte que je suis, a rendu hommage à ses ancêtres et à la divine crevette qui a si bien nommé le Cameroun (Rio Dos Camaroaes = Rivière des crevettes). Un délice arrosé de tous les vins possibles : blanc, rouge, rosé. Il y’avait de quoi flatter nos papilles gustatives, au rythme d’un soir de France stimulant en nous, ce printemps yaoundéen.

Parce que l’Ambassadeur Gilles THIBAULT nous a bien rappelé que « c’est la fête du printemps que nous célébrons ce jour, mais davantage une initiative que nous honorons partout dans le monde et qui s’intitule goût de France » lors de son discours de bienvenue. Un goût de France qui se poursuit avec le Dos de capitaine à l’orange et ses deux purées. Si le capitaine était impeccable, les deux purées l’étaient moins pour moi. Il y’a sans doute là, une rébellion culturelle, une révolte de plus de 37 ans de saveurs tropicales épicées, et qui refusent de se faire dompter par un poisson qui n’est pas poivré et pimenté. Qu’importe ! Mes quelques voyages en France m’avaient déjà ouvert l’esprit de l’exploration culinaire. Rien à voir avec nos sauces répétitives qui peuvent nous pousser malgré nous à la polygamie. La gastronomie française est inventive, là où la nôtre est riche mais monotone. Ecclésiaste se rappellera que le Sénégal exagère avec son riz au quotidien. Le Ministre de la Formation professionnelle dira que chez lui dans les montagnes du Grand Nord, rien ne vaut une boule de mil au quotidien.

L’Ambassadeur en profitera pour me charrier sur mon embonpoint, caractéristique principale du « mieux-être » chez les grands-mères lorsqu’elles reçoivent leurs petits-fils au village. Oui, pendant que nous misons sur la quantité ici dans nos plats, la France mise davantage sur la qualité (esthétique) des repas, comme cette Charlotte au chocolat qui viendra définitivement achever cet opéra nutritif aux sonorités alimentaires. Malgré cette apparence culinaire basée sur la France, tout ce que nous consommons ce soir est camerounais, même la citronnelle qui nous sert de digestif à la fin. C’est là que les retrouvailles sont chaleureuses avec Marie-Jeanne MPACKO (Chouchou), mon ancienne camarade de l’Institut des Relations Internationales du Cameroun, et influenceuse au Cameroun. Que dire de Salma AMADORE, celle qui se retrouve partout avec moi, mais qui a le chic d’arriver toujours en retard comme ce soir.

Vient donc le moment des selfies d’adieu. Tout y passera. L’ambassadeur qui me refuse une photo puis finit par l’accepter, moi qui n’arrive pas à photographier correctement Christelle BOUDJIEKA ma collègue journaliste, si soucieuse de ne pas faire apparaître ses jambes, pendant que l’Ambassadeur et Madame rient de bon cœur de ce moment ludique que seule l’hospitalité française sait apporter. Oui, c’était un bon goût de France, là où la vie se conjugue à l’éternel présent et à la générosité plurielle.

Et comme je le disais déjà l’an dernier dans ce billet:  21 Mars 2016 : Journée Mondiale du Pain.

Dans la table du monde, le 21 Mars doit symboliser le retour du soleil, et ce que ce soleil peut nous apporter comme bienfaits. Oui, Liberté, égalité, solidarité, fraternité, diversité, universalité. Voilà les mots clés du printemps. Voilà comment on peut lutter contre le racisme. Voilà comment nous devons partager le pain, avec l’humanité entière.


Maroua accueille le Conseil de Sécurité de l’ONU

14 pays membres sur les 15, du Conseil de Sécurité de l’ONU (Bolivie, Chine, Egypte, Ethiopie, France, Italie, Japon, Kazakhstan, Sénégal, Suède, Ukraine, Royaume Uni, Etats-Unis, Uruguay) étaient en visite dans les pays du bassin du Lac Tchad où sévit actuellement une crise humanitaire aiguë, conséquence des exactions de la secte terroriste Boko Haram.

Ce vendredi 3 Mars 2017, les chiffres de l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) datant de janvier sont alarmants : plus de 250 000 individus sont réfugiés et/ou déplacés dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun du fait de la guerre imposée par la nébuleuse Boko Haram. Une crise humanitaire découle de ce nouveau flux démographique et du déplacement des populations. Le Cameroun a ouvert différents sites de réfugiés avec l’appui des organisations onusiennes et plusieurs ONG. Malheureusement, la prise en charge de ces populations vulnérables nécessite de gros moyens et l’appel aux donations est martelé par les différentes chancelleries.  C’est sans doute pour toucher du doigt la réalité de cette situation alarmante que le Conseil de Sécurité s’est déporté ici, bravant une température avoisinant les 40 degrés.

Ce vendredi , c’est à l’aéroport International de Maroua Salak que l’avion spécial transportant les 14 membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (sauf la Russie) s’est posé devant un parterre de personnalités et d’autorités traditionnelles, administratives et religieuses venues dire la bienvenue à cet unique organe de l’ONU dont les décisions sont contraignantes et applicables par tous les Etats membres.

