DANIA EBONGUE

Les larmes du 26 juin en Afrique : le football plaide coupable

Au terme d’une rencontre à rebondissements, l’Argentine de Lionel Messi est venue à bout du Nigeria et s’est qualifiée pour les huitièmes de finales de la coupe du monde 2018. Cela s’est passé un 26 juin, une date qui rappelle plus d’un triste souvenir aux camerounais.

Je ne sais pas quoi écrire ce soir. Pourtant il faut que je dise quelque chose sur cette défaite nigériane, sur cette coupe du monde au gout si amer pour l’Afrique.

Il faut que je m’exprime. Il faut que je dise quelque chose. Mais que dire ?

D’abord, j’ai du mal à titrer ce billet. Devais-je dire :

  • Ces argentins-là ne méritaient leur qualification.
  • Triste soirée africaine.
  • Injustice du football face à l’Afrique.
  • L’Afrique devrait organiser sa coupe du monde.
carte-afrique-coupe-monde-football-2018
Les 5 Africains de la coupe du monde 2018 – Crédit : Mondoblog

Ma voisine de palier est nigériane. J’ai entendu de multiples cris stridents depuis son domicile. Sa famille était en délire à chaque action forte, à chaque but marqué, surtout au moment du pénalty nigérian.

J’ai finalement eu de la sympathie pour elle. Car, il faut l’avouer, ma voisine n’est pas du tout gentille. Elle a du mal à saluer ses voisins, elle est repliée sur elle-même, confinée dans son appartement, distante et arrogante. Elle était pourtant libérée ce soir, le temps d’un match de football. A Yaoundé et Douala, les nigérians sont chez eux. C’est tout naturel que tout le quartier soutenait les « green eagles », « super eagles », bref, les super aigles verts. A 10 minutes de la fin du match, pendant que nous étions tous convaincus de la performance nigériane, car à 1-1, l’Argentine était éliminée, la forte pluie qui s’est abattue sur Yaoundé a figé les images.

Crédit : domaine public via wikicommons

Il est de notoriété publique que Canal + Afrique nous sert des images selon ses humeurs. Mais c’est un autre débat. Les abonnés ont raté la fin du match dans mon quartier. Du coup, quand les images reviennent, le compteur affiche 2-1 en faveur du Nigeria. C’est le silence total. Ma voisine nigériane et ses enfants se taisent définitivement. La nuit vire au drame.

On aurait dit une soirée de défaite des lions indomptables. C’est mal connaitre les camerounais, qui ont pour principal rival le Nigeria quand il s’agit du football africain, mais ce soir, tous les camerounais étaient nigérians. C’est d’ailleurs ce même Nigeria qui a empêché les lions indomptables d’aller en Russie, mais les camerounais n’oublient jamais que leur meilleur voisin, c’est le Nigeria : 1690km de frontière entre les deux pays. Il y a donc eu un déferlement sur les réseaux sociaux à la fin du match.

Les gens crient au scandale, à l’arbitrage qui aurait été clément avec l’Argentine et au doigt d’honneur de la légende Diego Maradona à la fin du match. La défaite est indigeste, le sentiment d’injustice habite à nouveau les camerounais.

« Il est sans doute préférable que l’Afrique organise sa propre coupe du monde. Le football c’est pour les forts, pas pour nous », lance un ami complètement dépité sur Facebook. Il l’est davantage quand il découvre les images relatives du spectacle offert par Diego Maradona au moment du deuxième but argentin.

https://twitter.com/BuzzDeFoot/status/1011729903866310656?ref_src=twsrc%5Etfw

Les espoirs sont maintenant entièrement fondés sur le Sénégal qui aura en face un autre sud-américain, la Colombie. Cette Colombie qui a deux mauvais souvenirs contre l’Afrique : un huitième de finale perdu en 1990 face au Cameroun, et une demi-finale de la Coupe des Confédérations, perdue le 26 juin 2003 face au…Cameroun.

Le 26 juin, une date triste

Ce 26 juin 2003, Marc-Vivien Foé mourait au stade Gerland en France, pendant la demie-finale de coupe des confédérations opposant le Cameroun et la Colombie. 15 ans plus tard, les camerounais espéraient que son spectre allait sourire aux nigérians. Que non ! Ce 26 Juin 2018, le Nigeria a confirmé qu’en coupe du Monde, l’Argentine la domine toujours. Cinq défaites en cinq confrontations : 25 juin 1994, 1er juin 2002, 12 juin 2010, 25 juin 2014 et 26 juin 2018. Les amoureux de la numérologie sont servis. Des dates qui se ressemblent, et ce tirage au sort qui revient tout le temps. Autour du 26 juin, le Nigeria perd contre l’Argentine. Le football a-t-il une autre logique que le sport ?

Argentine-Nigéria, l’éternelle affiche

Cinq fois donc en Coupe du Monde, deux fois aux Jeux Olympiques, une fois à la Coupe des Confédérations, et plusieurs fois en amical. L’histoire retiendra que c’est le 3 août 1996 que l’Afrique a été pour la première fois de son histoire médaillée d’or au tournoi de football des Jeux Olympiques. C’était le Nigeria, et c’était face à l’Argentine. Cette même Argentine a remporté sa deuxième médaille d’or olympique de football en 2008 face au Nigeria.

Je n’ai toujours pas trouvé de titre pour mon billet. J’ai envie de l’intituler « 26 juin 2018 ». Oui, cela me semble correct. Car des 26 juin qui nous font pleurer, il y en aura encore et encore à Yaoundé. Je vais finir par croire que la forte pluie qui s’est abattue sur la ville de Yaoundé ce soir était faite de larmes. Mon billet peut évoquer aussi ces larmes. Les larmes du 26 juin. Les larmes de nos ancêtres. Les larmes de Marc Vivien Foé. Les larmes des nigérians qui méritaient d’aller plus loin dans la compétition. Les larmes de l’Afrique dont le parcours à cette coupe du monde 2018 ressemble déjà à un cauchemar. A moins que…


Quand la Suisse joue, le Kosovo et le Cameroun sont supporters

Cette coupe du monde 2018 permet à certains pays qui ne participent pas de s’aligner derrière l’équipe qui compte en son sein des joueurs originaires de leur pays. C’est le cas de la Suisse qui fait la fierté du Kosovo et… du Cameroun !

