DANIA EBONGUE

Docteur Ondoua Ekobena : « La société civile doit contrôler les finances publiques »

L’universitaire Ondoua Ekobena Jean-Marie a été sollicité par les organisations de la société civile camerounaise afin de mener une étude pour situer la participation de celle-ci dans le contrôle citoyen des finances publiques. La restitution de cette étude a eu lieu mardi dernier à Yaoundé.

Restitution publique du 14 Janvier 2020 à Yaoundé

Planoscam (Plateforme Nationale des Organisations de la Société Civile Camerounaise) et COSADER (Collectif des ONG pour la  Sécurité Alimentaire et le Développement Rural) sont les porteurs du Projet ROSFIP (Renforcement des Capacités de la Société Civile dans le Contrôle Citoyen des Finances Publiques), financé par l’Union Européenne. L’objectif est de « contribuer à améliorer la gouvernance et la redevabilité de l’action publique au Cameroun : cas des finances publiques ».

Le contrôle citoyen des finances publiques.

Le contrôle citoyen permet d’orienter les ressources publiques vers des programmes en faveur des plus pauvres. Mais est-ce vraiment possible dans un contexte où la transparence et la lisibilité budgétaires ne sont pas aussi facilement accessibles ? Pour le Docteur Ondoua Ekobena Jean-Marie, consultant chargé d’évaluer le projet, «  Les ONG doivent se saisir de ce corpus législatif » pour mener des actions de plaidoyer, de communication d’influence et de lobbying auprès des décideurs. Par exemple, il faut s’assurer que le genre est pris en compte dans les politiques publiques. On comprend dès lors que le ROSFIP veut s’assurer les ODD (Objectifs du Développement Durables) sont intégrés dans les budgets programmes. La boussole de ce contrôle citoyen ce sont les six directives CEMAC de 2011 qui prescrivent aux Etats membres de la sous-région, un certain nombre d’obligations dans les processus budgétaires. A ce propos, le Ministre camerounais des Finances, Louis Paul MOTAZE relève que «  le budget citoyen est donc un outil privilégié et pratique pour présenter à la population les enjeux de développement, les problèmes socioéconomiques mais aussi les solutions envisagées »

Que la société civile prenne les choses en main…

Le Docteur Ondoua Ekobena Jean Marie procédait donc ce 14 Janvier 2020, à la restitution publique de l’étude sur les droits octroyés à la société civile dans la transparence budgétaire grâce aux directives CEMAC ( Communauté Economique et Monétaire des Etats de l’Afrique Centrale) transposées dans le cadre juridique camerounais. On apprendra au cours de cette restitution que le Cameroun a transposé 5 directives sur 6, contrairement au Tchad et Congo qui sont à 6 sur 6. Certains pays de la sous-région comme la Guinée Equatoriale trainent un peu le pas, mais c’est là toute la pertinence de l’action de PLASNOCAM qui a été désignée comme key-leader en novembre 2019 à Douala, pour porter la voix des organisations de la société civile de l’Afrique Centrale afin d’impulser et de renforcer la participation des OSC dans le processus budgétaire. Car, malgré la transposition de ces directives, il existe encore quelques écueils et pesanteurs. Pour le Docteur  Ondoua Ekobena Jean Marie « Effectivement, il y’a des limites. Comme par exemple, la loi qui ne va pas souvent loin, comme des limites d’ordre politique ou institutionnel. Mais il est question pour la société civile de mettre en place des stratégies pour lever ces écueils afin d’être des leviers pour donner un coup de pouce à la bonne gouvernance et à la gestion des finances ».


Economie d’Afrique Centrale : résilience impérative !

Le 22 Novembre 2019, dans son discours d’ouverture du sommet extraordinaire de la CEMAC, Le Président du Cameroun, Paul Biya, a déclaré que  « La volatilité des prix des matières premières continue d’affecter nos économies dont la diversification doit plus que jamais s’amplifier». Diversifier l’économie est devenu un enjeu majeur pour les Etats d’Afrique Centrale, notamment le Tchad.

Depuis quelques années, la ville de Maroua au Cameroun observe un phénomène chaque weekend. Les grosses cylindrées aux immatriculations tchadiennes sont présentes. Les propriétaires sont surnommés « les pétroliers » du fait de leur pouvoir d’achat né du boom pétrolier tchadien. Du coup, même les loyers ont augmenté à Maroua, avec l’arrivée massive d’étudiants tchadiens dans la ville. Découvert dans les années 1960, le pétrole a commencé à être exploité en 2000 au Tchad. Ndoumtara Nakoumde évoque le risque d’un « syndrome hollandais » avec l’avènement du pétrole au Tchad. En effet, le Tchad a atteint un record de croissance de 33% de son PIB en 2004, avant de chuter à -6,26 en 2016.  Cela s’explique par la chute des prix du pétrole en 2015. C’est alors que le Tchad et d’autres pays d’Afrique Centrale se rendent compte de la fragilité de miser sur l’or noir. On a donc observé « l’écrasement des économies de l’Afrique Centrale », selon l’expression d’Adama Coulibaly s’exprimant dans un podcast audio.

17 Septembre 2018, le ministère de l’Economie et de la Planification du développement a procédé au lancement de l’élaboration du Plan Directeur d’Industrialisation et de diversification économique du Tchad (PDIDE). C’est la Commission Economique des Nations pour l’Afrique (CEA) qui appuie le Tchad.

Emission  » Diversify N°1″ Produite par ECA, présentée par Abel Akara Ticha

Pour une bonne gouvernance en Afrique Centrale

La Commission économique pour l’Afrique (CEA) et le Gouvernement du Tchad ont entrepris de consolider le Plan d’action pour l’élaboration de la stratégie de la diversification économique « qu’ils ont convenu d’articuler autour de l’agrobusiness, du développement du secteur du bétail avec un accent sur la production du cuir et de la viande, et de l’entrée du pays sans heurt dans l’économie du savoir » d’après la CEA. Le Tchad est un pays de 1.284.000 km², soit le plus grand pays de la CEMAC. Cette sous-région de six pays d’Afrique Centrale a tenu récemment son sommet extraordinaire à Yaoundé. Quelques jours plus tard, l’autre sous-région d’Afrique-Centrale, la CEEAC, organisait un sommet au Gabon. De ces deux sommets, on retient que les pays d’Afrique centrale ont opté pour une économie plus résiliente, et surtout, « poursuivre de manière ordonnée, la consolidation budgétaire dans Chaque Etat pour un retour maîtrisé à une gestion saine des finances publiques ».