La délégation est conduite au Cameroun par le britannique Matthew Rycroft, président du Conseil de Sécurité pour le mois de Mars 2017. « Nous sommes venus au Nord du Cameroun parce que cette crise qui affecte toute la région du Lac Tchad est négligée de notre point de vue » affirmera Matthew Rycroft. Les membres du Conseil de Sécurité ont donc rencontré quelques familles des réfugiés, et notamment des enfants logés à l’ICE (Institution Camerounaise de l’Enfance) de Maroua, parmi lesquels quelques-uns victimes de suspicion ou de collusion avec Boko Haram. En compagnie de Najat Rochdi qui achève ainsi son mandat comme Coordinatrice du Système des Nations Unies au Cameroun, les membres du Conseil de Sécurité ont été attentifs aux cris et aux pleurs des populations vulnérables rencontrées.

Certaines femmes n’ont pas caché leur émotion en effet, devant ce qu’elles ont considéré comme une forte attention de la communauté internationale. « Nous utiliserons ces témoignages recueillis de la meilleure manière qui soit, afin d’attirer l’attention de la communauté internationale sur ce qui se passe ici », ajoutera le diplomate britannique. Son homologue français, François Delattre aura une formule spéciale : « ce que nous avions compris avec la raison, nous l’avons vécu avec le cœur ». Le Conseil de Sécurité est donc reparti du Cameroun en clamant une lueur d’espoir pour mettre  fin à cette crise et à ses conséquences désastreuses.


Je suis Jovi, je suis Reniss

Jovi, beatmaker et rappeur camerounais connu pour son label « New Bell » qui a révélé l’artiste Reniss (Kien Rennise Nde de son vrai nom), auteur du titre à succès « Dans la sauce ». Le problème est que cette chanson est devenue la chanson mémoire du sacre des Lions Indomptables à la Can Gabon 2017, au point où l’opérateur de téléphonie Orange en a fait un slogan publicitaire… Jovi s’en offusque. Nous aussi.

Voilà un artiste travailleur, créateur, au paroxysme du génie qui nous fait des beat de rap avec des accents Bikutsi. Non, au départ, personne ne le prenait au sérieux, même pas quand il lançait ses tendances comme   Cash  avec « mets l’argent à terre  » comme slogan. Jovi savait déjà nous montrer qu’il est un vrai camerounais anglophone et francophone, révélant au passage des perles comme Shey, Tilla et… Reniss. Je n’oublierai jamais l’EP Mboko God  et la version  positionning  qui réveillait tous les auditeurs de la chaîne urbaine Yaoundé FM 94. Un tel talent, qui m’a fait tomber amoureux de Reniss  à l’époque de African Luv, album dans lequel la chanson  i’m ready m’a redonné la foi en un Dieu puissant, celui de la musique. Que dire alors du featuring   Owe Owe avec l’incontournable Sadrak Pondi. C’est que Jovi et son label « New Bell » savent donner le pouvoir à la musique.

Et puis, 2016, la chanson « Dans la sauce ». Reniss se révèle à l’Afrique. Elle devient l’égérie des concerts, des mariages, des baptêmes, des boites de nuits. Pendant qu’elle nous sert de nouveaux singles, voilà que la communauté camerounaise du Gabon accompagne l’équipe fanion, les lions indomptables avec le tube « Dans la sauce ». La chanson devient le slogan officiel du 5ème sacre du Cameroun à la Coupe d’Afrique des Nations de Football. Tout le monde est passé dans la sauce camerounaise : Le Burkina Faso, la Guinée Bissau, le Gabon, le Sénégal, le Ghana, et l’Egypte qu’on n’avait jamais battue en finale. Le Cameroun est champion d’Afrique et la  sauce de Reniss fait le tour des réseaux sociaux. Même le président Paul Biya utilisera l’expression « dans la sauce »  lorsqu’il accueille les lions indomptables de retour de l’expédition victorieuse du Gabon.

Voilà qu’Orange Cameroun utilise aussi ce slogan pour sa dernière campagne. Jovi estime que la marque aurait dû demander son autorisation. Du coup, les querelles de juristes se succèdent sur la toile. Le terme « Dans la sauce » est-il une marque déposée ? Protégée ? Tout le monde y va de son expertise. En ce qui me concerne, je suis Jovi. Je soutiens sa revendication à fond. Jovi sait très bien que la marque s’appuie sur cette chanson populaire pour cette campagne.

C’est du plagiat déguisé, car ils préfèreront sans doute payer les meilleurs avocats pour refuser de payer un peu d’argent au label New Bell, simplement parce que la chanson a accouché de ce slogan et tout le monde le sait. Oui, les artistes sont souvent abusés dans notre pays. Pour peu qu’il y’ait un peu de succès, leurs chansons sont utilisées dans les publicités sans aucune contrepartie aux artistes. C’est ainsi que leurs chansons animent des colloques, des ateliers, deviennent des slogans de campagnes, mais l’artiste n’a pas le moindre kopeck.

Il y’a donc quand même, avouons-le, une démarche de filouterie dans certains procédés marketing au pays. Je demande à Orange Cameroun de payer une somme conséquente à Reniss et à l’auteur compositeur Jovi. Orange en sortira grandi. Orange mettra en avant sa capacité à respecter la créativité et l’esprit d’initiative des jeunes camerounais.  Je demande à Orange Cameroun de faire preuve d’humilité et de reconnaitre que « dans la sauce » est inspiré de la chanson de Reniss. Orange verra ainsi que son capital sympathie grandira auprès des jeunes à qui cette marque offre les services de téléphonie et d’Internet. Je soutiens Jovi dans sa démarche, et s’il n’est pas écouté, ne soyez pas surpris qu’un jour ce soit Orange qui soit « dans la sauce ».