S’il y a bien une histoire contemporaine qu’il faut apprendre et réapprendre dans nos cours de géographie, c’est la question de la Yougoslavie ou plutôt de l’ex-Yougoslavie. Voilà un pays qui a éclaté en plusieurs : Monténégro, Serbie, Macédoine, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Slovénie et Kosovo. Ce dernier, indépendant depuis 2008, n’est pas reconnu comme tel par la Serbie et une partie de la communauté international. Ce contexte politique est venu peser sur le football. En 1992, le Danemark devient champion d’Europe des Nations. Il est invité à la compétition parce que la Yougoslavie n’a pas pu participer. Les guerres ethniques, nationalistes et confessionnelles sont passées par là. Les unités fédératives de l’ex-Yougoslavie sont dissoutes au profit de petits pays éclatés. Entre 1999 et 2001, un autre conflit ethnique éclate entre les deux principales communautés : les albanais et les serbes. Ce conflit, qui s’est internationalisé, a débouché sur une éternelle querelle entre les ressortissants des deux communautés.

La Suisse gagne le match, le Kosovo fait la fête

La Suisse a gagné le match contre la Serbie, mais Le Kosovo a accueilli cette victoire (2-1) avec des coups de klaxons toute la nuit. La « Nati » regroupe en son sein des joueurs d’origines diverses. Les deux buteurs de la Suisse, Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri, sont originaires du Kosovo, et les deux ont mimé l’Aigle du drapeau albanais pour célébrer leur but. Le sélectionneur suisse Vladimir Petkovic, lui-même originaire de Sarajevo en Bosnie-Herzégovine et donc ex-Yougoslavie, a tenté de calmer les ardeurs de ses attaquants, mais le contexte était trop lourd. Les deux buteurs avaient visiblement un compte émotionnel à régler. La victoire en était plus belle.

https://twitter.com/ActuFoot_/status/1010296787830272001

Qui a dit que le Cameroun n’était pas à la Coupe du Monde ?

Pendant ce temps, vu de Yaoundé, l’équipe suisse était lorgnée par les spectateurs chauvins qui voient en cette sélection l’autre équipe nationale du Cameroun. La France a en son sein Kylian Mbappé et Samuel Umtiti, deux joueurs d’origine camerounaise. Dans le cas de la Suisse, ils sont trois : le gardien de buts Yvon Mvogo (RB Leipzig, Allemagne), le défenseur François Moubandje (Toulouse, France), et l’attaquant Breel Embolo (Schalke 04, Allemagne). Comme on dit en Suisse, « A chaque fois qu’on allume son Natel pour supporter la Nati on est gâté par la pluralité des Nations. ». Traduction : « A chaque fois qu’on ouvre son téléphone pour apprécier l’équipe de Suisse, on est subjugué par le cosmopolitisme de l’équipe. »


La coupe du monde a du mal à parler arabe

Les quatre nations arabes de la coupe du monde de football 2018 ont toutes perdu leurs deux premières rencontres et sont toutes éliminées dès le premier tour : Maroc, Tunisie, Egypte et Arabie Saoudite. Mais qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Bien malins ceux qui pensent que le football est une science exacte. Certes, les quatre nations arabes de cette 21e coupe du monde étaient loin d’être des favoris. Mais l’Égypte était surveillée à cause de sa star Mohamed Salah. Le Maroc, qui n’avait perdu aucun match entre le 9 juin 2017 et le 9 juin 2018, venait de remporter le Championnat d’Afrique des Nations à domicile. Les lions de l’Atlas étaient les meilleurs espoirs africains, tout comme leurs voisins tunisiens.

Seulement, le cauchemar arabe a débuté avec la fessée reçue par le royaume saoudien en match d’ouverture contre la Russie (5-0). C’était la fin du jeune de ramadan, et à Yaoundé, les analystes avaient tôt fait d’expliquer la défaite saoudienne par cette période de carême, de privation et d’abstinence. Cette explication quelque peu fantaisiste s’est confirmée le lendemain du match d’ouverture, le 15 juin, jour de la fête du ramadan, avec les défaites de l’Egypte 0-1 contre l’Uruguay et du Maroc contre l’Iran 0-1. Les perses sont aussi musulmans, mais ils ont battu le Maroc. Le ramadan n’empêche donc pas de marquer des buts, serions-nous tentés de conclure. 

Fans égyptiens à Yaoundé
Rajad Abdallah et Ibrahim Hachem

Au moment de la rencontre entre l’Egypte et l’Uruguay à Yaoundé, Rajad Abdallah et Ibrahim Hachem, deux égyptiens en service au Cameroun, regardent le match avec enthousiasme et fanatisme. Malgré la défaite, ils étaient confiants pour le deuxième match. Rajad affirmait par exemple qu’il y a « de l’espoir pour le prochain match ». Son compère Ibrahim ajoutait : « Nous comptons beaucoup sur la participation de la star Mohamed Salah au prochain match contre la Russie. » Malheureusement, contre la Russie, Salah a joué et marqué, mais l’Egypte a perdu (1-3) contre le pays organisateur, pendant que le Maroc essuyait une deuxième défaite (0-1) contre le Portugal, et l’Uruguay battait l’Arabie Saoudite (1-0). Bilan implacable : les trois premiers pays éliminés du premier tour de la coupe du monde 2018 étaient des nations arabes.

Simple hasard ou logique sportive ?

On ne peut pas parler de logique sportive quand l’Iran défait le Maroc qui a dominé la rencontre. De même, l’Egypte méritait au minimum un match nul face aux uruguayens. Il faut peut-être donc chercher l’explication ailleurs. Les nations arabes sont bien organisées au plan infrastructurel, mais rares sont les stars qui émergent de leurs championnats locaux. Mohamed Salah est l’exception à cette règle, la plupart de ses coéquipiers sont des joueurs moyens, sans plus. Côté marocain, malgré l’impact des binationaux, malgré l’effet multiplicateur de sa cinquième candidature à l’organisation d’une coupe du monde (1994, 1998, 2006, 2010 et 2026), malgré son passé honorable dans les précédentes éditions de la coupe du monde (notamment un huitième de finale en 1986), le royaume chérifien était une des plus grosses déceptions africaines et… arabes. Le monde arabe est toujours à la recherche d’une consécration et d’un meilleur bilan en coupe du monde. 2018 est encore une déception. Sur les quatre nations, aucune ne verra les chemins du deuxième tour. La Tunisie également a perdu ses deux premières rencontres (2-1 contre l’Angleterre et 2-5 contre la Belgique).