Cette dernière résolution intervient alors que quelques semaines plutôt à Douala, les organisations de la société civile d’Afrique Centrale avaient décidé de mettre en place un réseau commun pour un plaidoyer en faveur de l’application des directives CEMAC dans les finances publiques. Dans « la déclaration de Douala », les onze organisations issues des six pays CEMAC ont estimé que les finances publiques sont un pilier majeur de l’intégration et de la bonne gouvernance en Afrique Centrale. La bonne gouvernance passe aussi par la résilience des économies. Ces plans directeurs permettront de booster la performance des économies nationales, transformer l’agriculture et le secteur des services et régler définitivement le problème de la productivité, seul gage majeur pour des finances saines et durables.


2035 : Voici le nouveau Cameroun !

Un moment de pur régal quand je regarde dans ma réalité augmentée. Nous sommes en 2035. Le Cameroun est émergent aujourd’hui. C’est quoi déjà l’émergence ? Mes lunettes en 3D me permettent de regarder le futur en haute définition, exactement comme la paire de lunettes à 1 euro qu’on vous vend dans les salles de cinéma à Paris. Voici le déroulé de ce film.

Le métro Yaoundéen

Le métro de Yaoundé a été creusé sous les eaux du Mfoundi et de la Mefou, les deux cours d’eau qui traversent la capitale camerounaise. Le Métro a de stations partout. Un vrai travail d’architecture souterraine a permis de mettre en œuvre cet ouvrage, avec des gares dans les dix arrondissements de la ville. Oui, de 2019 à 2035, la ville compte cinq nouveaux arrondissements : Nkoabang, Mfou, Obala, Soa et Mbalmayo sont devenus des arrondissements de Yaoundé. Comme pour le Grand Lyon en France, le Grand Yaoundé est là, avec ses 10 millions d’habitants, sept de plus qu’il y’a 15 ans plus tôt.

Les grands carrefours (Mvog-Mbi, Mvan, Nlongkack, Rond-point Biyemassi, Messassi, Essos, Poste Centrale) sont désormais dotés d’échangeurs. La circulation est plus fluide. Le Super Maire de Yaoundé a même institué la circulation alternée deux fois par semaine. Un jour pour les voitures aux chiffres pairs, et l’autre jour pour les chiffres impairs. À la place des mototaxis des années 2000, on voit maintenant des taxis Kwats, des tricycles modernes destinés à arpenter les quartiers au relief difficile. Dans ces mêmes quartiers, de commissariats ont ouvert, et la police de proximité veille au grain.

J’ai donc entrepris de faire le tour des établissements scolaires

Dans les collèges et lycées du nouveau Cameroun, j’ai été émerveillé par le nouveau décor. Quelque chose de banal d’abord. Oui, de banal… Des toilettes modernes ! Il y a quelques années, les toilettes étaient un luxe dans les établissements scolaires.

Au Lycée Bilingue d’Application par exemple, non loin de l’École Normale Supérieure, je n’oublierai jamais ce fameux mardi, jour de mes premières épreuves du Baccalauréat. J’ai bouclé mon épreuve de français en une heure, car secoué par une gastro-entérite rebelle. En serrant les fesses bien fort, je me suis retrouvé dans la broussaille qui menait à l’École Normale.

Vint donc le moment fatidique, lorsque je me suis retrouvé sous la bâtisse d’une cité d’étudiants, baissant rapidement mon pantalon, et me concentrant pour exfiltrer ces aliments rebelles. Puis, un étudiant, agacé de me voir transformer son arrière-cour en dépotoir, m’arrêta net en pleine action : «  Tu vas ramasser tes cacas », hurla-t-il d’un ton menaçant. Je compris depuis ce jour-là pourquoi il était important d’avoir de toilettes dans nos écoles. Je ne comprenais pas pourquoi on pouvait construire des salles de classes, et oublier des toilettes.

https://twitter.com/Paris/status/1196760545480859651

Je vous laisse deviner comment une salle de classe pouvait dévoiler des émanations d’élèves, revenus du cours matinal d’EPS, et devant enchaîner sur d’autres cours en salle de classe, sans avoir pris de douche, parce qu’il n’ y a pas de toilettes, ni de robinet. Certes, les plus futés d’entre nous arrivaient en cours d’EPS avec une serviette mouillée, mais ce n’était pas évident. Aujourd’hui, grâce à la journée mondiale des toilettes, les établissements scolaires sont dotés de vestiaires, de sanitaires, d’infirmeries équipées, et surtout de cantines modernes, avec des plats surveillés par des nutritionnistes.

La Réalité Augmentée. Le monde de demain se dessine aujourd’hui.

Bien entendu, la musique en 2035 sera celle de la fusion. En tête du Billboard aux États-Unis et du Top 50 en France, ce sont des artistes camerounais, notamment la chanson « Mon Soleil » de Carin BAKOUSSE, un pygmée d’Afrique Centrale, de la région du soleil levant du Cameroun, et il a réussi à fusionner les rythmes de la forêt équatoriale avec des sonorités Jazz. C’est un vrai afrofuturiste.

Carin Bakousse-Mon soleil

Évidemment en 2035, les délestages sont terminés. Il y a de l’électricité partout. La connexion Wi-Fi est gratuite, elle arrose tous les villages du Cameroun, et le plus intéressant, pour toi qui me lis en ce moment en 2035, c’est que grâce à cette connexion, Mondoblog est toujours là.

Horizon 2035

DANIA EBONGUE alias Maître Afra (en 2035)


Je viens d’apprendre que le Cameroun va organiser les premiers Jeux olympiques d’été en Afrique

Les Jeux olympiques ? Dans un pays africain ? Le Cameroun ? Mais quand ? En quelle année ? Et surtout comment est-ce possible ? Pour un pays dont l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations en 2019 a été reportée à 2021, pour un pays qui n’a jamais organisé les jeux en version mineure (Jeux africains, Jeux du Commonwealth, Jeux olympiques de la jeunesse, etc.) comment peut-on envisager des jeux olympiques d’été au Cameroun ?