Le regard est donc tourné vers 2022. Pour la première fois un pays non membre du G20, organise la Coupe du Monde, et ce sera un pays… arabe. L’attribution de la coupe du monde 2022 au Qatar a nourri beaucoup de soupçons de corruption, mais il n’empêche que cette attribution aura au moins le mérite de se faire dans une nation qui a beaucoup investi en Europe dans le monde du sport (Paris Saint Germain, beIN Sports, etc.). Grâce à la coupe du monde au Qatar, les nations arabes se sentiront peut-être à la maison. Depuis 2009, l’arabe est devenue la cinquième officielle langue de la FIFA. Il est temps que le palmarès aussi parle cette langue.


Sénégal et Japon : Le match de la propreté.

Des images de supporters japonais et sénégalais nettoyant les gradins des stades russes à l’issue des rencontres de leurs équipes nationales ont fait le tour de la toile. Coup de bluff ou coup d’éclat ?

Janvier 2018, Le Thieulin, petite commune du Centre de la France. Tonton Sam, qui est d’origine camerounaise, vide ses ordures. Il y a un bac pour les verres et les bouteilles, et un autre pour les papiers et les magazines. Il m’explique qu’en France, le recyclage des ordures est une filière pourvoyeuse d’emplois. Elle fait partie de l’économie circulaire.

Tonton Sam. Crédit photo: DANIA

Or en Afrique, et particulièrement au Cameroun, les ordures ménagères nous rapprochent plus de l’économie de la maladie. Pendant des mois, les ordures sont entassées dans les quartiers de Yaoundé et de Douala. La société Hysacam (Hygiène et Salubrité du Cameroun) a du mal à ramasser les ordures comme jadis. L’environnement est pollué par les mouches, les rats, et toutes sortes de parasites qui s’attaquent aux domiciles et aux individus.

Ordures du quartier Jouvence à Yaoundé. Crédit photo: DANIA

Du coup, l’image des supporters sénégalais nettoyant les gradins du stade lors du match Pologne-Sénégal du mondial 2018 a vite fait le tour de la toile. Christine Djafa, Salma Amadore et Ecclesisate Djegui, trois camerounais qui ont foulé le sol de Dakar, m’ont unanimement dit que «  les sénégalais sont des êtres civiques. Il est dans leur nature de nettoyer quand ils salissent ». Et pourtant, beaucoup ont jugé que le geste sénégalais était intéressé. « Ils l’ont fait parce qu’ils ont gagné le match », annonce un internaute qui estime qu’on fait trop de publicité trop de publicité gratuite au pays de la Téranga. D’autres internautes affirment que les sénégalais ont simplement imité le geste des japonais, qui eux-mêmes ont nettoyé les gradins après leur victoire sur la Colombie.

Que non ! rétorquent en chœur Malik et Diallo. L’un tient une échoppe (comme dans la plupart des quartiers du Cameroun, les boutiques sont tenues par des sénégalais), l’autre est un couturier. Ils me rappellent à juste titre que lors de l’AfroBasket féminin 2015, à Yaoundé, les sénégalais avaient été exemplaires au Palais des Sports de Warda. Ils ont nettoyé les gradins, pendant que, beaucoup de camerounais, énervés par cette défaite en finale, effectuaient quelques actes de vandalisme. Ce qui se passe en Russie est donc loin d’être inédit.

https://www.youtube.com/watch?v=zNybrt-vXLk

Le 12ème Gaïnde qui donne le ton à Moscou, nous passe un message universel :

  • Le sénégalais se sent partout chez lui ;
  • Le sénégalais ne balaie pas que devant sa cour ;
  • Le sénégalais a l’esprit de fair-play ;
  • Le sénégalais a l’esprit de famille (partage, repas en groupe, etc.)

Ce dimanche 24 Juin 2018, ce n’est pas tant le score du match contre le Japon qui compte. Ce qui est important, ce sont les 25 heures de train que les supporters des Lions de la Téranga ont fait pour aller soutenir le Sénégal face au Japon. Ce qui est important, c’est qu’après leur quart de finale mémorable en 2002, les sénégalais nous envoient aussi un message de solidarité. Oui, il faut du respect quand on entre dans un stade. Le même respect que l’on doit avoir en foulant un temple bouddhiste ou shintoïste quand on est musulman ou chrétien. Cela s’appelle tout simplement le respect. Alors, que ce soient les japonais ou les sénégalais qui nettoient le plus, le plus important est donc…la propreté. Et la propreté n’a jamais demandé d’être la propriété d’une seule nation.


Ces cinq médecins qui m’ont fait aimer les séries TV médicales !

Ils sont cinq, médecins ou pharmaciens, tous camerounais : Patrick Ngou, Caroline Tsimi Bengono, Franck-Yves Biongolo, Steve-Félix Belinga et Laurence Ngamani. Ils sont respectivement, pédiatres, chirurgien, neurologue et pharmacien. Ils sont tous passionnés et veulent réconcilier les populations avec le personnel médical. Chacun d’eux est une partie de ma vie, et chacun d’eux me rappelle les séries télévisées médicales.

« Tous les cas traités dans « Docteur House » sont des cas réels » me disait Franck Yves Biongolo, en visite un jour chez moi. Lui, le jeune médecin qui deviendrait plus tard chirurgien, me vantait les vertus de la célèbre série. C’est lui qui m’a ouvert à ces séries TV, mais plus encore à la médecine en général. Je vous l’avoue, j’ai horreur des hôpitaux.  J’ai une sainte horreur de ces formations sanitaires car l’accueil laisse à désirer. Je n’oublierai jamais cet après-midi où une dame s’est retrouvée dans un taxi avec moi, depuis le quartier Essos à Yaoundé, jusqu’à l’hôpital central. J’ai demandé au taxi de la transporter d’urgence, car elle était enceinte et à deux doigts de la délivrance. Arrivés sur place, le monsieur en blouse blanche qui nous a reçus, a demandé « 30.000 francs ou rien. L’accouchement n’est pas gratuit ». Pourtant, il s’agissait d’un hôpital public, il s’agissait de sauver deux vies… La dame s’est retrouvée sans soins et abandonnée, à même le sol. Cet épisode m’a traumatisé. L’hôpital m’a souvent traumatisé au pays. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi les toilettes des hôpitaux sont si mal entretenues, pourquoi les salles d’hospitalisations sont à ce point insalubres, pourquoi les médecins de garde sont si peu accueillants…

En fait, seules les séries télévisées m’ont fait rêver d’un hôpital meilleur. Je me réjouis toujours des moments où les cas sont diagnostiqués avec soin, des moments de frayeur où des vies peuvent basculer, de la clairvoyance du personnel soignant, mais surtout, de la qualité de la prise en charge. Lors de mes différentes expériences sur le terrain, grâce à mon travail pour les enfants avec l’Unicef,  j’ai compris que de nombreuses communautés de notre pays avaient du mal à adopter certaines pratiques pourtant positives, comme par exemple les consultations prénatales, l’accouchement à l’hôpital et le suivi du nouveau-né. Il faut l’aide des agents de santé communautaires pour appeler les familles au changement de comportement. Voilà pourquoi le combat du Docteur Patrick Ngou m’a fasciné. En organisant les journées nationales de la santé sur le thème « Santé par tous », Patrick veut démontrer que l’hôpital est un lieu de vie.  Il a créé un groupe Facebook dénommé « Je suis l’enfant camerounais ». Il organise des campagnes de dons de sang, etc.

Campagne du Don de Sang, Patrick Ngou et le groupe X Maléya

D’autres amis m’ont réconciliés avec la médecine :

Caroline Tsismi Bengono est une amie d’adolescence. Je l’ai connue au quartier Nkolbissonn, nous étions au Collège François-Xavier Vogt. Un jour, alors que je transportais un membre de ma famille blessé, elle était de garde aux urgences de l’hôpital central de Yaoundé. Son accueil m’a fasciné. Elle a pris soin de mon blessé, s’en est occupée toute la nuit, et s’est assurée que tout allait bien. Elle me rappelle Ellen Pompeo de Grey’s Anatomy.

Steve-Félix Bélinga. Mon petit frère. Je le voyais passionné de science-fiction à la maison, mais je l’imaginais mal finir médecin. C’est pourtant ce qu’il est devenu. Il a un air de Docteur House, mais en plus gentil. Très cartésien sur les bords, sur les détails, sur les décisions à prendre. Je suis toujours impressionné par son côté méticuleux et organisationnel.

Laurence Ngamani. Ma confidente et bien plus. Docteur en pharmacie. Digne diplômée de l’Université des Montagnes. C’est la première que je consulte quand j’ai un bobo. C’est la première qui me donne des conseils avant de que je ne me rende en formation sanitaire. Elle est née pour aider et soigner ! Elle est d’une incroyable générosité.

Franck Yves Biongolo. C’est un auditeur fidèle de mon émission, il est devenu mon ami et mon frère, et aussi mon medécin ! Je me souviens qu’on soupçonnait chez moi un surmenage, mais « Bio-fr »( de son petit nom) m’avait demandé d’aller consulter un ophtalmologue. Bingo !  C’était bien les nerfs optiques qui causaient problème. Je n’arrivais plus à lire. Me voici donc au club des porteurs de lunettes.  

Un soir, il m’a rendu visite et m’a parlé de la série « Docteur House » , depuis, je suis devenu fan des séries télévisées médicales : Saving Hope au –delà de la médecine, Grey’s Anatomy, Docteur House, Urgences, Scrubs, Nip/Tuck, Chicago Hope, General Hospital, Private Practice et The Good Doctor.

The Good Doctor est encore pour moi, une série exceptionnelle. L’histoire d’un jeune médecin autiste, en qui personne ou presque ne fait confiance, mais dont les prouesses sont exceptionnelles. Alors, s’il vous plait, si vous avez un cadeau à me faire, offrez-moi un collector d’une de ces séries en Blu-ray !

Mon respect à tous les médecins du monde, vous qui donnez la vie, la préservez, la protégez.


Cardio de X Maléya : Le nouvel album.

X maléya, le trio magique camerounais revient avec un nouvel album « Cardio ».

Auguste, Hais et Roger. A deux jours de la sortie officielle de votre album, vous avez respecté la tradition de me le faire écouter avant. Loyauté et fidélité n’est-ce pas ? Allons donc à la découverte de cet opus !

Tout commence par « ma prière ». Avec toi, « l’échec devient succès ».  4 minutes 47 d’une soul à l’ancienne, pour nous rappeler que X Maléya a bien été influencé par les années 1990. C’est vrai que la 2ème piste, la chanson « Fianga », m’avait déjà été présentée par l’artiste Koppo il y a quelques mois, avant que je ne l’écoute à nouveau dans un snack à Bertoua. Mais comme « Dieu n’oublie personne », X Maleya nous encourage à garder la foi et à persévérer dans les moments difficiles. Mais surtout, ils nous disent d’arrêter de jalouser le succès des autres, comme s’il était un frein à notre propre succès.

Puis vient le « Makossa », 4ème opus de l’album. La voix d’Auguste, un peu « électronique » nous accompagne au rythme d’une guitare à l’ancienne. Le titre porte bien son nom. Et même le nigérian Bracket pose la voix comme un vrai sawa. C’est la première collaboration du disque. Car, suivront Innoss’B, Blanche Bailly et Minks respectivement dans les chansons « Dans l’os » plage7,  «  Je t’aime » plage 8 et «  mon goût », plage 13. Je suis un peu déçu par la fin brutale de Makossa, avant de me réveiller sur le 5, « allo », retour au Makoune, un rythme connu des Bassa-Mpo’o-Bati. « Dans l’os » m’entraine savoureusement vers des nuées endiablées avec mes camarades de promotion. Elle sera indubitablement festive.