Cela fait beaucoup de questions en effet. Mais pour commencer, il faut savoir que ce n’est pas impossible. Dakar organisera bien les Jeux olympiques de la jeunesse en 2022. Dans un communiqué en septembre 2018, Thomas Bach, le président du Comité international olympique avait été clair : « C’est au tour de l’Afrique ». Et le Sénégal sera le premier pays à abriter des Jeux olympiques en terre africaine, même s’il ne s’agit que des jeux pour jeunes.

Et les grands JO, alors, les fameux jeux d’été ? Le premier pays à lorgner pour cela devrait être logiquement le Maroc, organisateur des Jeux Africains 2019. Le Maroc veut organiser une Coupe du monde de football, que seule l’Afrique du Sud a réussi à abriter en Afrique. Pourtant, le même Maroc a déjà organisé la Coupe du monde des clubs. On pourrait citer également l’Egypte, la Tunisie et le Nigéria, déjà organisateurs d’une Coupe du monde des moins de 20 ans, mais là encore, ce ne sont pas les Jeux olympiques.

Thomas Bach au Cameroun

Reprenons. Thomas Bach est donc en Afrique. Il visite quatre pays africains ce mois-ci : le Cap-Vert, le Nigéria, le Sénégal et le Cameroun. C’est donc ce dernier pays qui attise ma curiosité. Pourquoi vient-il au Cameroun ?

Selon le quotidien national « Cameroun Tribune », il viendra s’entretenir avec les autorités gouvernementales su Cameroun. Mais de quoi ? Pour certains, l’élection récente de notre compatriote Odette Assembe Engoulou au Comité international olympique peut résonner comme une victoire de la diplomatie sportive. Mais cela suffit-il à déplacer le Président Bach ? La raison est fatalement ailleurs. Si nous ne sommes pas dans les secrets des Dieux, nous pouvons donc oser l’envisager… Les Jeux olympiques au Cameroun en 2032 ou 2036 pourquoi pas ?

La question peut paraître ridicule. Mexique, Italie, Etats-Unis, France, Corée du Sud, Japon, Allemagne, Afrique du Sud, Brésil et Russie, qui organisèrent la Coupe du monde de 1986 à 2018, mais aussi Atlanta, Sydney, Pékin, Londres, Rio de Janeiro, Tokyo, Paris et Los Angeles, villes hôtes des Jeux olympiques de 1996 à 2028, sont tous pays-membres ou capitales de pays-membres du G20.  On constate donc que l’organisation des grands événements sportifs incombe aux pays les plus avancés économiquement dans le globe. Oui, le sport a des enjeux politiques, diplomatiques, stratégiques, et fatalement capitalistes. Un pays comme le Cameroun peut-il oser ce challenge ?

Oui, le Cameroun peut

Il peut parce qu’en ce moment, il organise l’African Open de Judo, qualificatif pour les Jeux Olympiques de Tokyo.

https://twitter.com/CRTV_web/status/1193459056310194176

Il peut parce qu’il va abriter, en 2020, le Championnat d’Afrique des nations de football, la Coupe d’Afrique de handball et la Coupe du monde militaire féminine, et en 2021, c’est également au Cameroun que se déroulera la Coupe d’Afrique des nations, tant attendue.

http://www.crtv.cm/2019/11/chan-2020-au-cameroun-les-sites-et-les-dates-sont-connus/

Il y a fort à parier qu’avec les nombreuses infrastructures construites ou réhabilitées, le Cameroun sera sollicité par plusieurs fédérations internationales pour abriter des compétitions sportives. 

Le hic se trouve dans les ressources financières. Malgré la volonté politique, le Cameroun doit faire face à des enjeux sécuritaires, liés aux revendications sécessionnistes dans deux régions, et aux exactions de Boko Haram dans l’extrême-Nord aussi. Depuis trois ans, l’économie du pays souffre de ces foyers de troubles. Malgré cela, le pays conserve son ambition d’être émergent en 2035.

Soirées olympiques au Cameroun

En attendant le rêve de futurs Jeux olympiques au Cameroun, il faudrait parler de ce week-end olympique au Cameroun. Sur les réseaux sociaux, partisans de l’Olympique de Marseille et suporters de l’Olympique Lyonnais se sont affrontés par tweets interposés. Il y avait aussi derrière les Lyonnais la forte communauté des supporters du PSG, prêts à voir couler les Marseillais à tout prix. Ce dimanche soir, l’Olympico a donné son verdict : Marseille 2-Lyon 1. Plus de cinq ans que l’OM n’avait pas battu l’OL au stade Vélodrome. Il y avait également un record d’affluence historique battu pour le Vélodrome ce soir avec 65.369 spectateurs. Il s’agit également d’un record historique pour un match de Ligue 1 en France, le jour des 120 ans du club phocéen. Les Jeux olympiques des temps modernes ont trois ans de plus que l’Olympique de Marseille. Ce n’est donc pas un club olympique par hasard.  

https://twitter.com/TeamOM_Officiel/status/1193649247964536832

Le Cameroun, terre des supporters de l’OM, vivait cette belle soirée avec délectation devant la télévision. Lundi et mardi, les Lions Indomptables U23 et les Lionnes Indomptables se battent pour une qualification aux Jeux olympiques de Tokyo 2020. Le Cameroun, rappelons-le, est médaillé d’or des Jeux olympiques 2000 à Sydney. Un exploit que le pays est prêt à revivre. Pour cela, il faudra peut-être qu’un jour, une ville camerounaise songe à se porter candidate à l’organisation des Jeux olympiques. Cela suppose que ces villes soient plus autonomes et que la gestion locale soit effective dans le cadre du processus de la décentralisation au Cameroun. Cela tombe bien, puisque ce dimanche 10 novembre 2019, le Président Paul Biya a convoqué le corps électoral. Le 9 février 2020, les Camerounais sont appelés à élire leurs conseillers municipaux.

https://twitter.com/CRTV_web/status/1193510570231812096

De futurs élus sur qui, je l’espère, nous pourrons compter pour porter une candidature camerounaise aux J.O.


Célibat des prêtres: L’Afrique n’est pas un pays!

Certains prêtres en Amazonie pourront avoir le droit de se marier, mais pourquoi pas en Afrique ? Et pourquoi pas des prêtres polygames aussi ? Si le Pape se prononce sur cette question du mariage des prêtres, qu’il autorise une bonne fois pour toutes la possibilité pour des prêtres africains d’avoir des femmes et des enfants légitimes.