Puis, les gars s’engagent : « Ta fille n’est pas ta femme ».  Ils accusent l’inceste. La douleur est atroce. « Laisse-moi ma virginité, je suis encore un enfant ». Le message est clair ! Amina ne pleure pas ! Ce sera la partie émotion de l’album, assurément.  En 10ème piste, X Maléya fustige les « apprentis-sorciers » sur le titre « la seule » avant de reparler religion, en langue Duala, sur le titre « Loba ». On est dans un vrai cantique des églises protestantes. Roger nous avait annoncé cette chanson dans un direct Facebook il y’a quelques mois. La mélodie reste, comme dans un moment de méditation implacable. La touche 12 pour un dilemme entre Caro et Lisa, signé Auguste. Équation sans doute difficile à résoudre…Le choix ne sera pas facile.

Terminons avec la piste cachée. La 14. Quel est son titre ? Est-ce un bonus track ? Mais non ! On sort par où on a commencé, c’est-à-dire, un hommage à la divinité, avant de se rendre compte que c’est un vrai freestyle dans lequel les trois mousquetaires interviennent, y compris Haissam, vocalement. Un album, qui porte la collaboration de Andy Jemea ou encore Dj Kessy pour ne citer que ceux-là. Mais alors, pourquoi Cardio ? Le cœur ? Oui, l’amour ? Le temps aussi ? Les battements cardiaques pour nous dire qu’ils sont toujours en vie ? Et qu’ils ne meurent jamais ? Oui…Peut-être tout cela à la fois.


Les femmes de ma vie

Elles ne sont pas mes épouses, ni mes sœurs, ni mes intimes, ni mes ex. Ce sont pourtant les femmes de ma vie. Elles, Les Nubians, Eva Hakapoka, Estel Mveng, Sanzy Viany, Taty Eyong

Les Nubians.

1999, elles débarquent au Cameroun. Quelques semaines plus tôt, l’excellent Patrick Ermano avait diffusé la chanson «  Makeda ». J’ignore pourquoi jusqu’à ce jour, cette chanson me parle. C’était alors le grand début de l’aventure avec les « princesses nubiennes ». Ce dimanche-là, elles avaient chanté «  Demain » sur le plateau de Tam Tam Weekend, puis elles avaient débarqué à la radio, à l’émission « Les Cops d’Abord », qui s’appelait « Échanges ». C’était drôle de faire une interview de deux filles métisses, dont j’ignorais tout, mais qui ont su tout me dire, l’espace d’un moment radiophonique. J’ai donc suivi leur carrière, de Paris aux Etats-Unis, il y’avait toujours « One step forward » dans notre relation. Puis, elles sont devenues mes amies, Célia et Hélène, dans chaque venue au pays, savaient me faire un coucou, me confier un secret, ou m’informer que leur maman était décédée et que je devrais être là. Jamais le cordon n’a été coupé, surtout pas en 2012, lorsqu’elles m’ont désigné attaché de presse pour la tournée média de leur album « Nu Revolution ». Un honneur qui m’a valu un 18/20 dans mon rapport de stage de mon année de master, mais surtout, la capacité à se surpasser dans un environnement pas toujours favorable. Je n’en dirai pas plus. Oui, peut-être que la fille de Célia et ma fille portent le même nom : Makeda. Les Nubians, sont les femmes de ma vie.

Eva Hakapoka.

Un nom qui sonne congolais. C’est pourtant une camerounaise de l’Ouest. Plusieurs fois, en allant chez ma tante Chantal au Camp Sic Mendong à Yaoundé, je la croise sur mon chemin. Polie, souriante. La jeune fille aimait le rap. Elle m’avait confié sa maquette en 2006 et faisait déjà bouger les scènes avant de se consacrer à ses études de communication à Yaoundé, puis en France. Eva n’a jamais manqué de m’envoyer un de ses singles, une de ses chansons, ni un de ses projets. C’est le jour qu’elle m’a envoyé sa mère, en pleine maison de la radio, pour me remettre son premier album « Roots », que j’ai su que je comptais pour elle. Sa mère avait sagement attendu que je termine mon émission. « Eva a tenu à ce que je te remette ça en main propre », m’a-t-elle dit ! Waou ! J’étais trempé d’émotion (ce qui est rare chez moi). Que dire de la fois où elle est venue me seconder dans l’émission « Le Rêve » comme animatrice ? Elle était en compagnie de Gracie Grace, un autre talent brut, qui l’a d’ailleurs brillamment accompagnée sur scène au Centre Culturel Camerounais, un éblouissant soir. Aujourd’hui, je ne suis pas surpris de voir Eva comme collègue à la CRTV. Eva est la femme de ma vie.

Estel Mveng.

C’est un peu la surprise de cette liste. Et pourtant, elle me boude comme si elle était ma fille. Estel est venue un jour à la radio, recommandée par un de mes collègues, et depuis ce jour, elle ne me lâche pas des yeux. Elle me boude d’ailleurs quand je n’assiste pas à un de ses spectacles. Estel est une bête de scène. Je découvre qu’elle fait partie de l’orchestre de la CRTV, et je découvre aussi qu’elle vient d’être faite Chef Traditionnel, un privilège rare pour les femmes, dans notre pays. Estel m’a appelé au secours ce matin. Elle avait une urgence à régler, et c’est à moi qu’elle a pensé. Je n’ai pas pu l’aider, mais elle a tenu à me signifier que son problème a été résolu. Je suis si fier de la voir porter les couleurs du Cameroun au Masa (Marché des Arts et du Spectacle Africain) d’Abidjan. Elle me rappelle le Sud, mes amis du Sud, ma relation forte avec cette région. Je n’en dirai pas plus. Estel est la femme de ma vie.

Taty Eyong.

Elle me boudait, m’évitait. Me détestait même ? Mais qui est comme Taty Eyong ? Celle qui traine depuis des années avec Lino Charly. Qui arpente les couloirs de la radio. Qui se fait inviter à mon émission télé, mais, qui me boude. Je la vois dans toutes les scènes, mais on s’évite. Elle me croise au Hilton, mais on n’ose pas se parler. Seul un regard est échangé. Mais pourquoi ? Je ne saurais le dire. Mais quand j’ai su que c’était « son comme ça », alors j’ai compris qu’elle s’adressait à moi. « Ne me juge pas comme ça », «  ne me traite pas comme ça ». Bref, je suis gouré depuis toutes ces années. Cette choriste qui a décidé de faire une école de musique, est la révélation 2017 au Cameroun. Danseuse professionnelle, son single est apparu comme la consécration de la persévérance et de la patience. Une douceur, mais une bête de scène incroyable. Taty Eyong a réussi à me faire danser un soir de grosse déprime. Taty Eyong est la femme de ma vie.

Sanzy Viany.

Du soleil ! Lionel Nnamè me dit « je vais te présenter une perle ». La jeune fille que je découvre sur l’album les « rap’conteurs » de Blick Bassy, est une fille humble, intelligente (comme toutes les Etons, devrais-je dire). Elle m’accorde sa première interview dans les loges de Yafé, à Yaoundé. Sanzy se connecte à moi. Je deviens son grand frère. Elle perd l’être aimé. Elle doit porter un enfant seule, et garder la force de poursuivre sa carrière et ses rêves. Sanzy est une vraie « Mpang Minga », une beauté physique, comme une beauté de l’âme. Fidèle en amitié, boudeuse quand je la plaque, mais si aimante, si disponible. Révélée par la chanson « Me Teug », on a du mal à croire qu’on a fait « 10 ans Ensemble », thème de son dixième anniversaire de carrière.  Il y’a une semaine, elle m’envoie, « Ngul Yam ». Seigneur, tu es ma force ! Un hymne à la foi, un hymne à la joie. Sanzy Viany est la femme de ma vie.

J’aurais pu ajouter à cette liste : Veeby, Bams, Naahtal, Marcy, Laro, Danielle Eog,  Kareyce Fotso, Alima, Fifi Nègresse, autant de femmes/filles artistes, qui ont cru en moi, au-delà d’un simple contact professionnel. Vous l’aurez compris, c’est la musique de ces braves dames qui m’a ouvert la route des muses. Elles-mêmes pourront un jour vous parler de ces rencontres inoubliables. Eva et Sanzy ont chanté pour mon mariage pour ne dire que cela. Soyez bénies mesdames ! Je vous aime, vous, les femmes de ma vie.


Parcours de vie difficiles de femmes victimes de mariages précoces ou forcés

De jeunes mères, victimes de mariages précoces ou forcés et dont le parcours de vie est difficile, se réunissent régulièrement au « Club Ado » de Mandjou, dans la Région de l’Est du Cameroun. Là bas, elles peuvent parler de ce qu’elles vivent et elles trouvent de l’aide, car leur parcours a connu un bouleversement certain après des épisodes de vie douloureux. Aujourd’hui, au « Club Ado » de Mandjou, elles tentent de retrouver une dignité. Cette association a vu le jour le 2 Octobre 2017 et regroupe de jeunes mères et des enfants  (211 enfants : 70% sont des réfugiés centrafricains et 30% sont des camerounais). Tous se réunissent de 8h à 12h et de 14h à 16h du mercredi au vendredi, ils sont accueillis et encadrés par des travailleurs sociaux. Les réunions se font autour de plusieurs activités : sports, dessins, jeux de société, apprentissage, etc. Le Club Ado de Mandjou est une initiative du Catholic Relief Services (CRS), il est  financé par l’UNICEF.
Retrouvons , Zouleya, Fanne Zara, Fadimatou et Hawaou, elles ont acceptées de témoigner ici de leur enfance volée.

Zouleyatou

Zouleyatou Ibrahim :   Lorsque je suis tombée enceinte, le calvaire a commencé.

Aujourd’hui j’ai 19 ans. Il n’y a pas d’avenir pour une fille mariée précocement comme moi. Que peut-elle faire ? Ni aller à l’école, ni travailler. J’étais en première année de l’Enseignement Technique. Un monsieur m’a abordé et m’a demandé en mariage. C’était un débrouillard, un démarcheur dans le secteur de l’informel. Je précise que je suis réfugiée centrafricaine et lui il est camerounais. J’ai accepté sa proposition et je suis allée vivre avec lui. Au bout de deux mois, il m’a interdit de remettre les pieds à l’école. Ma mère était opposée à ce mariage mais je ne l’avais pas écoutée. Je croyais sincèrement que cet homme m’aimait. Lorsque je suis tombée enceinte, le calvaire a commencé. Il m’abandonnait des jours entiers, seule à la maison, parfois affamée. Après mon accouchement, lorsque l’enfant a eu quatre mois, j’ai été répudiée et il a mis fin au mariage traditionnel. Depuis lors, je n’ai plus de ses nouvelles. Même un morceau de savon pour l’enfant, il n’a jamais acheté. J’ai même appris qu’il serait en prison pour vol en ce moment. Tout compte fait, je suis toute seule à élever mon fils qui a deux ans maintenant. Je suis retournée chez ma mère. J’ai besoin d’aide. Je sais faire la couture. Si je pouvais avoir du matériel et un fonds, je pourrais démarrer un atelier.  »

Fanne Zara

Fanne Zara :   Mon père m’a obligée à me marier avec un inconnu.

J’ai 15 ans. Je suis une réfugiée centrafricaine. J’avais 12 ans et je fréquentais l’école coranique quand, un beau matin, mon père m’a obligée à me marier avec un inconnu. Ce monsieur était un ivrogne et un irresponsable. Dieu merci je n’ai pas eu d’enfant avec lui, car il devenait violent avec moi. Ayant constaté ma détresse, mon père est venu pour annuler ce mariage. Sauf que le monsieur n’a pas digéré cela et il m’a promis que je vivrai l’enfer toute ma vie. Chez nous, lorsqu’on vous jette un sort après une séparation, il faut en tenir compte. Je suis malade depuis, et je fais le tour des hôpitaux, on n’arrive toujours pas à diagnostiquer mes soucis de santé.  Je suis très heureuse d’intégrer ce club ado. J’ai l’impression de pouvoir enfin vivre mon âge, je peux parler avec des filles de mon âge, et j’ai pu écouté beaucoup de messages de sensibilisation grâce à l’association.