« On estime que la moitié des prêtres des pays d’Afrique subsaharienne ont des relations amoureuses et sexuelles avec des femmes » nous dit l’historien des religions, Ondo Vallet, dans une interview accordée au Parisien. Pour lui, le Pape autorisera certainement le mariage des prêtres dans certaines régions du monde comme l’Amazonie, le Chiapas ( Sud du Mexique), mais pas en Afrique où les responsables religieux n’y sont pas favorables.

De deux choses l’une, très cher Ondo Vallet. Soit, comme vous dites, les prêtres d’Afrique ont des relations amoureuses et sexuelles, et l’hypocrisie doit être arrêtée, soit il faut bien nous expliquer comment les responsables seraient défavorables à une pratique qui est pourtant courante.

Pourtant, la chroniqueuse Isabelle de Gaulmyn était déjà catégorique en 2013 :  » Il existe d’ailleurs déjà dans l’Église catholique des prêtres mariés: les prêtres des Églises orientales qui dépendent de Rome, mais aussi des prêtres ordonnés dans une autre confession et venus au catholicisme, comme les anglicans « . Oui, je n’oublierai jamais ce prêtre exorciste qui m’avait reçu chez lui, pas loin de Yaoundé, me présentant son épouse et ses enfants. L’image m’avait heurté, mais après tout, le prêtre est un homme. Sur ce coup, Ondo Vallet a raison. Des fils et des filles de prélats pilulent en Afrique et ces personnes sont normales, brillantes et ont toute leur place dans la société, même si pour certains, il est difficile de dire à haute voix que  » mon père est un prêtre« .

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit

L’Afrique n’est pas un pays. Il suffit que je dise cela pour que vous me demandiez si cette proposition vraie ne tombe pas sous le sens. La vérité est que je me méfie des évidences. Entre le mariage des prêtres annoncé pour l’Amazonie, et les déclarations d’Ondo Vallet, ayons le courage de se poser les vraies questions: Le célibat est-il insurmontable pour les prélats africains ? Le célibat est-il nécessaire encore de nos jours ? Il faut surtout savoir pourquoi les protestants, les gallicans, les évangélistes, les anglicans etc acceptent déjà le mariage des pasteurs et le diaconat féminin, mais pour l’église romaine, la question est encore en débat. Autant l’église peut être plurielle, autant, l’Afrique l’est aussi. Jean Paul II, lors de sa deuxième visite en terre camerounaise en 2015, il avait insisté sur un terme: « Inculturation« .

Inculturation donc…

« La richesse de cette rencontre avec le Christ qu’est l’inculturation vient du don unique de la Rédemption, accueilli avec toutes les ressources de l’être rétabli dans sa dignité: le message du salut est prononcé dans toutes les langues des peuples; les gestes et l’art de toutes les cultures expriment leur réponse priante aux appels à la sainteté; dans les diverses étapes de la vie, du travail, de la solidarité sociale, il y a fécondation des traditions diverses par la Parole de Dieu et par la grâce » nous disait Jean Paul II le 15 septembre 2015 à Yaoundé. Allons-y pour cette inculturation qui n’intègre pas seulement de chanter des cantiques en langues vernaculaires. Il faut aussi intégrer la possibilité du mariage des prêtres, et donc de la polygamie. Car de même que certaines églises célèbrent des mariages en faveur de la communauté LGBT. L’église doit être plus ouverte, plus tolérante, à la fois vis à vis des minorités sexuelles, mais aussi pour le respect du genre. Oui, pour une église africaine plus inclusive, qui tienne compte des spécificités de cette Afrique plurielle. Car, l’Afrique n’est pas un pays.


Cameroun : vidons nos poubelles mentales et transformons nos ordures !

Autour de moi, trop de bavardages. Les forums camerounais sont saturés de ces concepts savants autour de Maurice Kamto, de Cabraal Libii, de Paul Biya ou de tel ministre qui défraye la chronique. Personne ou presque ne parle du vrai problème camerounais : l’employabilité. Et si nous allions fouiller dans les poubelles pour résoudre ce problème ?

La plupart des Camerounais pensent que la solution réside dans les postes de la fonction publique. Alors on débat sur l’équilibre régional, on discute sur le nombre de postes à répartir entre ressortissants des régions camerounaises. Oui, ceci est le Cameroun actuel… Le Cameroun d’avant.

Il faut penser au Cameroun de demain. Qui sera au trône en 2025 ? Cela ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse c’est combien de routes seront construites ? Combien de villes seront créées ? Viabilisées ? Modernisées ? Combien de hypermarchés seront visibles ? Combien d’entreprises ouvriront-elles dans les régions camerounaises ? Mais avant tout, combien de jeunes entre 25 et 35 ans seront employés ?

En 2018 au Cameroun, le déficit de la balance commerciale s’est creusé d’avantage, jusqu’à 1 292,8 milliards de Francs CFA, une augmentation de 120,5 milliards (+10,3%) par rapport à l’année 2017 (Source, Institut National de la Statistique). Les importations au Cameroun ont augmenté de 11%. Pourquoi ? Nous consommons même ce que nous pouvons produire, notamment le cure-dent ou encore le riz, qui fait d’ailleurs l’objet d’un scandale ces derniers jours au Cameroun.

Comment comprendre que 160 tonnes de riz sont à l’abandon dans les magasins de Yagoua et de Maga ? Il faut penser au Cameroun de demain. Il faut y penser de manière sage. Certes, il y’a beaucoup de choses à revoir, à refaire, à repenser (éducation, institutions, organisation territoriale, administration, politique, etc.), mais  en regardant simplement ce que nous consommons, voilà une source intarissable d’emplois.

L’usine nouvelle. L’inspiration vient de mes oncles.

Plastiques, verres, papiers, minerais, tout peut être recyclé.

crédit: dania.mondoblog.org

J’étais encore petit lorsque mon oncle « tonton Claude », m’avait emmené visiter son bureau au port de Douala. J’y avais découvert, pour la première fois, les poubelles qui transforment le papier en produit recyclable. L’an dernier en France, c’est mon autre oncle, « tonton Sam » qui m’a fait découvrir cette séparation des ordures dans sa commune. J’en parlais déjà ici à l’occasion de la Coupe du monde 2018. Dans certaines communes de France, il y a un bac pour les verres et les bouteilles, et un autre pour les papiers et les magazines. Le recyclage des ordures est une filière pourvoyeuse d’emploisElle fait partie de l’économie circulaire.

Que le Cameroun s’y mette, ici et maintenant !

Les nombreux diplômés camerounais ont ici l’occasion de se recycler. Recycler leurs diplômes théoriques et les mettre au service des déchets. A Douala, Kribi, Edéa, Garoua, et d’autres villes fluviales, la collecte des déchets marins est une activité à promouvoir. Une société camerounaise de collecte de déchets marins ? Pourquoi pas ? Alors que le ramassage des ordures est un vrai casse-tête pour nos municipalités, pourquoi ne pas demander à des initiatives privées d’investir dans la collecte, le tri, le traitement et le recyclage des ordures ménagères au Cameroun ? Il faut aussi recycler notre organisation urbaine. Aujourd’hui, tout est concentré sur Yaoundé et Douala. Dès que cet axe est obstrué, c’est tout le Cameroun qui est en panne. Que fait-on des villes comme Mbalmayo, Obala, Bafia, Meiganga, Lagdo, Kaelé, Mbanga, etc. qui peuvent permettre de bâtir de nouvelles métropoles avec des logements sociaux, des délocalisations d’entreprises et mêmes des édifices administratifs ? Oui, il faut sortir de la configuration coloniale du Cameroun. Le recyclage des ordures en est la clé.

Allons donc fouiller dans les poubelles.

Nos villes sont sales, nos villes sont des poubelles. Or, nous savons tous que les poubelles peuvent cacher des lingots d’or. Comme en 2018 en Corée du Sud, un balayeur peut trouver de l’or dans des poubelles. Certes les ordures sentent mauvais, mais elles sont bien le reflet de notre manque d’hygiène, de notre surconsommation, et de notre désorganisation. Les riverains du quartier Acacias, dans le 6ème arrondissement de Yaoundé n’ont de cesse de se plaindre des eaux souillées qui suintent le long de la route. On a pourtant construit une station de traitement des eaux souillées à côté. Mais la station ne bouge pas. Encore un segment d’employabilité mis en berne. Il suffit pourtant de regarder ce qui se passe au Japon. Pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020, les médailles destinées aux athlètes du métal proviennent du recyclage des composants des appareils électroniques. De même, Les tenues des athlètes et officiels japonais seront confectionnées en matériau recyclé issu de vêtements usagés. 

Comme on le sait, « rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ».  Cette maxime d’Antoine Lavoisier (elle-même inspirée de Anaxagore), nous apprend la leçon de vie selon laquelle : « rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau ». Les seules poubelles que nous devons vider sont donc celles de nos mentalités. Ce sont nos mentalités qui polluent les réseaux sociaux de leur bavardage inutile. Construisons le Cameroun à partir de ses déchets. C’est une niche d’employabilité. Dans la collecte, le tri, le traitement et le recyclage de nos déchets, il y’a de quoi sortir une bonne partie de notre jeunesse du cycle de la pauvreté. Cette jeunesse a besoin de routes pour se mouvoir, de transports décents pour se déplacer, de services sociaux à portée de main, de diplômes leur permettant d’être des opératifs et non des contemplatifs de leur vie économique. Oui, la vraie poubelle au Cameroun c’est celle de notre ego surdimensionné, porté sur l’affirmation bien futile de ce que «  je suis ceci, je suis cela ». L’artiste Koppo aime à dire que nous sommes « un pays des étiquettes ». Là où les gens sont stigmatisés par leur appartenance ethnique, linguistique, sociale, sexuelle, politique ou religieuse. Or, la seule chose qui devrait permettre à un Camerounais, d’être fier, c’est précisément d’être… camerounais. Allons donc fouiller dans nos poubelles. Nous y trouverons de l’or. J’ai dit !


Merci Ismaïlia !

Le Cameroun livrait ses matches de groupe dans la ville d’Ismaïlia en Egypte. Une ville située entre Port-Saïd et Suez, trois villes traversées par le fameux Canal de Suez. Ismaïlia est située à 120 km de la capitale Le Caire, et cette coupe d’Afrique des Nations 2019 était une occasion de découvrir cette contrée étrange.

Contrée étrange, par le comportement de ses citoyens. Si accueillants et si méfiants en même temps. A Ismaïlia, on a l’impression que tout le monde est policier. A la fois ceux qui portent la tenue, à la fois ceux qui sont en civil. La barrière de la langue était un vrai cauchemar. L’Egypte ne parle pas anglais comme c’était communément entendu, ni l’arabe conventionnel, mais un dialecte arabophone. Le seul traducteur qu’on avait dans notre équipe se nommait Ahmad, un flic qui a du chic, mais très vite porté par un zèle incompréhensible. Le jour du match d’ouverture au Caire, Ahmad est supposé nous accompagner. Il nous impose une escale obligatoire chez son cousin restaurateur, avant d’évoquer le départ pour le stade. Nous traversons toutes les barrières de police, et nous tournons en rond. Ahmad parle aux policiers, mais au bout de 20 minutes, nous nous rendons compte que nous n’entrerons pas au stade international du Caire. La vérité est que Ahmad ne voudra pas qu’on y aille. Durant notre séjour, il avait oublié que nous étions des journalistes et était plutôt intéressé par le côté guide touristique improvisé. Du coup, certains de mes collègues et moi-même avons compris qu’il ne fallait pas compter sur lui pour passer un agréable séjour en terre égyptienne.

Avec Ahmed et sa famille

Par bonheur, je suis tombé sur Ahmed Rashwan, un chauffeur de taxi. Il baragouinait un français mélangé avec un peu d’anglais et d’arabe, mais a réussi à me convaincre de rencontrer son frère Mohamed et son neveu Marmoud. Le frère lui s’exprime très bien en français. Du coup, il m’a expliqué l’histoire du Canal de Suez et la fierté qu’ils ont tous à y résider. De plus, Mohamed est enseignant de français à la retraite. Il faut dire que tous ceux qui apprennent les langues étrangères ici sont privilégiés pour être traducteurs ou guides touristiques. Les 300 jeunes volontaires recrutés pour le stade d’Ismaïlia à l’occasion de cette coupe d’Afrique des Nations, étaient pour la plupart des étudiants en langue.  C’est une filière très demandée dans ce pays, et parler quelques mots de français ou d’anglais ouvre les portes de l’emploi à ces jeunes.