Fadimatou

Fadimatou Oumarou :   Me voilà donc orpheline, réfugiée, fille-mère, divorcée et SDF.

Je suis orpheline depuis l’âge de 11 ans. Aujourd’hui j’en ai 19. J’ai grandi entre les mains de mamans adoptives. Je vendais des beignets au coin de la rue lorsque je suis tombée sur un monsieur qui m’a demandé en mariage. Je lui ai répondu que j’étais orpheline et réfugiée, et que j’avais déjà beaucoup souffert dans ma vie, et qu’il n’était pas question que j’aille de nouveau souffrir chez lui. On s’est mariés et je suis tombée enceinte. Lorsque ma fille a eu deux mois et deux semaines, il a estimé que je n’étais plus une femme pour lui. Il m’a répudiée, me disant qu’il était fatigué de moi, sans aucune autre raison. J’ai dû retourner chez ma mère adoptive. Bizarrement, depuis que je suis rentrée, elle aussi affiche un comportement répulsif à mon égard. Parfois je mange, parfois je ne mange pas. Il y a quelques jours, elle m’a mise à la porte. Je séjourne actuellement chez une voisine du quartier. Me voilà donc orpheline, réfugiée, fille-mère, divorcée et SDF. J’ai entendu parler de ce club des ados et j’essaie de trouver du réconfort ici.

Hawaou

Hawaou Dahirou :   Quand j’ai eu sept mois de grossesse, les problèmes ont commencé.

Je suis orpheline de père, réfugiée et je vis avec ma mère. Un homme est venu demander ma main. Je suis tombée enceinte, et quand j’ai eu sept mois de grossesse, les problèmes ont commencé. J’ai accouché à l’hôpital des réfugiés de Mandjou. Depuis ce jour, mon mari s’est éclipsé. Il a refusé d’assumer la parenté. C’est ma pauvre mère, vendeuse de beignets, qui s’occupe de mon enfant. J’espère que grâce au club, je vais obtenir un financement pour lancer une activité commerciale.


A l’Est du Cameroun, l’ennemie s’appelle encore malnutrition.

Au cœur de la lutte contre la malnutrition, de nombreux enfants des réfugiés centrafricains et des autochtones de la région de l’Est bénéficient d’appuis divers pour lutter contre le fléau. Immersion dans quelques sites de réfugiés.

Au Centre Nutritionnel Thérapeutique Interne (CNTI) de Garoua-Boulaï à l’Est du Cameroun, on retrouve ce jeudi matin, 6 cas d’enfants victimes de malnutrition en phase aigüe. Le Major du CNTI, Jérémie DISIA, se souvient qu’il y’a deux ans, les victimes étaient plus nombreuses que cela : « Par mois, on comptait 40 à 60 cas d’enfants malnutris. La plupart étaient des réfugiés centrafricains ».

Les réfugiés, une forte population fuyant la guerre du pays voisin pour se retrouver dans plusieurs localités de la région de l’Est. Et sur les 14 districts de santé que compte la région, 8 se sont retrouvés impactés par l’urgence (Bertoua, Garoua-Boulai, Bétaré Oya, Batouri, Kette, Ndelele, Yokadouma et Moloundou) des enfants malnutris par défaut.

Agents de Santé Communautaire

Il fallait donc réagir, notamment dans les sites des réfugiés. A l’école Salam de Nganko par exemple, quatre agents de santé communautaires sillonnent la cour de l’école. Dahirou Adamou, Mouhamadou Hassan, Youssoupha Adamou et Rhana Abdoulahi, font partie des 68 agents de santé communautaires, appuyés par la KFW et l’Unicef pour le suivi et la prise en charge des cas d’enfants malnutris. Hassan raconte que son propre enfant en a été victime et du coup, il s’est porté volontaire pour recevoir la formation qui lui permet désormais de dépister les cas, sensibiliser les communautés et référer les cas critiques au CNTI de Garoua-Boulaï. La communauté s’organise ainsi pour barrer la route à la malnutrition et sur les 24 504 réfugiés centrafricains enregistrés au site de Gado-Badzeré en septembre 2017, seulement 17 nouveaux cas de malnutrition ont été enregistrés.

« Entre l’arrivée massive des réfugiés en 2015 et actuellement, beaucoup de choses ont changé », nous avoue Jérémie DISIA du CNTI de Garoua-Boulaï. C’est vrai que depuis février 2016, l’urgence a été levée, et ceci grâce aux apports des intervenants comme l’Unicef et son partenaire KFW. Ce dernier a notamment appuyé le programme de fortification à domicile, ainsi que la distribution des kits WASH pour la prise en charge de la malnutrition.

Vue aérienne du Site des réfugiés de Gado

« La malnutrition a plusieurs composantes : ANJE (Alimentation et Nutrition du Jeune Enfant), PCIMAS (Prise en Charge Interne de la Malnutrition Aigüe Sévère), Micronutriments (supplémentation en vitamine A), WASH ( Water and Sanitation Hygiene), la Gouvernance ( Supervision, renforcement des capacités, et le suivi-évaluation) » déclare le Docteur Mintop Anicet Désiré, Chef de Brigade de contrôle des activités et des soins de santé à la Délégation Régionale de la Santé Publique de l’Est. Il rappelle ainsi, les propos de Sehou Pascal, agent de santé communautaire à Adoumri dans la région du Nord, qui déclarait en 2016 que le Wash « est indissociable de la lutte contre la malnutrition ».

Intrants distribués dans les formations sanitaires

La malnutrition c’est une question d’ « hygiène d’abord » et c’est ce que les communautés commencent à comprendre au CNTI de Garoua-Boulaï, au poste de santé du site des réfugiés de Gado-Badzéré, ainsi que dans les autres formations sanitaires de l’Est. Autour de cette question de lutte contre la malnutrition, c’est l’image agréable, de ces élèves, et notamment des filles qui fréquentent des salles de classes, là où leur scolarisation n’est plus un interdit, ni un tabou.

  • 5279 enfants ont bénéficié de la prise en charge de la malnutrition aigüe sévère dans la région parmi lesquels 1358 réfugiés.