Avec Boda et son frère

Boda Bebo n’a pas cette chance. Ce jeune et son petit frère, s’occupent du restaurant de leur papa dans la nuit. Il faut dire que l’habitude à Ismaïlia, c’était d’ouvrir à 11h du matin et de fermer le lendemain à 3h du matin. Boda est devenu mon ami. Ne sachant pas parler anglais, il mettait souvent son application en marche pour espérer une traduction de l’arabe vers le français. Par moments, cette traduction très approximative le poussait à me demander des choses improbables comme « est-ce que tu veux du cannabis ? », alors qu’il me demandait simplement si je voulais du poulet épicé. Les épices égyptiennes, parlons-en ! Cela a été le malheur de tous mes confrères camerounais dans cette ville. Les béninois, plus heureux, ont voyagé avec leur nourriture depuis le pays, ce qui a poussé ma consœur Christelle à aller se ravitailler auprès d’eux, car agacée par la nourriture locale.

Pourtant, à vue d’œil, tous les menus égyptiens donnent envie, surtout la quantité. J’ai eu droit un soir à un poulet entier, trois côtelettes de mouton, une portion de riz, une salade, et une boisson Soda à seulement 70 livres (2450 FCFA). A Ismaïlia le coût de la vie n’est pas élevé, y compris les chambres d’hôtel.  Nous avons payé l’équivalent de 7000frs CFA la nuit, petit déjeuner compris. Certes, c’était des chambres avec double lit ou triple lit, mais le traitement était bon. Chez le barbier par contre, il fallait débourser 100 livres (3500frs) pour se faire beau. Le seul regret à Ismaïlia restera donc la saveur de la nourriture. Le Ndolè, le taro, le poisson braisé, et tous les repas du Cameroun sont définitivement inégalables.

Côté organisation de la CAN, il y’ avait une forte agitation lorsqu’il s’agissait de couvrir les matches du Cameroun, les conférences de presse et les entrainements. En tant que champion en titre, les matches du Cameroun étaient très demandés, du coup, la presse camerounaise avait souvent du mal à accéder à ces évènements du fait d’un certain nombre de restrictions. Les égyptiens eux-mêmes étaient les premiers à demander ces rencontres, y compris les volontaires et autres agents de sécurité qui désertaient souvent leurs postes lorsque les Lions Indomptables apparaissaient.

Ismaïlia est une petite ville comparée au Caire, à Alexandrie ou Port Saïd et Sharm-el-Sheikh. Mais c’est une ville où les gens ont du cœur. Une ville dans laquelle, les hommes vous proposent de partager leur repas sans vous connaitre. Une ville dans laquelle, on vit à chaque fois « Welcome to Egypt » pour vous signifier que vous devez vous sentir chez vous. Une ville dans laquelle le propriétaire d’un hôtel prend sur lui de vous commander à un repas à 23h, parce que son restaurant à lui est fermé. Une ville dans laquelle la simple évocation de votre nationalité camerounaise vous donne droit à quelques éloges. Une ville dans laquelle aucun acte raciste, xénophobe ou de rejet n’a été vécu durant notre séjour. Merci Ismaïlia !


Fête des mères : peut-on recommander les bouillons cubes de Nestlé à nos mamans ?

En 2016, Nestlé annonce avoir vendu 65 milliards de portions fortifiées en Afrique de l’Ouest et du Centre, soit 100 millions de cubes dans 78 millions de ménages. Ce chiffre flatteur de la multinationale suisse pose question, alors que plusieurs rapports d’ONG alertent sur ces cubes, trop riches en sel et autres produits nocifs pour la santé. Nous avons été à Bonendale, à Douala (Cameroun), pour visiter l’usine de Nestlé.

Bonendalé est une localité du 4ème arrondissement de Douala. C’est un village-carrefour entre le département du Fako (Sud-Ouest), et celui du Moungo. Autrefois bastion touristique (activités de pêche, courses de pirogue, etc.), la localité a perdu un peu de sa superbe, jusqu’à l’installation récente de l’usine de Nestlé dans la zone. Ici, les produits laitiers et les cubes sont fabriqués. Le café quant à lui est simplement conditionné. Cela peut sembler étrange, surtout qu’à moins de 50 km de là dans le département du Moungo, se trouve le siège de la production du café camerounais. Nos interlocuteurs à Nestlé sont formels : « Le Cameroun n’est pas un grand consommateur de café. Seulement 3 tasses par personnes, là où certains pays d’Afrique de l’Ouest sont à 6 tasses par personne ». L’argument est donc économique. Créer une unité de transformation du café local est un investissement qui n’est pas en adéquation avec la consommation locale, et donc une perte. Ici, c’est donc le bouillon cube qui a le vent en poupe.

Le responsable culinaire de Nestlé Cameroun annonce que ce segment représente « 72% du chiffre d’affaires au Cameroun ». Le cube Maggi est la star des marchés. Le slogan disait d’ailleurs « Avec Maggi, chaque femme est une étoile », et du coup, les chiffres sont évidents : 65 milliards de bouillons culinaires fortifiés, vendus en 2016 en Afrique Centrale et de l’Ouest. Pourtant, ces bouillons culinaires ne sont pas toujours vus d’un bon œil par certaines ONG et professionnels de la santé.  L’OMS alerte sur certaines questions, comme la portée en sels de ces cubes. Pour se défendre, la firme Nestlé a produit avec le Ministère de la Santé Publique au Cameroun, le « Guide du bon usage du sel : Protégeons notre santé, mangeons moins salé ». Le document rappelle les normes OMS en matière de consommation de sel. « Lorsqu’il est consommé à l’excès, le sel est à l’origine des maladies rénales et cardiaques chroniques », nous dit le guide. Il faut alors se demander si les bouillons de cube respectent ces normes. Tout est donc une question de dosage. Dans la fabrication du bouillon comme dans sa consommation. Nestlé est formel et recommande de ne plus ajouter de sel, lorsqu’on utilise un cube. Malheureusement, il se trouve que dans nos cuisines, les cubes et le sel continuent d’assaisonner ensemble nos repas.

Il faut alors regarder de près, la composition de ces bouillons. Le blogueur ivoirien Aly Coulibaly déclare : « Dans Maggi, il y a du mais, du manioc, de l’ail, de l’oignon, du piment, du clou de girofle, du sucre, du curcuma, de la livèche, de l’erka, de l’huile de palme, du glutamate, du fer etc. ». Dans sa lettre d’amour à sa Mémé, le blogueur explique que « L’ivoirien n’a pas la mesure du sel ». « Le sel iodé est l’élément de base dans les bouillons. La moitié de Maggi est du sel. Quand la proportion de sel dans la nourriture n’est pas mesurée, l’homme s’intoxique sans le savoir. »

Ce qui est valable en Côte d’Ivoire est valable au Cameroun. La recette est la même : oignons, sel, sucre, piment, poivre, glutamate, clous de girofle, et huile de palme raffinée. Mais comme ce sont des produits déjà transformés. Nous sommes un peu dubitatifs. La blogueuse Djeny Ngando décide de goutter chaque produit pour en avoir le cœur net. Lorsqu’elle tombe sur le piment mexicain, elle est en larmes. Il pique, il chauffe. Il lui faut une boisson absolument. Heureusement, sur la table, une tasse de lait Nido lui est rapidement servie. Elle prend donc conscience que le produit qu’elle vient de consommer est authentique. Il faut néanmoins avouer que tous les produits Nestlé font l’objet d’une critique permanente, car l’alimentation et la nutrition touchent à la santé. Dans ce registre, il nous est rappelé qu’il ne faut pas consommer « ni trop salé, ni trop sucré, ni trop gras ». Les produits Nestlé contiennent du sucre, du sel et du gras. Voilà pourquoi ils sont soumis à plusieurs tests de contrôle qualité et quantité. Voilà pourquoi en plus de vendre ses produits, Nestlé accompagne ses campagnes publicitaires de modules de formation des ménagères, de films éducatifs, et d’autres actions de promotion des bonnes pratiques. Cela dit, nous avons grandi en ce qui nous concerne en consommant ces produits (Cérélac, Nido, Nescafé, Maggi).

Ils inondent nos cuisines depuis toujours, et ce sont nos frères et sœurs qui travaillent dans ces usines. Peuvent-ils vraiment nous vendre des produits empoisonnés ? Produits qu’ils consomment eux-mêmes ? Peut-on recommander ces produits à nos mamans ? La réponse est oui ! D’abord parce que la Suisse (et notamment Lausanne et Zurich) c’est mon deuxième pays. Avec Nestlé, je laisse un peu flotter le drapeau de la Suisse dans mon cœur. Ensuite, je les consomme depuis des lustres.  De toute façon, je reviens de l’usine Nestlé avec un sac contenant tous ces produits. Le café, je vais le garder pour moi. Je vais quand même prouver à ces gens de Nestlé, qu’au Cameroun, il existe quelques consommateurs fidèles de Café. C’est la fête des mères, alors ma voisine qui a un bébé de 8 mois aura droit aux sachets de Cérélac. Le lait Nido sera donné à mon fils qui a 6 ans. Les bouillons de cube iront à ma mère pour qu’elle continue de me régaler avec ses plats extraordinaires.


Élève assassiné au Lycée Bilingue de Deido : tous coupables !

Le Cameroun se réveille choqué ce samedi après le meurtre du jeune élève du lycée bilingue de Deido, à Douala. La scène s’est déroulée le vendredi 29 mars dans l’enceinte de l’établissement scolaire, alors que les élèves prenaient leurs bulletins du deuxième trimestre avant le départ pour les congés de Pâques. Depuis ce drame, les questions fusent : « Qui blâmer ? Comment aurait-on pu éviter cela ? Comment en est-on arrivé là ? »

Les jeunes adolescents du Cameroun s’illustrent depuis quelques temps par des faits divers alarmants, surtout dans les établissements scolaires. Des élèves sont surpris en plein ébat sexuel, d’autres en train de consommer des stupéfiants, certains de plus en plus violents vis-à-vis de leurs camarades. On pourrait donc s’arrêter là en concluant qu’il ne s’agit pas de faits inédits ni isolés, que la violence scolaire est visible partout dans le monde, et qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’un phénomène social.

Mais moi je dis non !

Trop c’est trop !

Nous sommes tous responsables et coupables de ce qui s’est passé au lycée Bilingue de Deido. Nous avons tous contribué à ce meurtre. Oui, le monde des adultes camerounais est devenu violent. La violence est présente partout au Cameroun. Dans les débats télévisés du dimanche, dans la bataille politique, dans les sphères religieuses, et par-dessus tout, dans les différents foras des réseaux sociaux. Nous avons appris le langage de la haine à nos enfants. Nous leur avons appris le langage de la séparation, nous leur avons appris le langage de la division et de la différence. L’école est supposée cultiver l’équité et le vivre-ensemble. Mais hélas, elle est devenue un laboratoire de l’échec social. Nos enfants vont à l’école pour être des citoyens, mais au contraire, ils se marginalisent. Ils savent que les parents veulent des notes. Alors ils nous offrent des notes. Ils récitent leurs cours, obtiennent des 19/20 et les parents sont contents. Pendant ce temps, sur le câble, le satellite et les réseaux sociaux, nos enfants sont devenus des fous ambulants. Leur langage est devenu celui de la jungle, et les parents observent. Les clips sont devenus de vrais cirques d’obscénité, mais les parents se taisent. Les parents veulent les diplômes, alors les enfants nous offrent ces diplômes, en trichant, qu’importe ! Les parents veulent les diplômes. Quand bien même ces diplômes ne permettent pas à ces enfants de formuler une phrase correcte, ou de respecter la concordance des temps, les parents veulent les diplômes. La course aux diplômes a fait oublier quelque chose de fondamental : le développement du jeune adolescent.

Nous avons oublié que jusqu’à l’âge de 18 ans, ces jeunes sont des enfants. La semaine dernière, une vidéo de filles mineures camerounaises se livrant à des pratiques sexuelles a circulé sur les réseaux sociaux. L’UNICEF a demandé l’arrêt immédiat du partage de ces vidéos qui semblait amuser certains adultes.