Des enfants qui reçoivent des intrants, des packs et des kits, portant les promesses d’une meilleure santé et la garantie de leur survie et de leur avenir, à condition que la lutte se poursuive, car l’ennemie rôde, sournoise et téméraire.


Ma Guinée Plurielle, qui est guinéen ? (chapitre 4)

  • Tu vas où ?
  • En Guinée
  • Mais quelle Guinée ?
  • La Guinée-Conakry
  • Il n’existe pas un pays qui s’appelle la Guinée-Conakry…

Mais oui, j’ai du mal à définir la Guinée plurielle. Il faut se rendre à la frontière de Kye-Ossi, au Sud-Cameroun, pour constater que là-bas, le nom que l’on donne au pays voisin c’est « la Guinée ». « Je me rends en Guinée », hurle une dame qui traverse la frontière. C’est peut-être parce que je suis un éternel pointilleux, obsédé par les détails, que c’est important. Ici, au Sud-Cameroun, il n’existe donc qu’une seule Guinée, la Guinée équatoriale. Pendant longtemps, « la Guinée » dont on parlait à la télé à propos des campagnes de lutte contre Ebola (impulsées par trois États voisins :Cameroun-Gabon-Guinée Équatoriale) était comprise comme la Guinée qui avait des cas d’Ebola et cette Guinée dont parlaient les journalistes était la Guinée Équatoriale (ou Guinée Espagnole) .

Beaucoup ignorent les autres Guinées, en commençant par LA Guinée, la vraie ! Celle qui semble avoir donné son nom aux autres. Mais d’où vient le nom « Guinée » ? Et qui a raison ? Les historiens disent que ce sont les habitants de la Boucle du Niger (Guinée, Mali, Niger, Bénin, Nigeria) qui auraient nommé cette terre. On parle également des habitants de la côte qui auraient donné une étrange réponse aux portugais… ce nom peut aussi simplement signifier le « pays des hommes noirs » comme on le prétend aussi.

Oui, parce qu’on a déjà tout lu et entendu sur la Guinée. On nous parle du fameux Golfe de Guinée, et il existe même une commission qui réunit ses pays riverains. Mais, de manière plus large, le Golfe de Guinée réunit de nombreux pays côtiers (Liberia, Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Nigeria, Cameroun, Guinée équatoriale, Gabon, Sao Tomé-et-Principe, République du Congo, République démocratique du Congo et Angola).

On comprend dès lors que le nom de Guinée était l’une des appellations données par les explorateurs qui ont longé les côtes africaines. Du coup, la Guinée est plurielle. Elle est espagnole comme la Guinée Équatoriale. Elle est portugaise, comme la Guinée Bissau. Elle est française comme la Guinée…(Conakry). Ne me parlez pas de la Papouasie-Nouvelle Guinée je vous prie. Juste parce que ce n’est pas en Afrique, et que vous voyez bien que c’est Nouvelle-Guinée non ?

Revenons en Afrique. La Guinée plurielle c’est avant tout ses peuples.

Les Malinkés ou Mandingues d’abord. Vous les trouverez au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Libéria et en Gambie entre autres. Tout cela ressemble étrangement à l’Empire du Mali de Soundiata Keita qui s’étendait sur les États actuels suivants : Mali, Sénégal, Gambie, Burkina Faso, Guinée, Guinée-Bissau, Mauritanie, Côte d’Ivoire. La capitale de cet empire du Mali se trouvait à Niani, un petit village de… Guinée !

Il y a aussi les Peuls (Foulbés, Fullani, Fellata, Bororo, Pullar) qui sont près de 40 millions en Afrique. Ils sont 16 millions au Nigeria, 4 millions en Guinée et à peu près 3 millions au Cameroun, et aussi au Mali. Mais les Peuls se retrouvent également au Sénégal, au Niger, au Burkina Faso, en Mauritanie, en Guinée Bissau, en Gambie, en Sierra Léone, au Tchad, au Ghana et en Côte d’Ivoire. En Guinée, les Peuls constituent 40% de la population. Et pourtant, le chauffeur de taxi qui nous transportait la veille de notre départ de Conakry, un Peul, s’indignait que jamais un Peul n’a été président de la Guinée.

Les Présidents de la Guinée :

Ahmed Sékou Touré  était Mandingue.

Lansana Conté était Soussou.

Moussa Dadis Camara appartient aux Guerzés, une ethnie qui fait partie, avec les Kissis et les Tomas, de ce que l’on appelle la Guinée forestière.

Sékouba Konaté est Malinké, avec une mère libanaise.

Alpha Condé. On attribue à l’actuel président des origines Malinkés, même si certaines opinions affirment que ses parents ont immigré du Burkina Faso et du Mali notamment. La présidence guinéenne se veut formelle quant à elle : « Né le 4 mars 1938 à Boké, une ville située à 300 kilomètres de Conakry, en Basse Guinée, le professeur Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de l’histoire de la république de Guinée ».

Cinq présidents, et aucun n’a jamais été Peuhl. La question fait débat en Guinée. Le chauffeur de taxi qui nous transportait dans la nuit de Conakry semblait dire qu’après le président actuel, ce serait enfin le tour d’un Peuhl. C’est l’ethnie majoritaire, c’est l’ethnie qui tient les affaires, c’est l’ethnie qui compte parmi les plus instruits, c’est l’ethnie qui est aussi réputée pour son nomadisme et par conséquent, pour l’ethnie qui « arrache » les terres des autres. Cette stigmatisation des Peuhl a ammené plusieurs personnes à se demander s’il y avait un problème Peuhl en Guinée.

Mon contact avec les Peuhl de Guinée était agréable, je parle de mes interlocuteurs, car je ne peux pas en dire autant de mes interlocutrices. Les jeunes femmes Peuhl que j’ai rencontrées étaient d’une froideur inouïe, refusant presque tout contact avec les autres. Je n’ai pas pu arracher le sourire d’une seule Peuhl. C’était à la limite frustrant. Pourtant, au Cameroun, les Peuhl et moi avons toujours eu une amitié parfaite. J’ai même connu deux femmes peuhl qui exigeaient que je m’islamise pour pouvoir les épouser. Bon, ça c’est une autre histoire… Je suis maintenant de retour au Cameroun, et ici, les Peuhl me sourient. C’est le plus important.