 

De même, il y’ a quelques années, une jeune fille de 14 ans environ, visiblement atteinte de troubles mentaux, s’est littéralement déshabillée dans un bus, et les adultes n’ont rien trouvé de mieux à faire que de filmer la scène et de la partager sur la toile. Voilà la société perverse dans laquelle nous plongeons nos enfants. Nous bafouons leur dignité, leur honorabilité, leur intimité. Quel pays voulons-nous bâtir si nous détruisons les mœurs  de nos mineurs ?

Il est plus que temps de sauver nos adolescentes et nos adolescents. Cela commence par la protection. La protection physique, mais davantage psychologique de ces êtres fragiles. Nous avons entraîné ces enfants dans un océan de précocité. Et pourquoi ? Parce que les distractions se font rares. Parce que récemment encore, une société brassicole a organisé une campagne de consommation de produits alcooliques à vil prix, et… les adolescents se sont précipités et personne ne s’en est indigné. Parce que les matchs de football à la télévision sont précédés par des publicités de boissons alcoolisées. Parce que les affiches et les banderoles se mettent à proximité des établissements scolaires. Parce que les élèves investissent les bars et les bistrots (parfois en tenue scolaire) et ils sont servis. Parce que les mineures commandent des whiskys et des liqueurs en boite de nuit, et personne ne leur demande la présentation de leur carte d’identité. Nous avons démissionné de nos valeurs. Nous avons fuis nos responsabilités. Nous n’inscrivons plus nos enfants dans les centres culturels et dans les bibliothèques. Au lieu de lire «  Le club des cinq » « Science et vie Junior » « Phosphore » ou « Okapi », des romans et magazines qui stimulaient notre croissance, ils lisent le langage ordurier et le verlan versés sur les publications des réseaux sociaux. Nous avons encouragé cela. Car l’école ne suffit pas (ou plus).

Certains m’ont fait le reproche depuis le temps de rester scotché à l’émission « LES COPS D’ABORD » qui rassemble des jeunes scolaires du Cameroun à travers un quiz de culture générale. Ils me disent : « Mais DANIA, qu’est-ce que tu fais tout le temps avec ces gamins ? Pense un peu à ta carrière. Une émission pour jeunes te rapporte quoi ? ». Oui, les émissions pour jeunes sont observées comme du folklore. Mais hélas, devons-nous abandonner cette jeunesse ? L’école ne leur apprend plus qu’ils doivent s’aimer, qu’ils doivent vivre ensemble, qu’ils doivent bâtir ce pays ensemble. L’école ne leur apprend plus qu’ils doivent cultiver une émulation saine. L’école ne leur apprend plus que les peuples du Cameroun sont plus ou moins liés par l’ancestralité, malgré les divisions apparentes. Non, l’école ne leur apprend pas tout. Alors nous faisons une activité bien nommée APPS, « Activité Post et Péri Scolaire », qui complète le travail des enseignants. Nous les emmenons se cultiver, connaitre le monde qui les entoure, nous leur apprenons à maîtriser leurs droits, à s’exprimer, à donner des opinions, à respecter des ordres, à s’engager pour être les leaders de demain. Voilà pourquoi, nous disons haut et faut : «  LES COPS D’ABORD », cops ici comme copains, ou comme cops, synonymes d’élèves et d’étudiants au Cameroun. Nous ferons une minute de silence le 4 mai 2019 au Palais des Sports, à l’occasion de la finale nationale du challenge interscolaire de l’émission « LES COPS D’ABORD ». Une minute de silence pour cet élève du Lycée Bilingue de Deido, mais aussi, pour tous les enfants victimes de violence au Cameroun. Les 16 meilleurs établissements scolaires du pays, les 16 finalistes qui seront à cet événement, seront là pour nous rappeler que ce sont les jeunes qui sont les leaders de demain. Alors, LES COPS D’ABORD !

J’ai dit !


Au Cameroun, 34% des enfants ne sont pas enregistrés à leur naissance

Selon l’Article 7 de la Convention des Nations Unies pour les droits de l’enfant : « l’enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité ». Malheureusement, 230 millions d’ « enfants fantômes » existent dans le monde, comme l’explique le journal français Le Figaro. Au Cameroun, 34% des enfants ne sont pas enregistrés à leur naissance.

A la faveur d’un atelier de formation des journalistes camerounais à Mbalmayo, à 30 minutes de la capitale Yaoundé, les 1er et 2 mars 2019, le rappel de ce chiffre alarmant est fait : seulement 66% des enfants camerounais sont déclarés à la naissance. L’urgence d’agir est implacable. L’UNICEF, fort de son partenariat avec le Réseau des journalistes pour la défense des droits de l’enfant et autres couches vulnérables (REJODEC) a décidé de rappeler que la question de l’enregistrement des naissances est une priorité absolue.

Journalistes du REJODEC – crédit : Dania Ebongue

Pour ce faire, une trentaine de professionnels des médias ont été édifiés sur les conséquences de ces chiffres sur le développement de l’enfant, sa survie, son émancipation. Un enfant sans acte de naissance n’a pas de diplôme, pas de possibilité d’insertion dans la société. C’est un « enfant-fantôme ».

« Nous avons inscrit cela dans l’agenda de cet atelier parce que des zones de notre pays affichent des chiffres effrayants. Même dans une cité balnéaire et touristique comme Kribi, beaucoup d’enfants n’ont pas d’actes de naissance« , affirme le journaliste Jules Elobo, président du REJODEC, qui ajoute qu’« il faut impérativement des descentes sur le terrain pour documenter ces tares et retards de la société. En tant que journalistes, notre implication dans le changement de comportements n’est plus à démontrer. »

Les animateurs de l’atelier ont insisté sur les deux régions les plus alarmantes du pays : le Sud-Ouest (55,6%) et l’Extrême-Nord (42,1%). Au sortir de cet atelier de Mbalmayo, les journalistes ont compris qu’il faut tirer la sonnette d’alarme, surtout auprès des autorités administratives, religieuses et traditionnelles, afin que les familles adoptent ce réflexe de déclarer les naissances.

Pourtant, en 2006, les chiffres étaient en hausse (70% d’enfants enregistrés dans le pays), avant de régresser en 2011 (61%). Il est donc question de rattraper et de dépasser le niveau de 2006 et donner la chance à des milliers d’enfants camerounais d’être simplement des citoyens.